Le leadership international du Canada doit inclure les droits humains déclare Amnistie internationale Canada

lundi 1er mars 2010, par Amnistie internationale, section canadienne francophone

Montréal - 1er mars 2010 - En cette année où le monde se tourne vers le Canada, le pays se voit offrir des occasions sans précédent d’être un leader en matière de droits humains, selon Amnistie internationale Canada. Les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver ont retenu l’attention du monde entier. Le Canada sera de nouveau sur la sellette en juin, en tant qu’hôte des dirigeants des pays les plus puissants du monde lors des Sommets du G8 et du G20.

« Une nouvelle vision des politiques, de la sécurité et de l’humanisme dans les affaires internationales peut émaner d’un leadership décisif, déclare Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada anglophone. Mais pour restaurer son leadership, le Canada doit renverser l’affaiblissement de sa réputation en matière de droits humains. »

Dans un document rendu public aujourd’hui, Les droits humains au Canada en 2010 : il est temps de reprendre le leadership, Amnistie internationale Canada indique au gouvernement des façons d’améliorer la protection des droits humains dans divers domaines et se faire le champion de cette « nouvelle vision ».

Amnistie internationale a accueilli avec joie l’annonce du gouvernement selon laquelle la question de la santé maternelle et infantile sera traitée en priorité au Sommet du G8 en juin. Il est essentiel de trouver des solutions pour diminuer le taux tragiquement élevé de mortalité maternelle dans le monde. Dans des rapports récents, Amnistie internationale présente un tableau du nombre de femmes qui meurent en accouchant dans des pays comme le Burkina Faso, le Pérou et la Sierra Leone.

« Les solutions à la tragédie de la mortalité maternelle ne résident pas seulement dans les politiques en matière de santé ou dans l’économie », souligne Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone. Les causes de cette tragédie sont enracinées dans la discrimination, l’inégalité et la violence dont sont victimes les femmes et les filles. C’est pourquoi une approche basée sur les droits humains doit être adoptée au Sommet du G8. »

En juin, immédiatement après le Sommet du G8, les puissances économiques du monde se réuniront pour le Sommet du G20. À cette occasion, le Canada doit soutenir prioritairement la création d’un accord concernant l’élaboration de normes commerciales en matière de droits humains afin de combler le vide actuel, à l’international, au niveau de la réglementation et de la responsabilité commerciales. C’est le moment idéal pour agir, tandis que les nations luttent pour se remettre de la grave crise économique et qu’un milliard de personnes vivent toujours en situation de pauvreté extrême.

Amnistie internationale Canada, en coalition avec un grand nombre d’organisations, presse le gouvernement de s’assurer que l’éradication de la pauvreté, le redressement économique pour tous et la justice environnementale soient traités en priorité aux Sommets, dans le respect des normes de droits humains.

« Le leadership international canadien aux Sommets doit être conforté par des efforts pour stopper l’affaiblissement de la protection des droits humains au Canada, explique M. Neve. Le Canada ne sera crédible sur la scène mondiale que s’il fait preuve de cohésion dans son approche nationale. »

Le Programme relatif aux droits humains à l’intention du Canada d’Amnistie internationale met en évidence bon nombre de domaines où le Canada aurait dû prendre des initiatives. Son engagement envers les droits des peuples autochtones a été affaibli par son refus d’appuyer la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Cette position doit être renversée. Le sous-financement persistant des agences de protection des enfants des Premières Nations doit cesser. Et un vaste plan d’action national doit être mis sur pied pour contrer la violence contre les femmes autochtones.

Sur la question du Moyen-Orient, le Canada est perçu par la majorité comme étant partisan. Le Canada doit reprendre la position d’intermédiaire impartial qu’il occupait par le passé, et, conséquemment, reconnaître la responsabilité d’Israël, des Territoires occupés et des Autorités palestiniennes dans les violations des droits humains commises dans ces régions.

Le Canada doit prendre des mesures concrètes pour mettre fin à la complicité de torture en arrêtant les transferts de prisonniers en Afghanistan et en convoquant une enquête publique pour examiner les politiques et les pratiques canadiennes relatives aux prisonniers en Afghanistan depuis 2002. Le gouvernement doit demander le rapatriement d’Omar Khadr de Guantanamo Bay. Il doit offrir des excuses et des indemnisations à Abdllah Almalki, Ahmad Abou Elmaati et Muaayed Nureddin en compensation des violations de droits humains qu’ils ont subies. Le processus de certificat de sécurité en matière d’immigration doit être aboli et la loi canadienne, amendée afin de prohiber toute déportation dans les cas qui présentent de sérieux risques de torture.

Dans la sphère économique, un projet de loi d’initiative parlementaire, le projet de loi C-300, destiné à renforcer les lois canadiennes relatives à la responsabilité des entreprises se doit d’être adopté. Un processus d’évaluation indépendante des conséquences sur les droits humains doit être adopté et mis en pratique systématiquement dans les plus brefs délais afin qu’il soit appliqué dans le cadre de l’Accord de libre-échange Canada-Colombie.

La protection des réfugiés doit être renforcée. Les failles en matière de droits humains de l’Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis doivent être corrigées et Section d’appel des réfugiés prévue par la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés doit être instituée.

Le gouvernement doit réaffirmer son opposition à la peine de mort en coparrainant la résolution demandant un moratoire sur les exécutions qui sera présentée plus tard cette année à l’Assemblée générale des Nations Unies. Aussi, le gouvernement doit reconnaître que les droits économiques, culturels et sociaux mérite une forte protection juridique en ratifiant le protocole facultatif du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qui permettra à des personnes de présenter aux Nations Unies des plaintes relatives à la violation de ces droits.

Enfin, la place de plus en plus restreinte pour la contestation en matière de droits humains au Canada associée à une diminution croissante du soutien du gouvernement à d’importantes agences de surveillance sont profondément troublantes et requièrent la mise en place d’un comité indépendant et non partisan d’éminents Canadiens pour examiner ces questions, tirer des conclusions et formuler des recommandations.

« Cette année offre au Canada une occasion unique de redresser les droits humains en son sein et de démontrer son leadership dans le programme international, soutient Béatrice Vaugrante. Le Canada se doit de saisir cette occasion. »

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