Enjeux

La crise du VIH-Sida en Afrique du Sud

mercredi 25 janvier 2006, par François L’ÉCUYER

En 1994, l’Afrique du Sud entrait définitivement dans une ère démocratique et commençait à se relever, bien que tardivement, du pire système répressif de l’histoire moderne : l’apartheid. Toutefois, un siècle de discrimination politique, sociale et économique continue à laisser des empreintes qui semblent irréversibles : une inégalité de revenus disproportionnée en fonction des origines raciales, ou encore un accès fort inégal aux services publics essentiels, tels l’eau potable, l’éducation et les soins de santé

Malheureusement, force est de constater que les avancées démocratiques en Afrique du Sud ne se sont pas directement traduites par un développement socio-économique pour les populations vulnérables du pays, qui représentent au-delà de 80% de la population. Le taux de chômage officiel frise les 40% ; 25% de la population vit toujours avec moins de deux dollars par jour ; l’espérance de vie, en déclin, se situe aujourd’hui à 49 ans. Bien que considérée comme pays à revenu moyen, en raison de son secteur industriel important, l’Afrique du Sud, l’un des pays où les inégalités socioéconomiques sont les plus grandes, comporte de multiples signes d’un pays sous-développé.

Lorsqu’on ajoute à ces tristes données l’épidémie du sida, qui touche une personne sur trois parmi la population active sud-africaine, nous nous retrouvons face à un cocktail meurtrier. En effet, dans moins de dix ans, la population sud-africaine sera en déclin, conséquence directe des avancées terribles de cette maladie. Si aucune mesure supplémentaire n’est prise, l’Afrique du Sud, le pays qui compte le plus grand nombre de séropositifs, verra sa croissance économique décliner sérieusement, suite aux morts massives parmi la population active.

Les femmes sont les premières victimes du sida en Afrique du Sud. En effet, elles comptent pour plus de 60% des personnes infectées. Souvent à la tête de familles monoparentales, ces femmes, sans revenus stables et suffisants, sont confinées au secteur informel pour leur survie. Et lorsque l’accès à une nourriture saine et à de l’eau potable n’est pas sécurisé, les effets de la maladie envers l’ensemble des membres du foyer n’en sont que plus fatidiques : malnutrition et déshydratation, qui entraînent une plus grande vulnérabilité aux maladies bénignes causant la mort.

Face à ce contexte alarmant, Alternatives s’engage à venir en aide aux personnes atteintes du virus du sida à trois niveaux : appui au secteur privé, par l’entremise des micro-entreprises génératrices de revenus pour les sidéens ; appui à l’accès aux services essentiels, notamment à l’eau potable, à l’éducation et à la formation professionnelle ; enfin, appui aux groupes de séropositifs bénévoles prenant en charge les soins à domicile pour sidéens en perte d’autonomie.

C’est l’importance de la crise du sida qui nous pousse à poursuivre notre engagement en Afrique du Sud, en fonction des besoins criants que celle-ci apporte avec elle parmi les populations les plus vulnérables. Nous avons, au cours des dernières années, développé de solides liens de coopération et d’appui technique avec le secteur associatif et des mouvements de sidéens, impliqués dans la gestion de cette crise dans les quartiers défavorisés du Johannesburg métropolitain. Ces organismes sont impliqués à divers niveaux :
- Soins à domicile pour sidéens en perte d’autonomie ;
- Appui aux activités génératrices de revenus ;
- Sécurité alimentaire pour séropositifs et sidéens ;
- Lutte pour l’accès aux services de base pour les personnes atteintes du VIH-sida ;
- Lutte contre la discrimination envers les personnes atteintes du VIH-sida, et intégration socio-économique de celles-ci au sein de leur communauté.

Ces diverses initiatives répondent à une situation plus qu’alarmante :
- L’Afrique du Sud compte 4,7 millions de personnes atteintes du sida - le pays le plus touché, tant en nombre qu’en proportion de sa population ;
- Le chômage, qui atteint 40%, touche encore plus les populations vulnérables, fortement discriminées par le passé. Les personnes atteintes du sida sont surreprésentées dans ce taux, poussant celles-ci vers le secteur informel. Le faible accès à un revenu suffisant entraîne de graves lacunes nutritionnelles et médicales, augmentant sensiblement l’impact du virus sur ces populations ;
- Encore aujourd’hui, plus de 25% de la population sud-africaine n’a pas accès à l’eau potable.

Ainsi, nous nous proposons de nous concentrer sur le chantier Lutte à la pauvreté en Afrique du Sud, et d’articuler notre travail autour des axes suivants, afin de répondre aux besoins des personnes atteintes du sida dans la communauté d’Orange Farm, un bidonville de 1,5 million d’habitants situé à 60 km au sud de Johannesburg :
- Appui aux micro-entreprises et à diverses activités génératrices de revenus au bénéfice des sidéens ;
- Accroissement de la sécurité alimentaire des personnes atteintes du sida, notamment par la consolidation des activités de jardins communautaires et de cuisines populaires ;
- Appui aux programmes de soins à domicile, octroyés par des bénévoles séropositifs, auprès des sidéens en perte d’autonomie.

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