Le chaos irakien

dimanche 25 septembre 2005, par Pierre BEAUDET

D’ici quelques semaines, la population irakienne sera appelée par referendum à voter sur le projet de constitution. Selon le militant de gauche irakien Salam Ali, de passage à Montréal dans le cadre des journées d’Alternatives, le projet actuel n’est pas vraiment acceptable du point de vue de la démocratie et des droits de la personne.

Une grande régression

« Les droits des femmes, par exemple, sont inscrits d’une manière qui est une véritable régression par rapport à la loi du statut personnel de 1959 », explique-t-il. Dans le nouveau projet de constitution, les femmes sont soumises aux tribunaux islamiques en ce qui concerne des questions comme le divorce et l’héritage. Selon Salam Ali, des pressions de dernière heure de la part de groupes de femmes ont permis d’amoindrir les dimensions islamistes du projet, mais il s’objecte au fait que « tout cela se fait de manière secrète et sans consultation de la population ». « Les partis shi’ites et kurdes négocient privément entre eux, laissant en dehors du processus les Parlementaires et la société civile ». Selon Salam Ali, « l’occupation américaine de l’Irak, loin de nous rapprocher de la démocratie, nous en éloigne. Le résultat est un véritable désastre ».

La stratégie américaine

La politique américaine, commente Salam Ali, « alimente les conflits intercommunautaires ». Shi’ites, Sunnites, Chrétiens, Kurdes, bien que se référant à des réalités historiques, sont construits comme des groupes s’excluant les uns et les autres, alors que « dans l’histoire de notre pays, ce sont davantage les clivages politique et sociaux qui ont pris le dessus sur les clivages communautaires.

Encore aujourd’hui, il est absurde de parler d’une « communauté » sunnite ou shi’ite alors que les lignes de fractures passent ailleurs. Par exemple entre ceux qui s’opposent au retour de la dictature de Saddam et ceux qui l’espèrent (les Sunnites sont dividés sur cette question) ; entre ceux qui veulent un projet intégriste et ceux qui s’y opposent (plusieurs partis implantés parmi les shi’ites se divisent sur cette question) ; entre ceux qui voudraient le démantèlement de l’Irak et ceux qui veulent la reconstruire sur des bases fédéralistes (ce sont des contradictions qui existent notamment chez les Kurdes).

La gauche irakienne craint également les pourparlers plus ou moins secrets qui se poursuivent entre les Etats-Unis et les restants du régime de Saddam. « Ceux-ci voudraient en échange de cesser la guerre reproduire le précédent régime anti-démocratique et ultra-centralisateur ». Selon Salam Ali, « Washington estime cette option valable si elle permettrait une pacification du pays ».

Les tempêtes à venir

Entre-temps, la population est épuisée, non seulement des crimes perpétrés par l’occupant et les « Jihadistes », mais également du fait que l’infrastructure de base comme l’eau et l’électricité reste toujours largement paralysée. Selon une enquête réalisée par l’ONU en juillet dernier, la colère de la population est immense et se retourne contre l’actuel gouvernement. Des groupes radicaux de tendance islamiste comme celui de Moqtada al-Sadr connaissent une forte croissance.

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