La « clintonisation » d’Obama est-elle évitable ?

dimanche 16 novembre 2008, par Pierre BEAUDET

C’est formidable d’entendre Georges W. Bush dire ces jours-ci qu’il faut « sauver » le capitalisme. Cela démontre à quel point les dominants sont conscients de la vulnérabilité dans laquelle ils ont placé le système. Lors de la rencontre du G-20 à Washington, Stephen Harper a été un de ceux qui a dit avec le plus de force qu’il ne fallait pas « remodeler » ce système, par exemple, ne surtout pas remettre en question les traités de libre-échange. En fin de compte, ils ont peur. Le néolibéralisme, qui domine depuis 25 ans, est en train de tomber en morceaux. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que c’est la « fin de l’histoire ». Mais chose certaine, on arrive à un point de bifurcation.

Entre-temps à Washington, les couteaux volent bas au sein des diverses fractions qui s’acharnent à déterminer l’agenda politique, et de manière pratique, à influencer ce que sera la prochaine administration d’Obama. Les grosses têtes du Parti démocrate, en phase avec Wall Street, veulent s’assurer d’un atterrissage « en douceur », c’est-à-dire éviter à tout prix une politique nouvelle et alternative qu’espèrent les millions d’Américains qui ont voté pour le changement et qui ont cru Obama, « yes we can ».

Évidemment, la priorité pour les dominants est de maintenir l’essentiel des orientations néolibérales au niveau économique. Ce qui veut dire en clair recapitaliser les grandes banques (et non les nationaliser, encore moins ce qu’il faudrait réellement faire, les exproprier sans compensation). Ce qui veut dire en clair maintenir l’ALÉNA et continuer dans le sens de la « globalisation » du monde derrière l’OMC (et non refaire l’architecture du monde en fonction des besoins essentiels de l’humanité et de la défense du bien commun). Présentement, la bataille se joue sur la question des nominations de l’équipe d’Obama. Les dominants veulent le retour de l’équipe Clinton, notamment Larry Summers et Paul Volcker, qui ont été les poids lourds de la politique économique de l’époque et les champions de la dérégulation et de la privatisation. Ils menacent de faire dérailler encore plus la finance si Obama va dans un autre sens (les gros joueurs de Wall Street interviendraient pour accélérer le crash des bourses).

Parallèlement, les dominants veulent qu’Obama maintienne le cap dans la « guerre sans fin ». Depuis plusieurs mois, Bush et son équipe tordent les bras aux Irakiens pour qu’ils acceptent le plan de « retrait », qui est en fait un plan de « maintien » des forces d’occupation. Il s’agit de retirer les soldats « des principales rues des villes irakiennes » (vous comprenez entre les lignes). En pratique, l’armée d’occupation pourrait opérer, mais en « coordination » avec l’armée iraquienne. Entre-temps, l’armée américaine consolide la construction d’énormes bases militaires sur le territoire irakien, notamment au Kurdistan où Washington espère que les dirigeants kurdes accepteront d’être les mercenaires permanents de la « guerre sans fin » dans la région. En tout cas, si Obama confirme Hillary Clinton (comme secrétaire d’état) et Robert Gates (l’actuel secrétaire de la défense de Bush), on peut penser que le nouveau président ira dans ce même sens.

Certes, l’avenir de l’administration Obama ne dépend pas seulement des manœuvres des dominants. Il y a toute cette pression par en bas qui en fin de compte a été responsable de sa victoire. Les dominés veulent en finir avec la chape de plomb du néolibéralisme, notamment de la prédation exercée par le secteur des finances sur l’économie « réelle », ce qui voudrait dire beaucoup plus qu’un programme bric-à-brac de sauvetage des banques. Et aussi la majorité des gens veulent un retrait pur et simple de l’Irak, et non un relookage de l’occupation. Les confrontations qui s’en viennent seront tumultueuses.

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