Le Québec premier de classe

mardi 17 décembre 2019, par Claude Vaillancourt

On se frotte les yeux et on se demande si c’est vrai. Lorsqu’on regarde une bonne quantité d’indicateurs économiques, le Québec semble en excellente situation, parmi les meilleurs au monde, les plus performants. Notre économie se porte à merveille alors que les surplus budgétaires s’accumulent.

Et les nuages ne semblent pas s’accumuler à l’horizon : le Québec est plus que jamais outillé pour affronter l’avenir, avec de l’énergie renouvelable et bon marché en immense quantité, avec un capital humain bien formé et des entreprises dynamiques.

Que l’on considère le taux de chômage, la croissance, le revenu moyen des ménages, le Québec a fait des bonds considérables. À glaner ça et là dans les médias, on croise des expressions comme « revirement historique », « miracle économique », « résistance au contexte mondial » et « rattrapage ». Les gains se font même en comparaison avec l’Ontario, comme nous l’explique entre autres le journaliste Gérald Fillion, cette province qui nous a dans le passé donné tant de complexes.

Le Québec est même premier de classe au sens propre : ses performances aux tests PISA placent nos élèves parmi les meilleurs au monde, notamment dans des matières comme la lecture et les mathématiques. Nous réussissons à faire notre marque dans les technologies de pointe, comme l’intelligence artificielle. Et nos artistes s’exportent à travers le monde, que ce soit en musique, cinéma, danse, théâtre ou littérature. Tout cela alors que nos finances publiques se portent mieux que jamais, avec quelques milliards de dollars de surplus dans notre cagnotte.

« T’es né pour un petit pain ! », c’est ainsi qu’on nous a conditionnés, au Québec, pendant de longues années. Un petit peuple, un petit pain, des ambitions étroites et une forte résignation à rester soumis et silencieux. Notre infériorité était vue comme un atavisme, un mal qu’il fallait accepter comme nous étant dû. Et des œuvres littéraires et cinématographiques racontaient en grand nombre notre médiocrité.

Ayant intégré comme tant d’autres ces discours misérabilistes, j’étais de ceux qui croyaient que cette situation se maintiendrait à n’en plus finir. Mais tout semble avoir changé radicalement. Peut-être vivons-nous enfin pleinement les effets de la Révolution tranquille, qui s’appuyait sur l’idée d’une grande émancipation menée par de fortes politiques publiques, en dépit de tout ce qu’on a fait pour torpiller ce modèle ?

Malgré nos bonnes performances, d’où vient cependant le sentiment persistant qu’en fait, tout ne va pas si bien ? Que rien ne nous pousse à l’euphorie ? Certes, il est plus facile de se trouver du travail maintenant. Mais les bons emplois demeurent rares et s’obtiennent dans un climat de rude compétition. La pauvreté reste un mal endémique et semble encore plus inacceptable quand certains individus continuent de s’enrichir sans limites.

Notre système de santé n’est pas à l’image de nos performances économiques, avec ses temps d’attente interminables et la difficulté que plusieurs éprouvent à obtenir des soins pour des maladies toutes simples.

Les performances de nos élèves se font peut-être malgré un système scolaire qui mériterait de grandes améliorations, avec ses écoles en mauvais état, ses conditions de travail éprouvantes pour les enseignant·es, son système trop sélectif et à deux vitesses au secondaire, et un taux de décrochage dont il n’y a pas de quoi être fiers.

Le fleuron de nos entreprises est passé dans des mains étrangères, et le Québec, territoire ouvert aux multinationales, affaibli par des accords de libre-échange négociés à son désavantage, perd de son identité à entrer de plain-pied dans une mondialisation soi-disant heureuse, mais qui laisse trop de gens sur le carreau.

Du côté environnement, malgré notre hydroélectricité en abondance et une population particulièrement sensibilisée à la cause, nous traînons toujours de la patte, avec nos banlieues qui ne cessent de s’étaler et les voitures privées, dont trop de VUS, qui continuent de se multiplier.

Bref, quelque chose d’important ne tourne toujours pas rond dans ce Québec choyé par les bonnes statistiques économiques.

Il n’y a pas si longtemps, la droite s’était enthousiasmée à la publication d’un livre de l’économiste Alain Dubuc, Éloge de la richesse, qui démontrait en long et large à quel point le Québec était pauvre et affirmait qu’il fallait créer la richesse avant de la distribuer. Il n’y a plus de doute, la richesse est bel et bien là, à portée de main. Selon cette logique, qu’attendons-nous alors pour nous lancer dans sa grande distribution et nous transformer véritablement vers le mieux ?

Photo : Mériol Lehmann

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