Témoignage de Gaza

La guerre psychologique israélienne

jeudi 29 janvier 2009

Témoignage de Maha Mehanna, traductrice vivant à Al-Rimal (Gaza),
13 janvier 2009

Avec chaque bombardement, notre maison est secouée comme un tremblement de terre et les fenêtres se brisent, sans parler de notre peur absolue et de notre horreur. Nous n’avons pas eu d’électricité depuis 17 jours maintenant, mais c’est une chose dont nous avons l’habitude, désormais, depuis l’agression israélienne, il y a près de 18 mois. Nous vivions avec seulement quatre à six heures d’électricité par jour, souvent seulement après trois heures du matin.

Notre maison comporte trois étages. Je vis avec mes parents et ma tante au rez-de-chaussée, et mes deux frères mariés vivent avec leurs familles dans les étages au-dessus. Nous devons laisser les fenêtres ouvertes toute la journée et la nuit pour empêcher que les bombardements ne les brisent, même si l’hiver est extrêmement froid cette année. Nous avons 13 jeunes enfants à la maison, et toute ma famille, dont mes frères et leurs familles, reste avec nous dans une pièce surpeuplée au rez-de-chaussée, dans le noir et le froid, à l’abri. Nous préférons mourir tous ensemble si un missile nous atteint. Mes jeunes neveux et nièces ont très peur tout le temps et ne dorment pas bien. Ils refusent d’aller aux toilettes tout seuls, nous faisons des tours pour les accompagner. Les bombardements continuent, nuit et jour, et nous n’arrêtons pas d’avoir peur. Nous peinons à trouver le sommeil.

Nous sommes aussi sujets à des pressions psychologiques alors que nous continuons à entendre qu’un ami, un parent ou un voisin a été tué ou blessé.Il n’y a nulle part où se cacher à l’abri des bombardements dans tout Gaza parce que les avions de guerre israéliens visent tous les secteurs.
Comme si les bombardements n’étaient pas suffisants, nous recevons aussi chaque jour des appels téléphoniques enregistrés par l’armée israélienne pour nous intimider et nous terroriser. Dans ces appels enregistrés, l’armée nous demande de suivre leurs instructions et d’obéir à leurs ordres pour notre propre sécurité. Ils disent aussi qu’ils ne nous visent pas, mais qu’ils visent les militants du Hamas seulement. L’armée nous demande aussi de rester loin des éléments du Hamas et d’éviter d’avoir à faire avec eux ou de les aider et l’appel nous prévient de ne pas les laisser utiliser nos maisons ou les zones résidentielles. L’armée dit aussi dans un de ces appels enregistrés que « ce n’est pas un cauchemar, c’est l’enfer que les dirigeants du Hamas vous apportent », ce qui ne nous permet pas de savoir si nous sommes visés ou pas. Dans le dernier appel enregistré ce soir, ils disent qu’ils vont augmenter les opérations militaires à Gaza et que nous devrions nous préparer et continuer de suivre leurs instructions et d’obéir à leurs ordres. Comment quelqu’un se prépare-t-il à être une victime de crime de guerre ?

Nous recevons aussi des appels des services secrets israéliens, en bon arabe, prétendant être de compatissants égyptiens, saoudiens, jordaniens, algériens, soudanais ou libanais. Après avoir exprimé l’horreur au sujet de la guerre israélienne et nous avoir questionné au sujet de la sécurité de notre famille, l’interlocuteur nous questionne sur les conditions locales, si la famille soutient le Hamas et s’il y a des combattants dans l’immeuble ou le voisinage.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, les avions de guerre lancent aussi des tracts en arabe sur toute la bande de Gaza pour intimider et terroriser les Gazaouis encore davantage. Dans l’un de ces tracts, l’armée ordonne aux gens de quitter leurs secteurs immédiatement parce qu’ils prétendent qu’ils sont forcés de répondre immédiatement dans leur zone résidentielle à des éléments terroristes. L’ironie est que les avions de guerre lancent de tels tracts partout dans Gaza, et tous ceux qui les lisent pensent que leurs secteurs sont visés. Cela a créé de l’hystérie collective. Et même s’ils sont terrorisés et intimidés et décident de suivre les ordres de l’armée israélienne et d’évacuer leurs secteurs, où peuvent-ils aller ? On n’est nulle part en sécurité à Gaza !

(source : ISM-France)

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