La loi de la violence

vendredi 18 mai 2012, par Michel LAMBERT

J’écris ces lignes sous le choc. Le choc de la loi 78 qui tue ce que nous connaissions de la démocratie au Québec.

C’est une loi bien évidemment qui ne mérite pas son nom car son objectif est de mettre fin à des dizaines d’années de consensus social et de faire violence à toute expression citoyenne. Le gouvernement Charest viole les droits fondamentaux d’association, d’expression et de manifestation qui sont les fondements démocratiques de notre société. Il viole l’indépendance judiciaire et octroi à la Ministre et aux forces policières des pouvoirs abusifs en vue d’étrangler tant le mouvement étudiant que plus largement, le mouvement social.

Il est clair ce soir qu’il sera désormais interdit au Québec de faire valoir le bien commun ou des valeurs progressistes. Les étudiants manifestants, leurs leaders et ceux et celles qui les aiment, recevront des amendes astronomiques et d’autres graves conséquences. En fait, j’écris ces lignes en me demandant même si ce petit texte anodin pourra un jour être retenu contre moi ou mon organisation ? Jusqu’ou ira t’on ? Est-ce le port du carré rouge sera reconnu comme un crime ??

Je me demande du même souffle s’il n’y a pas du côté du Parti libéral du Québec des gens suffisamment honnêtes pour publiquement déchirer leurs cartes du parti ?

Dérive autoritaire

Et bien sûr, il faut retenir de la sévérité de cette loi une intention claire de Jean Charest de frapper bien au delà de l’enjeu étudiant. Si la CLASSE notamment a bien réussi à faire valoir que « la grève est étudiante et la lutte est sociale », il s’agit bien ici de frapper toute la mouvance sociale au Québec. Toutes les causes, grèves et moyens d’expression ou d’action seront ainsi passible du baillon de la loi. Léo Blouin le disait très clairement plus tôt : « la loi vise essentiellement en transformer le mouvement social en crime et l’État en État Policier » !

Devant cette réelle dérive autoritaire, le mouvement social doit réagir fortement. Il ne s’agit plus seulement d’afficher son carré rouge en solidarité avec la cause étudiante. Il s’agit de la nécessité de défendre notre droit réel d’exister comme forme d’organisation qui lutte pour la justice sociale.

Plus que jamais, il faut prendre l’espace auquel nous avons encore droit et réclamer de récupérer ces droits que nous avions encore hier. Il faudra prendre le relais des associations étudiantes dans les prochains jours pour canaliser cette soif démocratique de la jeunesse québécoise à l’heure où le gouvernement Charest souhaite au contraire tarir la source. Car si certains disent que les enjeux ne sont qu’étudiants ou encore que les mesures annoncés ne sont que temporaires, je dis qu’il faudra au contraire tout mettre en œuvre pour forcer ce gouvernement et tous les autres qui le suivront à remettre les pendules à l’heure de cette démocratie à la laquelle toute une génération vibrante nous invite encore.

La violence de Jean Charest est innommable et tout le mouvement social québécois a aujourd’hui rendez-vous avec lui. On avance, on avance, on recule pas !

<a class="addthis_button_preferred_1"><a class="addthis_button_preferred_2"><a class="addthis_button_preferred_3"><a class="addthis_button_preferred_4"><a class="addthis_button_compact"><a class="addthis_counter addthis_bubble_style">

À propos de Michel LAMBERT

Co-fondateur en 1994 puis Directeur général d’Alternatives entre 2007 et 2020, Michel Lambert fut Président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale de 2017 à 2020. Il a travaillé au rapprochement des groupes et organisations de la société civile, d’ici et d’ailleurs pour la promotion des principes de la démocratie, de l’égalité et de l’équité pour tous.

Il a tour à tour développé plusieurs des programmes de solidarité internationale d’Alternatives en plus de lancer et animer de multiples campagnes de justice sociale au Québec et au Canada. Il a dirigé l’antenne d’Alternatives en République démocratique du Congo entre 2002 et 2005 avant de prendre la direction de l’organisation en 2007.

Michel Lambert fut membre du Conseil de Gouvernance d’Alternatives International , du Conseil d’administration d’Alliance syndicats et tiers-monde. Il a aussi été membre des Conseils de l’AQOCI entre 2009 et 2013, de l’Association pour le progrès des communications (APC) entre 2008 et 2011 puis entre 2017 et 2020 et de Food Secure Canada entre 2009 et 2012

Il a représenté Alternatives au Conseil International du Forum social mondial et au sein de diverses coalitions québécoises et canadiennes dont notamment, les coalitions Pas de démocratie sans voix, Voices/voix. le Réseau québécois de l’intégration continentale - RQIC et plus récemment au comité de coordination du Front commun pour la transition énergétique .

Michel Lambert a joué un important rôle de mobilisation et de construction lors du Forum social des peuples tenu à Ottawa en août 2014 .

En 2018, il confondait Cultiver Montréal, le réseau des agricultures montréalaises.

En 2020, il a contribué à la création du FISIQ, le Fonds d’investissement solidaire international du Québec.

Suivez Michel Lambert sur Tweeter

Vous avez aimé cet article?

  • Le Journal des Alternatives vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.

    Je donne

Cet article est classé dans :

Partagez cet article sur :

  •        
Articles de la même rubrique

Michel Lambert

« Québec ZéN » : S’unir pour une transition énergétique juste

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles du même auteur

Michel LAMBERT

A Baghdad, le Forum Social retrouve toutes ses lettres de noblesse

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles sur le même sujet

printemps érable

Radicalisation des mouvements sociaux

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Je m’abonne

Recevez le bulletin mensuel gratuitement par courriel !

Je soutiens

Votre soutien permet à Alternatives de réaliser des projets en appui aux mouvements sociaux à travers le monde et à construire de véritables démocraties participatives. L’autonomie financière et politique d’Alternatives repose sur la générosité de gens comme vous.

Je contribue

Vous pouvez :

  • Soumettre des articles ;
  • Venir à nos réunions mensuelles, où nous faisons la révision de la dernière édition et planifions la prochaine édition ;
  • Travailler comme rédacteur, correcteur, traducteur, bénévole.

514 982-6606
jda@alternatives.ca