Raôul Duguay et Samian au FSQ

Le coeur au poing

jeudi 23 août 2007, par Louis-Alexandre Jacques

Le rappeur algonquin Samian et le chanteur Raoûl Duguay feront partie du spectacle d’ouverture du Forum social québécois le 23 août. Le premier est âgé de 24 ans. Le second a fêté ses 68 ans. Tous deux se complètent pourtant, au point où l’on ne se sait trop qui est l’Ancien et qui est le Moderne. Portraits croisés.

Samian est né en Abitibi. Raoûl Duguay aussi. Le premier est rappeur, musicien écorché vif. Le second est poète, chanteur, peintre, compositeur... Il a notamment écrit AO, la fantastique légende, qui parle du fragile équilibre entre la nature et l’homme.

Samian commence à peine à être connu, grâce au pouvoir de la musique et des mots. Duguay est un vieil habitué du monde artistique québécois. D’abord grâce à son ancien groupe l’Infonie, puis à travers un parcours original qui l’a mené au new age, aux « chansons de la pomme », à la peinture et même aux confins de la politique.

Tous les deux, ils ont accepté de servir de porte-parole au Forum social québécois. Mais pas tout à fait pour les mêmes raisons. Samian se considère avant tout comme un porte-parole de la cause autochtone au Québec. Son vis-à-vis, lui, a toujours été le porte-voix de plusieurs rêves, de plusieurs couleurs, de plusieurs explorations, à l’image de sa carrière parfois déroutante.

Samian a accepté d’apporter sa contribution au tout premier FSQ parce qu’il s’agissait d’une autre opportunité de prendre la parole. « J’y vais pour livrer mon message. Je ne veux pas changer le monde, mais unir la nation autochtone à la nation québécoise », indique-t-il. Pour sa part, Raôul Duguay estime que le Forum social représente « une occasion pour les citoyens de faire le travail que les gouvernements ne font pas ». Il espère que le FSQ verra émerger des solutions de rechange au néolibéralisme, des alternatives. Il souhaite aussi que les décisions y soient prises en groupe, et qu’un rapport soit envoyé aux médias.

Duguay le poète a déjà tenté sa chance par le passé en politique, ce qui en avait décontenancé plusieurs. Samian le rappeur n’y songerait même pas, tellement on lui a appris à se méfier de quelque gouvernement que ce soit. Pour lui, l’engagement social constitue une chose nouvelle, qu’il lui faut apprivoiser. Il rappelle qu’on parle souvent d’aider les populations des pays en développement. Il déplore qu’on oublie ainsi de regarder chez soi. « Des communautés autochtones vivent dans des conditions ressemblant au Tiers-monde et on en parle jamais », affirme-t-il.

L’œuvre de Raoûl Duguay a exploré les frontières du son et du langage, jonglant entre le réalisme et l’abstraction. Les chansons de Samian sont tranchantes comme des rasoirs. Il parle des jeunes des réserves qui sont laissés à eux-mêmes, des problèmes de consommation favorisés par l’éloignement, de l’isolement et du taux de suicide affolant. Il espère grandement que le FSQ contribuera à ouvrir les esprits sur les problèmes sociaux des communautés autochtones.

Samian mentionne aussi les erreurs du passé à l’égard des nations autochtones, de l’Église ou du gouvernement. Il rappelle que ces derniers ne se sont jamais excusés. On a préféré envoyer des chèques pour acheter le silence, ce qui est loin d’avoir réglé quoi que ce soit. Quand il prône l’autonomie pour son peuple, il parle le même langage que Raoûl Duguay : « Il est normal qu’ils obtiennent l’autonomie, explique ce dernier, sinon quoi, ils risquent d’être carrément avalés par notre civilisation. »

Le jeune rappeur se dit impressionné par l’ouverture d’esprit de son aîné. Il affirme que si tous les gens étaient comme lui, tout serait beaucoup plus facile. Le vétéran de la chanson ne cache pas son admiration pour le jeune rappeur autochtone ainsi que pour Anodajay, un autre artiste hip-hop de l’Abitibi qui produit Samian. Anodajay a repris la chanson de 1975 de Duguay « La bittt à Tibi », et l’a transformée en un autre succès inattendu, « Le beat à Ti-bi », dans laquelle deux générations partagent le micro. M. Duguay se dit d’ailleurs très fier de cette association : « Je suis à peu près la seule tête blanche à chanter avec des jeunes. Il faut qu’il y en ait de plus en plus ! »

Pour Raoûl Duguay, le FSQ constitue aussi l’occasion de faire le pont entre les cultures et les générations. Comme par hasard, le poète donne justement des conférences sur les liens intergénérationnels : « [Les générations] ont du chemin à faire pour aller se rejoindre. Ça prend de la solidarité », s’exclame-t-il. Lors du spectacle d’ouverture du Forum social québécois, il prêchera donc par l’exemple, en unissant sa voix à celle de Samian, de 44 ans son cadet. Tous deux se complètent pourtant, au point où l’on ne sait trop lequel est l’Ancien, et lequel est le Moderne. L’un a découvert la solidarité après mûres réflexions, l’autre provient d’une culture humaniste qui l’enseigne depuis plusieurs générations.

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