Le Forum social européen pour tout le monde ?

dimanche 3 octobre 2004, par Csilla KISS

À Londres, du 14 au 17 octobre, se tiendra la troisième édition du Forum social européen (FSE). Dans ce grand rassemblement de la société civile progressiste européenne, symbole tant de la gauche que des altermondialistes, la participation de mouvements venant d’Europe de l’Est n’est cependant pas évidente.

Les deux premiers Forums sociaux européens (FSE), organisés à Florence et Paris, ont accueilli près de 50 000 participants, dont seulement 1 000 provenaient de l’Europe de l’Est. Et selon toutes probabilités, ce chiffre ne grimpera pas beaucoup cette année. Ce faible taux de participation des groupes de l’Est s’explique en partie par des raisons techniques. D’abord, pour les Est-Européens, la participation au FSE coûte cher. À cela, s’ajoute, selon Christina Haralarova, directrice d’Internet Rights Bulgaria, « la restriction liée à la libre circulation dans l’Union européenne qui oblige les militants de certains pays, à se procurer un visa afin de pouvoir prendre part au forum ».

Citoyens de deuxième classe

Cependant, s’ajoute d’autres obstacles, plus politiques. «  Beaucoup ont l’impression que les nouveaux pays membres sont considérés comme des citoyens de deuxième classe au sein de l’Union européenne  », déplore Joëlle Palmieri, cofondatrice des Pénélopes, une organisation féministe française ayant développé plusieurs projets avec des groupes de femmes en Europe de l’Est et centrale. L’Union européenne compte maintenant des pays comme la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, mais même en devenant membres de l’UE, ces pays n’ont pas des droits égaux, notamment en matière de circulation des gens.

De plus, selon Tracey Wheatley, coordinatrice des relations internationales du réseau hongrois Un autre monde est possible, « ne voulant pas de complications, le comité d’élargissement sur l’Europe centrale et orientale du FSE favorise le dialogue avec les coalitions nationales unifiées des pays de l’Est. Or, outre la Pologne et la Russie, peu de pays peuvent fournir des plateformes consolidées, étant donné la fragmentation de la société civile. Cette stratégie démontre une méconnaissance totale de la réalité de ces pays. »

De nouveaux mouvements

Depuis la fin de la période soviétique, les mouvements sociaux peinent à reprendre de la force dans une région du monde où prévalaient le parti unique et la répression. Les partis politiques de gauche et les syndicats sont faibles. D’autres groupes, plus originaux, avec d’autres orientations et d’autres façons de faire apparaissent. En Hongrie, par exemple, on retrouve maintenant un mouvement écologiste progressiste en pleine émergence. Il est composé principalement de jeunes, pour qui ce nouvel espace est vu comme un lieu d’expression et d’organisation démocratique autonome et horizontal, dissocié à la fois des « nostalgiques » de l’ancien régime, et des nouvelles élites « sceptiques », qui ne jurent que par le néolibéralisme.
Mais souvent, ces nouvelles expressions d’une société civile est-européenne sont ignorées par les grands mouvements ouest-européens. « Les groupes de l’Est qui recherchent des alternatives politiques plus participatives et qui désirent conserver leur indépendance vis-à-vis des partis politiques demeurent dans la marge du Forum  », précise Joëlle Palmieri. Selon Gabor Csillag, porte-parole des Jeunes Verts de Hongrie, « en Europe de l’Est, les catégories gauche et droite ont perdu leur sens dans l’imaginaire collectif étant donné l’incohérence de divers régimes au pouvoir. Tout est à reconstruire. J’ai l’impression que la gauche traditionnelle européenne évite d’aborder l’expérience des pays de l’Est tout simplement parce que cela la mettrait au défi d’être plus imaginative et de créer de réelles alternatives », ajoute-t-il.

Malgré ces difficultés, plusieurs organisations est-européennes seront au rendez-vous de Londres. Le Forum reste un espace où l’expérience militante en tant que « mouvement » se vit, une sensation inexistante dans la société atomisée de l’Est. Selon Joëlle Palmieri, « au delà de l’événement ponctuel, l’importance du FSE réside avant tout dans la dynamique de réflexion et de débats continus qu’ilcrée au niveau national et international. Des efforts sont présentement consentis pour augmenter la participation pour les gens de l’Est, notamment via un Fonds de solidarité établi à cet effet. Le prochain FSE, en 2006, aura lieu en Grèce, ce qui attirera une participation accrue des militants de l’Est grâce à la proximité géographique et des affinités avec les Balkans  », ajoute Christina Haralarova.

Csilla Kiss

L’auteure est agente de projets pour l’Europe de l’Est pour Alternatives.

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