Le Forum social des Amériques est lancé !

jeudi 9 octobre 2008

Suivez au jour le jour la délégation d’Alternatives au Forum social des Amériques (FSA) ouvert depuis mercredi le 8 octobre.

Après les deux premiers jours du Forum social des Amériques (FSA), dont le premier a été consacré à l’inscription et à la cérémonie d’ouverture, on peut déjà percevoir la teinte particulière qui marquera ce forum. En se déroulant au Guatemala, la dynamique de ce pays colore autant le site que la programmation. C’est le premier évènement de ce type à se tenir en Amérique centrale.

La participation

On attendait près de 6000 personnes, et nous estimons qu’il y a dès maintenant près de 7000 participants inscrits, dit Jorge Coronado Marroquín, membre du Conseil hémisphérique (CH), instance panaméricaine qui chapeaute le FSA. Il estime que la participation étrangère compte entre 1500 et 2000 personnes. La quantité semble maigre en comparaison de l’édition précédente. En 2006, le Forum social qui s’est tenu à Caracas accueillait près de 80 000 personnes. Il était cependant l’édition américaine du Forum mondial polycentrique.

Certains facteurs peuvent également contribuer à expliquer ce niveau de participation. Le FSA 2008 se tient seulement trois mois avant l’édition mondiale prévue pour janvier 2009 à Belém, au Brésil. Plusieurs organisations auront donc préféré se rendre à l’édition mondiale, n’ayant pas les moyens d’envoyer des délégations à l’étranger deux fois en seulement 3 mois. À l’origine, le forum devait être en juillet, rappelle Jorge Coronado, mais il n’y avait pas de lieu disponible. De plus, les organisations d’Amérique centrale n’ont pas les ressources, et n’ont pas accès aux ressources pour pouvoir déplacer des gens. Beaucoup de gens n’avaient pas de quoi venir, et cela a des conséquences.

Les lieux du forum

Le forum se déroule dans un seul lieu, le campus de l’Université publique San Carlos du Guatemala. Les cours n’ont pas été suspendus, et les participants déambulent sur le campus entre les étudiantes et étudiants qui se rendent à leurs cours. Quelques-uns sont en grève, et bloquent des secteurs de l’Université pour s’opposer à la hausse des frais de scolarité que l’Université vient tout juste d’adopter. Cela crée un malaise chez certains participants. Ceux-ci veulent être solidaires de la lutte étudiante, mais veulent également profiter des activités du forum. (voir la capsule vidéo)

La programmation

Un grand nombre d’activités de la première journée portait sur les négociations d’accords commerciaux internationaux. Le Guatemala, tout comme le reste de l’Amérique centrale, a conclu un accord de libre-échange avec les États-Unis et la République dominicaine (DR-CAFTA pour son sigle en anglais) il y a deux ans. Selon plusieurs mouvements sociaux, qui lançaient le 2e rapport régional sur les impacts de cet accord, les promesses du DR-CAFTA n’ont pas été remplies, et la situation économique et sociale des pays méso-américains s’est détériorée depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Les organisations et mouvements sociaux de la région sont donc méfiants par rapport aux négociations en cours avec l’Union européenne pour conclure un accord du genre. Baptisé accord d’association (AdA pour son sigle espagnol), sa conclusion est prévue pour le premier trimestre de 2009, et très peu d’informations sont disponibles sur le contenu des négociations. Plusieurs ateliers réunis au sein d’une programmation particulière cherchaient à réunir des organisations afin de déterminer des pistes stratégiques communes permettant d’empêcher la conclusion de l’AdA. Des organisations européennes y participaient, et divulguaient les lignes stratégiques adoptées lors du Forum social européen.

L’exploitation minière au Guatemala était également le sujet de plusieurs ateliers et séminaires. La résistance guatémaltèque à l’implantation des mines est grande étant donné les impacts sociaux et environnementaux de ces exploitations. Plusieurs entreprises minières canadiennes oeuvrent au Guatemala, et des organisations du Canada ont produit des déclarations publiques depuis un certain temps pour dénoncer l’attitude des entreprises. Pour les peuples autochtones, les exploitations minières représentent souvent une utilisation qu’ils jugent erronée de terres, et ils craignent que celles-ci contaminent les sols et cours d’eau qu’ils utilisent pour survivre. Plusieurs voix dénoncent les entreprises canadiennes qui imposent un climat d’hostilité et de menace et qui continuent les travaux d’opération malgré le refus presque unanime de la population face aux projets miniers (source : www.paqg.org/article.php3?id_article=439&sq=docu).
Lors de la première journée, six activités portaient sur les activités extractives. Malheureusement, aucune activité ne cherchait à faire un lien entre ces luttes au Guatemala et la résistance aux entreprises minières dans la région de Pascua Lama.

Plusieurs autres thèmes ont été abordés, mais ces deux-là occupaient un espace important. Pour José-Miguel Hernandez, membre cubain du CH, le forum sera marqué par une forte présence du mouvement autochtone et paysan. Ce sont ces populations qui souffrent le plus des accords de libre-échange et des exploitations minières.
(pour consulter le programme en ligne : www.forosocialamericas.org/show_text2.php3?key=369

Le contexte général

Autre particularité du Forum, il se déroule dans un contexte continental et mondial particulier. Lors de la réunion du Conseil Hémisphérique du Forum tenu le 5 octobre, les membres présents analysaient la conjoncture en parlant d’une triple crise. Edgardo Lander, membre vénézuélien du Conseil, décrivait la crise ainsi : il y a d’abord la crise du modèle de civilisation, modèle qui nous mène à la crise écologique que nous connaissons maintenant. Nous vivons également une transition politique, qui est le résultat de l’épuisement de l’hégémonie des États-Unis sur le monde. Face à cette perte de pouvoir, il faut craindre que les États-Unis n’agissent comme un ours blessé. Finalement, il y a la crise économique, que nous connaissons bien.

Le terme crise n’encourage pas à l’optimisme. Par contre, la vision de la crise qui se dégageait du CH la percevait comme un moment de transition vers un nouveau modèle. Les tensions qui en résultent peuvent ouvrir des fenêtres d’opportunités que les mouvements sociaux des Amériques doivent emprunter afin que les alternatives qu’ils proposent puissent prendre la place laissée vacante par les ruines du modèle qui s’ébranle. Le forum se déroule donc, aux yeux des organisateurs, dans un climat favorable à ce que les nouvelles articulations qui en surgiront puissent occuper un rôle historique plus important qu’on aurait pu le croire il y a quelques années à peine.


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