Le Québec est un paradis pour les entreprises d’exploration minière

mardi 25 août 2009, par Nicole Béland

La plus grosse mine d’uranium au monde est en Saskatchewan. Elle est aussi jugée la plus sécuritaire. Pourquoi ? Parce que toutes les étapes d’extraction d’uranium sont automatisées. Les humains ne doivent pas entrer en contact avec le minerai. L’argument de créer des centaines d’emplois de qualité pour une région en difficulté économique ne tient donc pas la route pour cette industrie où il y a peu d’humains et beaucoup de robots.

De plus, les riches gisements de la Saskatchewan ne ressemblent en rien à ceux du Lac Kachiwiss sur la Basse Côte Nord qui sont de type « faible teneur et fort tonnage ». Ces gisements sont plus difficiles à extraire et demandent des méthodes d’extraction plus coûteuses et beaucoup plus polluantes que celles utilisées pour les gisements à plus riches teneurs.

La seule façon de rendre ces gisements à faibles teneurs rentables, c’est que le prix de l’uranium soit élevé. C’est le cas actuellement bien qu’il ait baissé récemment. L’exploitant minier doit, dans ce contexte économique, réussir à extérioriser les coûts d’exploitation le plus possible. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? L’exploitant minier essaie par tous les moyens de faire assumer les frais de son projet minier par une tierce partie : par exemple, payer la plus basse redevance minière possible au gouvernement, obtenir des subventions et des crédits d’impôts pour ses activités d’exploration, n’assumer que partiellement les coûts reliés à la réhabilitation environnementale de sites miniers et laisser le système de santé publique assumer les frais de santé. Si l’exploitant minier peut profiter d’infrastructures déjà en place tel qu’un train transportant du minerai, les coûts de son projet seront moindres et s’il réussit à faire accepter un projet de mine à ciel ouvert qui est moins coûteux mais dévastateur pour l’environnement alors ses profits seront encore supérieurs.

Tout comme monsieur Lagacé, j’ai visionné le vidéo amateur de citoyens inquiets de Sept-Îles dénonçant certaines pratiques de la compagnie d’exploration uranifère Terra Ventures. Cette dernière est propriétaire des droits miniers de la région du Lac Kachiwiss. Dans le vidéo, un homme descend un fil avec un plomb jusqu’à 30 pieds de profondeur dans le tubage d’un puits d’exploration effectué par Terra Ventures. La démonstration avec le fil indique que le puits d’exploration n’a pas été sellé en surface à l’aide d’un bouchon de béton.

Selon des règles de précautions élémentaires, la partie supérieure d’un puits d’exploration devrait être sellée soit par une couche de bentonite (argile gonflante) soit par un bouchon de béton pour empêcher la migration potentielle de contaminants de la surface vers l’eau souterraine. Dans ce cas-ci, c’est certain que ça n’a pas été fait. Malheureusement, la compagnie minière n’est pas tenue par la loi à prendre ces précautions toutes simples. Il faut des concentrations de l’ordre de 1 % U3O8 pour que les travaux de forage nécessitent des précautions particulières. Sur la Côte Nord, ces concentrations sont de l’ordre de moins de 0,02 % U3O8. On peut se demander combien d’autres règles de précaution élémentaires sont ignorées par Terra Ventures et les autres compagnies minières lors de campagnes d’exploration. Cette industrie représentée par l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs, a élaboré son propre code de conduite qu’elle peut suivre ou non ; c’est sans obligation.

Dans l’utilisation de la technique de forage au diamant, beaucoup d’eau doit être utilisée pour forer le roc. D’où provient cette eau ? Est-elle récupérée adéquatement ou tout simplement rejetée sans traitement dans l’environnement ? À l’heure actuelle, aucune loi ne régit les eaux de forage utilisées dans le cadre d’une campagne d’exploration minérale. Cette activité se soustrait à la Loi sur la qualité de l’Environnement sous prétexte qu’elle se soumet déjà à la Loi sur les mines. Mais la Loi sur les mines n’est pas conçue pour protéger l’environnement. Récupérer une eau contaminée de forage et en disposer adéquatement, c’est une opération beaucoup plus coûteuse que de mettre un bouchon de béton sur un puits d’exploration…et ça ne paraît pas si c’est mal fait ou pas fait du tout. Tirez-en votre propre conclusion.

Le Vérificateur général a critiqué vertement le manque de contrôle environnemental des projets miniers au Québec. En effet, au Québec, quand une compagnie d’exploration minérale a une attitude négligente face aux règles élémentaires de précaution, on ne peut lui retirer son permis afin de l’empêcher de continuer ses actions qui sont, certes blâmables mais non illégales.

Selon l’institut Fraser, le Québec était, en 2008, le meilleur endroit au monde pour les entreprises d’exploration minière. Pourquoi ? Voici les raisons vantées par L’Association de l’exploration minière au Québec :

- législation moderne, stable et gouvernement pro-développement (voir stratégie minérale québécoise) ;

- réclamations territoriales autochtones réglées sur une grande partie du territoire géologiquement favorable ;

- fiscalité extrêmement attrayante :

déduction pour l’investisseur pouvant atteindre 150% dans le cadre du financement accréditif ;

crédits d’impôts remboursables pour les entreprises explorant le Québec ;

coûts nets pour une junior ou un investisseur qui dépense 100 dollars en exploration :33 dollars !

L’Association ne vante pas de riches gisements potentiels mais plutôt combien on est généreux pour l’industrie minière au Québec.

Soyons donc moins généreux envers ces compagnies d’exploration qui méprisent notre santé et l’environnement au profit de leur portefeuille et au détriment du nôtre. Exigeons une réglementation stricte pour les activités d’exploration minérale au Québec.


Voir en ligne : Sur Cyberpresse


Nicole Béland est géologue de formation ayant supervisé de nombreuses campagnes de forage d’abord en exploration minière puis en caractérisation environnementale. Elle réagit ici à l’article de monsieur Lagacé publié dans Cyberpresse le 5 août 2009 concernant le projet d’exploitation d’une mine d’uranium sur la basse Côte Nord.

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