Le désengagement à Gaza ne met pas fin à l’occupation israélienne dans les territoires palestiniens

lundi 8 août 2005, par Ahmed ABDIRAHMAN, Phyllis BENNIS

Israël qui occupe la bande de Gaza depuis 1967 est la puissance occupante qui reste totalement responsable selon la loi internationale de mettre fin à l’occupation de Gaza, de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Or malgré les apparences, le retrait de Gaza annoncé par Ariel Sharon n’est pas un avant vers la fin de cette occupation.

Une prison à ciel ouvert

En fait, l’occupation quotidienne sera transformée en une occupation par le siège. Gaza sera complètement encerclée par les murs érigés par les Israéliens. Toutes les entrées et les sorties seront contrôlées par l’armée israélienne. Tous les points de passage seront gérés par les Israéliens. Le ciel et la mer au-dessus de et autour de Gaza resteront sous contrôle israélien et les Palestiniens devront obtenir préalablement l’autorisation Israël pour reconstruire l’aéroport (détruit par les forces israéliennes) et le port. Les Palestiniens seront à toutes fins pratiques détenus dans une prison à ciel ouvert, sans droit de se déplacer. L’accès à Gaza pour les personnes et également pour les marchandises restera sous le contrôle exclusif des Israéliens, y compris les aliments et les médicaments. La question de l’occupation reste posée, d’autant plus qu’Ariel Sharon se donne le droit de « réoccuper » Gaza s’il le juge nécessaire. Selon la loi internationale, une puissance assiégeante a les mêmes obligations qu’une puissance occupante, notamment en matière d’aide humanitaire (alimentations, santé, éducation, etc.). Le désengagement de Sharon n’est donc pas la fin de l’occupation. Le tribunal de Nuremberg à la fin de la deuxième guerre mondiale a établi que « le critère définissant le régime légal de l’occupation n’est pas lié au fait que la puissance occupante a le contrôle effectif du territoire, mais au fait que la puissance occupante a la capacité d’exercer un tel pouvoir ». Aussi longtemps que l’armée israélienne contrôle les frontières et l’accès par mer et par air, Israël a la capacité de contrôler le territoire palestinien.

Consolider l’occupation de la Cisjordanie par le Mur

Sharon de toute évidence entend utiliser le retrait de Gaza comme moyen de consolider l’occupation de la Cisjordanie. L’administration Bush lui a déjà promis (lettre du président Bush à Ariel Sharon d’avril 2004) son appui, affirmant qu’il n’était pas question de retourner aux frontières de 1967. Cette alliance israélienne-américaine inclut également le refus de négocier le droit de retour des réfugiés palestiniens. Un des principaux adjoints d’Ariel Sharon, Dov Weisglass, a affirmé que le but du désengagement était de « geler le processus de paix ». « Toute la question de l’État palestinien est en voie d’être retirée de l’agenda, avec la bénédiction des deux chambres du Congrès américain », a-t-il affirmé. Pour le moment, l’attention du monde est concentrée sur le désengagement de Gaza. Mais pendant ce temps, Israël continue d’ériger le mur encerclant les territoires occupés, d’exproprier des terres palestiniennes et de confiner les Palestiniens dans des enclaves séparées les unes des autres. Et ce, en dépit de l’opinion de la cour internationale de justice qui considérait le Mur illégal après une plainte portée par l’Assemblée générale de l’ONU. Selon Israël, le Mur est une simple mesure de sécurité. Mais si tel était le cas, il aurait été érigé le long de la frontière de 1967, alors que dans les faits, le mur est presque totalement construit dans les territoires palestiniens. Il encercle les territoires palestiniens. Il isole totalement la ville palestinienne de Qalquilya (50 000 habitants). Il sépare les Palestiniens de leurs terres agricoles. Il empêche les Palestiniens d’avoir accès aux écoles et aux hôpitaux. Plusieurs Palestiniens craignent que le retrait de Gaza couplé à la construction du Mur n’aboutisse à une situation de « bantoustanisation » des territoires palestiniens et à l’annexion de plus de 50% de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est.

Le monde doit agir

Que faire ? Jusqu’à date, la plupart des gouvernements y compris le gouvernement du Canada ne semblent pas déterminés à imposer à Israël le respect des lois et obligations internationales. Les organisations de la société civile, notamment celles qui sont membres du Réseau international des ONG sur la Palestine de l’ONU, tentent présentement d’intensifier leurs campagnes et d’organiser, comme cela était le cas à l’époque de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, des boycottages, des désinvestissements et d’autres sanctions économiques contre le gouvernement israélient les institutions et corporations qui travaillent avec lui, pour protester contre l’occupation israélienne des territoires palestiniens. L’Église presbytérienne des Etats-Unis, par exemple, vient de décider de désinvestir des corporations américaines qui oeuvrent dans les territoires occupés. C’est une voie difficile et qui fait mal, mais c’est ce qui reste aux gens pour faire pression. Au bout de la ligne, la revendication est bien simple, le respect de la légalité internationale.


* Phillys Bennis coordonne le Réseau des ONG sur la Palestine à l’ONU et Ahmed Abdirahman et chargé de programme à Alternatives

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