La victoire d’Obama fait peur en Israël

jeudi 27 novembre 2008, par Michel WARSCHAWSKI

Les Israéliens sont peut-être le seul peuple de notre planète à être déçu du résultat des élections américaines, et pas seulement les élites politiques. C’est aussi le seul à regretter George Dabelyou Bush. On racontait d’ailleurs que ce président états-unien aimait beaucoup visiter Israël, car c’était le seul endroit où il se sentait aimé, ou au moins admiré.

Bush, avec son islamophobie congénitale et sa guerre permanente et préventive, était en symbiose totale avec la politique israélienne, et son départ de la Maison-Blanche en fait pleurer plus d’un dans la classe politique israélienne. Malgré la distance prise face au président sortant et son opposition à la guerre en Irak, John McCain avait nettement la préférence des Israéliens : républicain, ancien combattant et, surtout, blanc. Car être Noir, voire Métis, c’est être déjà à moitié Arabe. Quand en plus on a pour second nom Hussein et pour père un musulman, ça commence à inquiéter.

Le mandat du nouveau président états-unien est d’entreprendre un tournant dans la politique interne aussi bien qu’internationale. C’est ce que veulent aussi bien le peuple américain que les élites au pouvoir.
Ce tournant aura évidemment ses limites, celles que fixeront les grandes corporations qui gouvernent les États-Unis. Mais l’idée même d’un tournant provoque déjà en Israël le début d’un vent de panique. Avec les néoconservateurs au pouvoir, les va-t-en-guerre et autres colons avaient les mains libres pour mener leur offensive coloniale et leurs opérations militaires dans et au-delà des frontières de l’État juif. Par ailleurs, le business ne s’était jamais si bien porté, faisant d’Israël un État riche et performant sur le plan commercial et financier. En ce sens, les années Bush ont été l’âge d’or du capitalisme colonial israélien.

Les déclarations scandaleuses de Barack Obama lors de sa visite à Jérusalem prônant la non-partition de la ville n’ont pas réussi à convaincre l’opinion publique qu’on pouvait compter sur lui pour soutenir les revendications annexionnistes de l’État juif. Pire : Obama n’a jamais caché qu’il entendait ouvrir des négociations avec l’Iran et tenter de trouver un terrain d’entente avec la République islamique. On est loin de l’attaque préventive que les néoconservateurs israéliens et américains promettaient de lancer. Car, en ce qui concerne le Moyen-Orient, McCain et Obama, ce n’est pas blanc bonnet et bonnet blanc. Le nouveau président s’est clairement positionné contre l’unilatéralisme des néoconservateurs et contre la stratégie de guerre préventive.

Qu’on ne s’y trompe pas : depuis quatre décennies, toutes les administrations états-uniennes, qu’elles soient démocrates ou républicaines, ont soutenu Israël et ont, l’une après l’autre, renforcé l’alliance stratégique qui les lie a l’État d’Israël. Obama ne fera pas exception. C’est ce que ne cesse de répéter le premier ministre Ehoud Olmert afin de calmer les craintes de l’opinion publique israélienne.
En choisissant un sioniste notoire (et demi-israélien) comme chef de cabinet, Obama vient de donner un premier gage aux Israéliens et à leurs nombreux alliés dans l’opinion publique américaine que l’alliance stratégique ne sera pas remise en question. Gageons que la seconde garantie que va donner la nouvelle administration se concrétisera par un nouvel accord de coopération militaire et beaucoup d’armes. C’est en tout cas ce que le gouvernement israélien exige d’Obama pour faire preuve de ses bonnes intentions. C’est moins que le bombardement de l’Iran, mais c’est tout de même un bon marché.

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