Le boycott d’Israël : un moyen de pression pacifique et légitime

mercredi 22 décembre 2010, par Palestiniens et Juifs Unis - PAJU


Cette lettre se veut la réponse du groupe Palestiniens et Juifs Unis (PAJU) à l’article de Madame Gagnon Khadir, le fanatique paru dans La Presse du 22 décembre 2010. Au lieu de démonter point par point ses arguments, nous préférons exposer les motifs de notre démarche.


Rappel des faits
Palestiniens et Juifs Unis (PAJU) est un groupe fondé par un juif canadien et un palestinien qui milite pour une paix juste en Israël-Palestine depuis 2001 et qui, tourné vers l’action pacifique, participe à la campagne internationale de boycottage, désinvestissement et sanctions d’Israël.

En octobre dernier, PAJU a informé le propriétaire de la boutique Le Marcheur de la situation dans laquelle se trouve le peuple palestinien depuis des décennies et l’a invité retirer les souliers fabriqués en Israël de son offre de vente. Dans sa lettre, PAJU a annoncé clairement au propriétaire son intention d’inviter les citoyens à boycotter la boutique dans le cas ou celui-ci refuserait de retirer les produits, ce qui s’est effectivement produit.

Le boycottage de ladite boutique qui s’en est suivi, initié par PAJU et auquel se joins d’autres groupes et personnes dont Amir Khadir le 11 décembre dernier, est loin d’être un geste improvisé et irréfléchi. Il répond à l’appel au boycottage des produits israéliens lancé en 2005 par plus de 170 organismes de la société civile palestinienne. Des groupes du monde entier ont répondu à cet appel, même des groupes israéliens avec le boycott from within. Au Québec, Québec Solidaire est l’un de ces groupes qui ont courageusement pris position en faveur du boycottage d’Israël.

Soulignons au passage que la Boutique le Marcheur n’est pas la première cible québécoise des groupes ayant pris position en faveur du boycottage. Pendant 10 ans, PAJU a tenu une vigile hebdomadaire devant le consulat israélien pour dénoncer les politiques israéliennes d’occupation, de colonisation, de nettoyage ethnique et d’apartheid. Lorsque le consulat a déplacé ses locaux à l’extérieur du centre-ville, PAJU a déplacé sa vigile devant la librairie Indigo, dont les propriétaires majoritaires possèdent un fonds destiné aux soldats qui se joignent à l’armée israélienne. Notons que la campagne québécoise de boycottage d’Israël cible aussi quatre autres produits de consommation disponibles sur nos tablettes. Bref, ces initiatives démontrent que tout commerce qui vend des produits israéliens est susceptible d’être invité par PAJU a retiré lesdits produits.

Les raisons d’une campagne de boycottage
Le boycottage d’Israël s’inspire du boycottage des produits sud-africains et découle de la comparaison entre le régime d’apartheid imposé aux noirs en l’Afrique du Sud et le régime d’apartheid imposé aux Palestiniens en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

Diverses figures de proue internationales ont fait cette comparaison publiquement, notamment des personnalités sud-africaines. Desmond Tutu, ancien archevêque du Cap et président de la Commission sud-africaine pour la Vérité et la Réconciliation, est bien placé pour parler d’apartheid. Après une visite en Palestine effectuée il y a quelques années, il a déclaré : « J’ai été profondément bouleversé lors de ma visite en Terre sainte ; cela m’a tant rappelé ce que nous, les Noirs d’Afrique du Sud, avons vécu. J’ai vu l’humiliation des Palestiniens aux check points et aux barrages routiers, je les ai vus souffrir comme nous quand de jeunes policiers blancs nous empêchaient de nous déplacer. »

Le boycottage d’Israël comme moyen de pression pacifique
Nous croyons que les citoyens québécois doivent s’indigner tout autant du régime d’apartheid d’Israël qu’ils l’ont fait devant le régime de ségrégation d’Afrique du Sud. À notre avis, le peuple palestinien mérite le même appui que le peuple sud-africain, particulièrement en cette période où Israël poursuit à un rythme exponentiel l’expulsion des Palestiniens par la colonisation de la Cisjordanie et « l’israélisation » de Jérusalem Est, pourtant la future capitale d’un État palestinien.

C’est pourquoi nous avons invité, et nous continuerons à le faire, les citoyens à s’abstenir de tout commerce avec le régime d’Israël, avec des entreprises israéliennes ou des entreprises qui vendent leurs produits, afin de maintenir une pression pacifique, mais ferme, sur l’État d’Israël, jusqu’à ce que celui-ci mette fin à la colonisation et à l’occupation des Palestiniens.

« L’imposition de sanctions économiques est le moyen le moins violent de déraciner le cancer de l’apartheid, d’empêcher ce système de prospérer », disait le révérend Jesse Jackson dans une entrevue auprès du Albany Herald, en 1985, à l’apogée de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Nous croyons que cela est juste. Un régime d’apartheid comme celui d’Israël actuellement ne peut continuer son programme de ségrégation que s’il est financé. Les produits fabriqués en Israël ne sont pas vendus par l’État lui-même ; c’est un réseau complexe de gouvernements, de marchands et de consommateurs qui font le pari au nom de l’État.

Ici, au Québec, les marchands qui vendent des produits fabriqués en Israël sont la frontière publique du projet d’apartheid de l’État israélien. Si des marchands et des consommateurs, une fois informés de la situation et mis au courant de leur rôle en tant que promoteurs de l’apartheid israélien, choisissent consciemment de continuer à appuyer ce régime de ségrégation, ils deviennent complices de ce régime

Le boycottage : un appel au commerce responsable
En plus d’être un moyen de pression pacifique et de sensibilisation citoyenne, nous sommes d’avis que le boycottage des produits israéliens s’inscrit dans un mouvement d’achat responsable. À l’heure où nous nous préoccupons de plus en plus de la provenance des produits que nous achetons (produits équitables, québécois, biologiques, etc.), nous croyons, à l’instar des nombreux groupes qui ont adopté une position en faveur du boycottage des produits d’Israël, que nous avons un devoir de sensibiliser les citoyens à la présence de produits israéliens dans nos commerces.

Au propriétaire de la boutique Le Marcheur, nous répondons qu’il n’y a pas de confort dans l’apartheid. Nous lui tendons la main à nouveau et lui disons qu’il n’est pas trop tard pour retirer de son offre de vente les chaussures fabriquées en Israël. Pourquoi ne pas remplacer ces produits provenant d’Israël – 2 % de son chiffre de vente – par des produits québécois ? Il est encore possible pour lui de participer à un mouvement historique et de transformer sa boutique en commerce responsable.

Enfin, nous invitons tous les Québécois à répondre à l’appel des Palestiniens comme ils ont répondu à celui des noirs sud-africains en refusant d’acheter des produits israéliens.

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