La reconstruction de Gentilly-2 compromise

mardi 21 juillet 2009

Michel Duguay (Université Laval), Philippe Giroul (Mouvement Sortons le Québec du Nucléaire), Pierre Lambert (Mouvement Vert Mauricie) et Christian Simard (Nature-Québec) montrent les problèmes engendrés par la poursuite des activités de la centrale nucléaire Gentilly-2.

Hydro-Québec et ses sous-traitants construisent les installations pour la gestion temporaire des déchets radioactifs autres que le combustible irradié qui proviendront du réacteur nucléaire de Gentilly-2. Ces installations pourront servir au « démantèlement » prévu des deux vieux réacteurs CANDU : G-1 (propriété de EACL, Énergie atomique Canada, Ltée) et G-2 (propriété d’H-Q). Le gouvernement du Québec et H-Q devraient vérifier si les plans actuels proposés pour ces travaux sont conformes aux exigences les plus élevées en matière de sûreté nucléaire.

L’expérience ontarienne démontre que l’on ne devrait pas prendre pour acquis l’assentiment de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) concernant le projet de reconstruction de G-2. À l’automne prochain, les « responsables » d’H-Q devraient venir défendre en commission parlementaire les devis techniques, justifications économiques et environnementales de leur projet nucléaire concocté en catimini.

En 2010, H-Q doit soumettre pour approbation son « Examen Intégré de Sûreté Nucléaire (EIS) » à la CCSN, laquelle a adopté des nouvelles normes de niveau international le 10 juin 2008 à Ottawa.

H-Q aura deux obstacles majeurs à surmonter : la fragilité du zirconium dans les tubes de pression et le coefficient positif de réactivité nucléaire. EACL n’a pas pu démontrer dans les CANDUs un coefficient négatif de réactivité nucléaire, tel qu’exigé par le concept de sûreté inhérente adopté par la CCSN. En mai 2008, l’abandon du développement des nouveaux réacteurs nucléaires MAPLE 1 et 2, après 7 ans d’essais et de modifications, confirmèrent l’impuissance d’EACL devant le problème du coefficient positif. Cela n’augure rien de bon pour le projet de reconstruire G-2.

D’autre part, le 7 avril 2008, l’examen intégré de sûreté (EIS) de l’Ontario Power Generation pour les 4 réacteurs de Pickering-B a été refusé par la CCSN. Or, Hydro-Québec possède exactement le même type de réacteur ! Thierry Vandal a affirmé le 19 août 2008 en conférence de presse que la réfection de Gentilly-2 respectera les meilleures normes de sûreté en vigueur dans le monde, ce qui implique un coefficient négatif de réactivité nucléaire. Comme le contractant EACL a dû abandonner les réacteurs neufs MAPLE 1 et 2 à cause de leur coefficient positif de réactivité nucléaire, il est permis de douter qu’Hydro-Québec pourra soumettre des plans de réfection qui respectent les nouvelles normes.

La sécurité terrestre à Gentilly-2 est bien contrôlée par une petite armée de gardes comme en fait foi la visite récente des journalistes orchestrée par H-Q. Ceci confirme la dangerosité extrême de l’installation nucléaire.

Par contre, l’accès par l’eau et par voie aérienne n’est pas protégé. Une manifestation nautique de Greenpeace en 2006 et une promenade aérienne d’une citoyenne-cinéaste au-dessus du site de G-2 en 2008 démontrent une faiblesse inacceptable pour la sécurité de la population. Au Sri Lanka des terroristes ont souvent fait exploser des bateaux chargés d’explosifs. Il n’y a aucune surveillance des bateaux sur le Saint-Laurent.

Si on en croit la CCSN, la présente enceinte d’un mètre de béton armé est insuffisante. La firme française Areva a proposé une épaisseur totale de trois mètres de béton armé pour assurer la sûreté des réacteurs.

S’il s’avérait qu’Hydro-Québec ne mette pas en place dans la reconstruction de G-2 un confinement très robuste pour son réacteur et ses sites de gestion de tous les déchets radioactifs, cela constituerait un énorme risque pour toute la population du Québec. Ceci ne serait pas conforme à la charte québécoise des droits et libertés qui nous garantit un environnement physique sécuritaire.

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