La paix est-elle possible entre Palestiniens et Israéliens ?

mardi 26 avril 2005, par Pierre BEAUDET

De nouveaux pourparlers ont récemment redémarré entre Israéliens et Palestiniens sous le regard intéressé de l’administration Bush. Entre-temps, le retrait annoncé de l’armée et des colons israéliens de Gaza crée des espoirs. Le processus de paix peut-il vraiment redémarrer ?

Entre les lignes, il est clair que le gouvernement Sharon avec l’appui des États-Unis est prêt à concéder la création d’un État palestinien. Mais de quel État et de quel territoire parle-t-on ? Le retrait de Gaza est présenté comme une première étape, sans trop préciser le reste. Dans le cas de la Cisjordanie, le gouvernement a annoncé l’élargissement des colonies de peuplement autour de Jérusalem. Pour Sharon, il n’est pas question de mettre fin aux colonies déjà établies dans le reste de la Cisjordanie. Tout au plus de démanteler des colonies dites « illégales » mises en place par des colons, et qui laisse sous-entendre que les colonies « normales » établies par le gouvernement israélien sont « légales », ce qui n’est pas le cas du point de vue de la légalité internationale. Tout cela laisse penser que ce que Sharon appelle la Judée et la Samarie va rester dans une large mesure sous le contrôle israélien. Les concentrations urbaines palestiniennes, y compris Jérusalem-Est, seront autant d’enclaves séparées les unes des autres par les colonies annexées à l’État israélien. On ne peut que penser à la formule des bantoustans qui existaient à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud.

Ce n’est pas seulement le principe d’un État palestinien qui est en jeu mais plus concrètement sa viabilité. Un État palestinien viable doit disposer d’une contiguïté territoriale. Dans le cas qui nous concerne, la question de Jérusalem-Est est incontournable. Avec plus de 250 000 Palestiniens, c’est le poumon économique et le centre de la vie culturelle et politique des Palestiniens. Sur un plan géographique, Jérusalem-Est est ce qui relie la Cisjordanie du Nord et la Cisjordanie du Sud. Il est préoccupant de constater que l’expansion des colonies autour de Jérusalem vise justement à verrouiller cet espace et à empêcher la contiguïté territoriale. À Gaza, le problème se pose différemment, car les colonies israéliennes doivent être démantelées selon le premier ministre Sharon.

Mais Israël insiste pour garder le contrôle de la frontière entre Gaza et l’Égypte, enclavant ce ter-ritoire palestinien dont les liens historiques, commerciaux et culturels avec l’Égypte sont indispensables pour sa survie. Il y a aussi le lien nécessaire ente Gaza et la Cisjordanie, séparée par 40 kilomètres de territoire israélien. Au minimum, les Palestiniens doivent être assurés d’un couloir de passage sous contrôle international, de façon à ne pas dépendre de la « bonne volonté » de tel ou tel gouvernement israélien.

La viabilité économique

Le chômage frappe plus de 50 % de la population palestinienne depuis que les frontières avec Israël sont fermées. L’agriculture est très mal en point, également à cause de la fermeture des frontières, et d’autant plus que la construction du Mur a conduit à l’expropriation de nouvelles terres palestiniennes. L’infrastructure palestinienne, aussi bien les routes que les édifices publics, a été en grande partie anéantie par les attaques de l’armée israélienne depuis 2001. Tout est à refaire et cela prendra du temps. La première condition pour y arriver est que les frontières soient rouvertes et donnent accès aux travailleurs et aux produits palestiniens.
La deuxième condition c’est que les Palestiniens aient accès aux pays de la région, donc qu’ils récupèrent la souveraineté sur leurs frontières externes, même si certaines conditions doivent être négociées et entendues sur le plan de la sécurité. La troisième condition enfin est un plan de reconstruction mis en place avec la collaboration et l’aide de la communauté internationale.

Retour à la case départ

Plus de cinq millions de Palestiniens vivent en exil aux quatre coins du monde, dont une grande partie dans des camps de réfugiés sordides en Jordanie et au Liban. Les résolutions des Nations unies sont très claires sur ce sujet, les réfugiés ont un droit inaliénable au retour. Les dirigeants israéliens ne veulent rien entendre, prétextant que le retour des Palestiniens changerait la donne démographique. Divers scénarios d’accommodement « raisonnable » ont été évoqués, dont un retour de certains groupes de réfugiés palestiniens vers leurs terres ancestrales qui se trouvent dans l’État Israël en ce moment, en sus de la réinstallation d’autres réfugiés en Cisjordanie et à Gaza, dont les capacités d’absorption sont limitées. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas penser que les Palestiniens peuvent abandonner un droit fondamental comme celui-là.

L’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) avait au début des années 1980 proposé un plan de paix global et relativement simple. Les Palestiniens renonçaient à 78 % de la Palestine historique, en retour de la fin de l’occupation des territoires palestiniens envahis en 1967, soit Gaza et la Cisjordanie y compris Jérusalem-Est. Également, l’OLP évoquait la négociation de divers arrangements permettant l’exercice du droit de retour des réfugiés en respectant la volonté israélienne de ne pas modifier la composition ethnique Israël. Aujourd’hui, après tant de conflits et d’espoirs ruinés, la question se pose encore. On peut regarder cela sous divers angles, on peut imaginer divers scénarios et divers calendriers, mais la mise en place d’un État palestinien souverain, géographiquement contigu et économique viable est incontournable si on veut arriver à une véritable paix dans la région, qui protégerait les deux peuples, palestinien et israélien.

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