La face cachée de la guerre Du Vietnam

Les victimes de l’Agent orange

mercredi 28 septembre 2005, par Alexandra GILBERT

Quelque trente ans après la fin de la guerre du Vietnam, des millions de Vietnamiens souffrent toujours des conséquences désastreuses de l’Agent orange. Après avoir été rejetée par la Cour fédérale de Brooklyn le
10 mars dernier, la requête déposée devant la justice américaine contre 36 compagnies ayant manufacturé cet herbicide - parmi elles, Monsanto, Dow, Diamond Shamrock Corporation -, exigeant une indemnisation pour les victimes vietnamiennes, ira en appel le 30 septembre.

Vietnam - L’Agent orange est le nom donné à un puissant herbicide contenant un taux élevé de dioxine, l’une des substances les plus toxiques connues jusqu’à ce jour. Entre 1961 et 1971, environ 80 millions de litres de défoliant ont été déversés au Vietnam, dont plus de la moitié serait l’Agent orange, nommé ainsi en raison de la bande de couleur peinte sur les barils lors de son transport.

L’Agent orange aurait affecté environ 3 millions de Vietnamiens. Certes, il y a l’exposition directe, causant différents types de cancers, de maladies du système respiratoire et du cœur. Mais cette substance infiltre l’eau et le sol, pénétrant ainsi la chaîne alimentaire et s’accumulant dans l’organisme humain ; on a retrouvé de la dioxine jusque dans le lait maternel. Les impacts sont multiples : cancers, mortalité prénatale, malformations congénitales, problèmes en santé mentale et les besoins, criants. Le Dr Nhan, ancien ministre de la santé au Vietnam et vice-président de la Vietnam Association for Victims of Agent Orange (VAVA), l’organisme signataire de la requête, explique : « Les victimes ont besoin de tout ! Ces gens sont parmi les plus pauvres du Vietnam. Après l’intoxication, la maladie ou les déformations congénitales, les gens ne peuvent pas travailler, ni étudier pour supporter leur famille. Tout le fardeau repose donc sur la femme. Lorsqu’elle n’est pas elle-même affectée. »

La poursuite américaine

En 1984, les vétérans américains de la guerre du Vietnam ont entrepris une poursuite judiciaire contre les compagnies ayant manufacturé cet herbicide. Faisant valoir les conséquences néfastes sur la santé de l’exposition à l’Agent orange, appuyés par des recherches démontrant une corrélation entre l’exposition à la dioxine et le développement de plusieurs types de cancers, ils ont reçu une compensation de 180 millions de dollars américains.

Dans son rapport de 233 pages justifiant le rejet de la requête, le juge Jack B. Weinstein - qui avait auparavant siégé aux audiences des vétérans américains - ne nie pas l’utilisation de l’Agent orange contre les populations vietnamiennes. En sous-estimant la présence de dioxine dans le produit, il stipule que cet herbicide ne peut être considéré comme une arme chimique, et ce faisant, son utilisation ne viole donc pas les lois internationales. Faute de preuves, donc, la demande est irrecevable. Dr Nhan s’indigne et s’interroge : « Pourquoi y a-t-il des victimes de l’Agent orange parmi les Américains et pas parmi nous ? Quelle est cette sorte de justice qui reconnaît des victimes américaines de l’Agent orange, mais ne reconnaît pas les nôtres ? »
Pour Andrew Wells-Dang, du Fund for Reconciliation and Development (FRD), une ONG américaine basée à Hanoi, travaillant au rapprochement entre les États-Unis et le Vietnam, le problème comporte une importante dimension politique : « Tout le monde peut reconnaître et voir les répercussions directes des bombes. Mais en ce qui concerne l’Agent orange, il y a beaucoup de zones grises.
Certaines personnes prétendent qu’il est responsable de tous les maux, alors qu’il est difficile d’identifier les victimes spécifiques de la dioxine. » Son plus grand souhait est que les États-Unis reconnaissent cependant leur part de responsabilité et contribuent, par l’intermédiaire de l’aide humanitaire, à réparer les dommages qui subsistent encore. « Les États-Unis doivent accepter de reconnaître qu’il y a des victimes de l’Agent orange au Vietnam et doivent fournir une assistance pour la recherche, la décontamination environnementale des sites et le développement de programmes d’aide aux victimes. »

Ce soutient officiel des États-Unis tarde toujours. Pour Dr Nhan la déception est grande. « Après la levée de l’embargo américain, le Vietnam s’attendait à un appui des États-Unis via des programmes d’aide humanitaire. Cette aide a été très mince, alors que le Vietnam a accepté de collaborer très tôt avec les Américains dans le cadre de leur campagne Missing in Action (MIA), visant à retrouver les corps des disparus en terre vietnamienne. »

Malgré ce sentiment d’injustice qui subsiste, Dr Nhan souligne un élément central : « l’Union des vétérans [une organisation associative chapeautée par l’État] s’était jusqu’à présent occupée des plaintes des victimes. Désormais, une diversité de voix se font entendre au sein de la société vietnamienne, provenant de différentes organisations et de citoyens qui se mobilisent et demandent à leur gouvernement de les aider ». Cette mobilisation trouve un écho important à l’étranger : 500 000 personnes à travers le monde ont signé une pétition appuyant la démarche de VAVA, et selon un sondage, 50 % des Américains seraient favorables à l’octroi d’une compensation aux victimes vietnamiennes. Une délégation d’avocats américains étaient en visite à Hanoi à la mi-septembre afin de préparer le dépôt de la cause en cour d’appel, ce 30 septembre. Reste à voir si le rapprochement aura un prolongement via l’aide américaine....

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