La faute aux féministes

samedi 1er mars 2003, par Ariane ÉMOND

Par les temps qui courent, le féminisme souffre du syndrome de Toronto. Il est bien difficile à aimer à haute voix ! Comme jamais, il est devenu chic de soutenir que le mouvement des femmes est franchement off, qu’il a fait son temps, que ses gains ont été é-nor-mes et qu’ils ont causé, par ricochet, pas mal de dommages collatéraux !

Donc out le féminisme, cette bébelle « d’intégristes » comme je l’ai entendu, devenu dans la bouche de certains détracteurs (des deux sexes) pas loin d’un danger public. Qui n’a pas entendu les dérives intellectuelles des derniers mois refiler aux femmes et aux féministes une bonne part de la responsabilité de l’augmentation du décrochage scolaire, des suicides masculins, de la baisse de natalité, de « la déroute des sexes » ? Et j’en passe... Les problèmes sociaux ne sont pas les problèmes d’un sexe ou de l’autre. Ils sont les problèmes d’une société justement, en transition, en réorganisation, en évolution. Sans blague, tout compte fait, le féminisme aurait causé plus de tort que de bien ? Faudrait pas charrier. Relisons les livres d’histoire des années 50 - 60 pour nous rappeler d’où l’on vient.

Les réflexions obtuses mènent nulle part sinon à la méfiance et au ressentiment. Quand je dis qu’il y a une parenté entre le mouvement des femmes et Toronto, la ville qu’on aime haïr d’un bout à l’autre du pays, vous me suivez ? Je parle d’une relation d’amour-haine qui s’exprime souvent par une petitesse intellectuelle, de la mauvaise foi, un manque de repères historiques et de vision politique. Le mouvement des femmes a rebrassé les cartes des relations amoureuses et conjugales, et ça a fait mal. On ne touche pas au privé ni à l’intimité impunément. Une partie du ressac vient de là. Blessure d’amour et d’orgueil.

La piètre cote d’amour du féminisme me fait penser aussi au mauvais parti qu’on fait aux garderies à 5 $. Incroyable de voir là aussi qu’on réduit ce fleuron de l’économie sociale, ce joyau de politique sociale à... son manque de places... C’est ce qu’on entend sans arrêt. Il y avait 58 000 places il y a 5 ans, (après 30 ans de luttes populaires et féministes, soit dit en passant...) il y en a 124 000 aujourd’hui. Il y en aura 200 000 dans trois ou quatre ans si l’ADQ ne prend pas le pouvoir... Jamais il n’y en a eu autant de places de qualité pour les enfants en garderie. Faut toujours bien former les éducatrices et construire les installations...! On vient de partout pour étudier le modèle, du Canada, des USA, de l’Europe...

On a beaucoup de mal à réfléchir sans faire de procès. Mais demandons-nous à qui ça sert de discréditer avec autant de force un mouvement aux mille facettes qui a redonné des ailes à tant de gens ?

Ariane Émond, billetiste, Alternatives


L’auteure est également scénariste et collaboratrice à la Gazette des femmes.

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