La bonne santé des Cubains

lundi 25 avril 2005, par Caroline GRÉGOIRE

Invité à Montréal au mois de mars par les Professionnels de la santé pour la survie mondiale, le Dr Carlos Pazos a présenté différentes conférences dont une portant sur le système de santé cubain.

Alors jeune médecin, le Dr Carlos Pazos s’est joint à l’Armée révolutionnaire cubaine, sous le commandement de Fidel Castro et de Che Guevara. C’était en 1959. Plusieurs années plus tard, il est devenu président de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire - récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1985. Lui-même lauréat du prix de la paix Albert Schweitzer de 1991, il est présentement professeur de médecine et conseiller du ministre de la Santé publique pour les questions de santé et de mondialisation. Il vit toujours à Cuba.

Qu’on se le dise, les 11 millions de Cubains sont généralement en très bonne santé. Avec une espérance de vie de 77 ans (Canada, 78, 4) et un taux de mortalité infantile de 5, 8 par 1000 naissances vivantes (Canada, 5, 4), ce pays pauvre se démarque radicalement des autres. Les paramètres reflétant le niveau de santé à Cuba se comparent à ceux des pays riches et développés. On dit que les Cubains vivent comme des pauvres, mais meurent comme des riches, puisque les causes principales de mortalité sont les mêmes que celles prévalant dans les pays développés, soit les maladies cardio-vasculaires et les cancers.

Mais, les temps n’ont pas toujours été aussi faciles. À la suite de la révolution, l’île a perdu la moitié de ses 6 000 médecins, la plupart s’étant exilés aux États-Unis. Aujourd’hui, on en compte près de 70 000, soit 60, 4 par 10 000 habitants (Canada, 18, 7), l’un des ratios d’habitants par médecin les plus élevés au monde. Pour y arriver, Cuba a dû reconstruire son système de santé de toutes pièces, tout comme celui de l’éducation. Trois principes ont alors servi de fondations au système de santé post-révolutionnaire : universalité, accès équitable et contrôle gouvernemental. D’ailleurs, on dit qu’il y a deux ministres de la santé à Cuba : le ministre de la Santé et... Fidel Castro.

Période spéciale

Fort de l’aide financière apportée par l’ex-URSS et d’autres pays socialistes lors de la période post-révolutionnaire, Cuba a vu la donne changer brusquement en 1991 avec la chute du Bloc soviétique. Du coup, les États-Unis ont décidé de resserrer l’embargo sur Cuba : l’entrée d’argent diminua considérablement. Durant cette période dite « spéciale », Cuba a dû faire preuve d’imagination quant à l’inaccessibilité de certains médicaments de base et équipements médicaux. Ils ont ainsi créé leurs propres industries pharmaceutiques et de technologie médicale. La médecine traditionnelle et alternative a aussi été intégrée à la médecine moderne, qui utilise l’acupuncture en salle d’opération lors de pénurie d’anesthésiants. De plus, afin d’offrir des manuels scolaires gratuits aux étudiants en médecine, le Dr Pazos a déjà écrit à des éditeurs de livres médicaux de référence leur demandant la permission d’imprimer leurs propres exemplaires cubains. Devant le refus de certains éditeurs, il répondit tout simplement par un avis l’excusant de surseoir à leur refus.
En marge de la mondialisation, Cuba s’est ainsi bâti un solide système de santé, bien ancré dans sa population. Les principes de la Déclaration d’Alma Ata - la santé pour tous en se concentrant sur les soins de santé primaire - ont guidé leurs choix. La promotion de la santé s’est décentralisée. Chaque médecin de famille, accompagné d’un infirmier, est responsable d’environ 120 familles. Il réside au sein de la communauté, ce qui le rend disponible pour toute urgence. Il relève en outre de l’Assemblée populaire municipale et travaille conjointement avec cette dernière à faire participer la communauté au plan de la promotion de la santé. Par exemple, l’implication de la population dans les démarches décisionnelles en santé tend à renforcer sa propre prise en charge par rapport aux conditions sanitaires.

Fier de ses accomplissements en santé, Cuba sait en faire profiter les autres pays du tiers-monde. En effet, sur les 70 000 médecins cubains, environ 20 000 travaillent présentement à améliorer les conditions de santé dans plus de 45 pays à travers le monde. De plus, Cuba reçoit régulièrement des étudiants étrangers afin de leur offrir une éducation médicale complètement gratuite. Des étudiants américains venant de milieux économiquement défavorisés ont d’ailleurs pu bénéficier de ce programme jusqu’à ce que le gouvernement américain les empêche de retourner à Cuba après leurs vacances d’été.

Cuba a bâti un système de santé très performant. Reste à voir si elle sera capable de le maintenir, malgré l’embargo américain qui prévaut toujours. Mais, il demeure que l’exemple cubain ébranle sans conteste le courant de pensée voulant que la richesse soit la condition fondamentale à l’amélioration des niveaux de santé au sein d’un pays.

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