Journal des Alternatives

Recyclage

Le bac vert n’est pas une poubelle !

Annie RICHER, 1er février 2003
PHOTO : DAPHNEE DION-VIENS

La loi votée par l’administration Bourque en 1999 rendant obligatoire la récupération des matières domestiques a fait augmenter le total des matières récupérées de 17 000 tonnes en un an à peine. La mauvaise nouvelle ? Ce nombre comprend un accroissement important des déchets. Petite enquête sur la vocation verte.

La Ville de Montréal a eu une bien mauvaise surprise lors de la rédaction du bilan de l’année 2000 quant à la gestion des matières résiduelles. Malgré un accroissement notable des matières déposées dans les bacs verts, le taux de récupération a grimpé d’un maigre 3 %. De 15 % qu’il était en 1999, il est passé à 18 % en 2000 ; rien de bien significatif.

Cette statistique s’inscrit dans la progression lente et constante - environ 1,5 % par année - du taux de succès depuis la mise en place du programme environnemental en 1989 (sauf pour l’année 1997, qui marquait une amélioration de plus de 4 % sur l’année précédente).

« On dirait que la collecte est victime de sa popularité, affirme Jacques Tremblay, chargé de communication au service Environnement, voirie et réseaux de la Ville de Montréal. Il y a cinq ou six ans, seulement la moitié des citoyens avait accès au programme, mais la qualité de la récupération était très bonne. Or, depuis que la totalité des Montréalais a accès à ce service, le taux de rejet des matières apportées au Centre de tri a augmenté de 2 ou 3 %. »

Récupérer tout ce qu’on peut

Il est vrai que l’ajout de nouveaux éléments au programme afin de le rendre universel (par exemple, l’apparition des bacs roulants qui sont plus complexes à gérer) pourrait avoir tempéré la progression des taux de réussite de la collecte. Mais un autre facteur semble s’ajouter à liste.
« Bien des gens sont persuadés que le contenu de leur bac vert prendra, de toute façon, la direction de la poubelle », explique Patrick Beaudoin, vice-président exécutif au groupe TIRU (Traitement industriel des résidus urbains), la multinationale française qui administre le Centre de tri du Complexe environnemental Saint-Michel. « Dans les années 90, des entreprises vouées au recyclage ont été surprises à enfouir les fruits de la collecte. Ça nous a fait très mal ! Si les gens voyaient comment ça se passe, ils comprendraient qu’on a avantage à récupérer tout ce qu’on peut. »

M. Beaudoin explique que si le site du Complexe environnemental Saint-Michel - anciennement la carrière Miron - appartient à la Ville de Montréal, il reste toutefois administré par l’entreprise privée. Les matières récupérées, puis déposées au Centre de tri, représentent rien de moins que son financement. « Le Centre ne bénéficie pas de subventions, il s’autofinance, poursuit Patrick Beaudoin. Les ballots de matière sont vendus à des compagnies de recyclage, ce qui constitue notre source de revenus. »

Le taux de rejet des matériaux récupérés oscille présentement entre 4 et 6 %. « Non seulement nous ne tirons aucune valeur de revente de ces déchets, explique encore M. Beaudoin, mais nous devrons, en plus, payer pour les faire enfouir, car nous ne possédons pas de site d’enfouissement. Tout cela sans parler du transport que nous devons débourser pour nous rendre au site ! Tandis que lorsque nous vendons des matières, le client assume lui-même les coûts du transport. »

En somme, une réduction du taux de rejet constitue un gain financier appréciable pour le Centre de tri. Toutefois, une augmentation de 5 % de ce taux sonnerait le glas de l’entreprise.

Les défis

Que faudrait-il donc faire pour augmenter la qualité des matières résiduelles ? « Sensibiliser les gens à bien récupérer ! » ont clamé à l’unanimité les deux intervenants interrogés. C’est d’ailleurs le défi que s’est donné la Ville de Montréal pour l’année à venir. « Nous devons convaincre les gens qu’il est important de mettre l’accent sur la qualité du tri qu’ils font à la maison » renchérit Jacques Tremblay.

« Nous devons propager l’information, sensibiliser et insister, conclut Patrick Beaudoin. À New York, les autorités avaient choisi de cesser la collecte, car les résultats n’étaient pas aussi bons qu’ils l’espéraient. Or, maintenant qu’ils sont revenus sur leur décision, ils doivent repartir au bas de l’échelle, car les gens ont tout oublié du programme de récupération. » Aux dires de M. Beaudoin, l’une des responsables du projet new-yorkais prévoit même qu’il faudra de trois à cinq ans avant de revenir aux résultats qui prévalaient avant l’abandon du programme de collecte sélective. D’où l’importance, à Montréal, de ne pas baisser les bras...

Annie Richer, stagiaire du programme Médias alternatifs d’Alternatives