La loi du diamant

mercredi 29 octobre 2003, par Émilie MISKDJIAN

Depuis 1998, près d’un million de civils ont été tués pendant les combats qui opposent divers groupes armés supportés par les pays voisins de la RDC. À ces pertes humaines, s’ajoutent les 2,5 millions de personnes qui ont succombé de malnutrition et de maladies, une des conséquences des déplacements forcés d’habitants qui occupent des zones riches en diamants. Malgré la signature d’accords de paix en 2002, les combats persistent entre diverses factions à l’intérieur du pays.

« On pense que le diamant est dispendieux, parce qu’il est rare et dur à trouver. En réalité, c’est faux. Au Congo, tout le monde peut creuser un trou dans son jardin et en trouver facilement », a déclaré Craig Benjamin, d’Amnesty International Canada, lors de la conférence livrée à Montréal le 18 octobre dernier.

Les conflits en RDC sont motivés par la richesse du sol congolais qui abrite notamment diamant, or, cuivre, uranium et cobalt. Les groupes opposés s’entretuent pour obtenir le contrôle de ces ressources qu’ils échangent ensuite contre des armes. Comme les armées étrangères qui établissent des monopoles sur le territoire congolais, ils prélèvent un « impôt de guerre ».

Les gardes de sécurité privés et des soldats qui surveillent les zones riches en diamants perpétuent les massacres sans restriction. Selon Amnesty, aucun de ces gardes de sécurité n’aurait encore été tenu responsable pour la violation des droits humains. Ce qui laisse croire que les tueries et les tortures peuvent se pratiquer sans aucune impunité.

« Tout est une question d’image », a lancé Craig Benjamin, qui a distribué à son auditoire des publicités vantant les vertus du diamant. Tirées de magazines canadiens ou américains, ces publicités véhiculaient les idées de couple heureux et de romantisme montrant à quel point le symbole sacré du diamant est un mythe ancré dans l’esprit occidental.

L’an dernier, l’importation de diamants au Canada a été évaluée à environ 500 millions$. Selon Amnesty International Canada, « il est possible qu’un diamant sur 20 - personne ne sait exactement combien - ait excavé ou échangé sous le contrôle de groupes responsables de tueries, viols et autres abus des droits humains et ainsi que d’autres formes de tortures dans la guerre qui ravage l’État africain de Sierre Leone, du Libéria, de l’Angola, et de la République démocratique du Congo. »

Derrière les guerres de tribus

Pays voisins de la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, qui font compétition pour obtenir le contrôle des immenses richesses minières du Congo, attisent les rivalités entre les tribus. Lorsqu’ils ont envahi le territoire congolais dans les années 1990, ils ont distribué des armes aux tribus rivales.

Mais derrière ces apparentes guerres de tribus se cache le pouvoir des multinationales. Un rapport de l’ONU, publié en 2002, rapportait que 85 compagnies étaient impliquées dans le pillage des ressources du Congo. Parmi ces compagnies, cinq sont des firmes minières canadiennes.

Les trois quarts des firmes citées étaient basées au Canada, aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Finlande et en Suisse.

À la suite de la publication de ce rapport, la réaction a été rapide. Les ONG ont fait pression auprès des gouvernements et des professionnels du diamant pour mettre en place un dispositif international de certification d’origine des diamants. Bien que les négociations aient débuté depuis près de deux ans, le processus de Kimberley a été adopté en janvier 2003. Signé par 54 pays importateurs et producteurs de diamants, ce processus vise à empêcher les diamants provenant des zones de conflits de pénétrer dans le circuit commercial légal.

Comment a-t-on réussi à impliquer tant d’acteurs concernés ? C’est que, comme le souligne Anne Sainte-Marie, responsable des communications à Amnistie International, « l’image du diamant souillé de sang est la dernière image que voudraient avoir les compagnies ».

Bien que récent, le processus de Kimberley engendre déjà des retombées positives, selon Anne Sainte-Marie. « Les gens vont faire le lien entre les diamants qu’ils achètent et les milliers de personnes qui se font mutiler. Et les grandes compagnies vont être plus vigilantes avant de choisir leurs partenaires commerciaux. C’est dans leur intérêt d’être transparent. »

Par ailleurs, le processus de Kimberley n’est pas encore au point. Il ne dispose pas d’un mécanisme de surveillance « indépendant, crédible et transparent » qui vérifierait que les mesures prises soient respectées sur le terrain.

Pour que ce projet soit une réussite, « il faut un pays qui a de la crédibilité au niveau de la défense des droits humains. Nous pensons que le Canada pourrait mettre en place ce mécanisme », affirme Anne Sainte-Marie.

Émilie Miskdjian


Pour signer la pétition contre « les diamants du conflit » : http://www. amnistie.qc.ca

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