La « bonne » guerre, la « mauvaise » guerre, la « vraie » guerre

lundi 10 novembre 2008, par Pierre Beaudet

Tout au long de sa campagne, Obama a promis deux choses au sujet de la « guerre sans fin » entreprise depuis 2001.

D’une part, il doit mettre fin à la « mauvaise » guerre en Irak. Cela ne devrait pas être impossible car d’une certaine façon, le Pentagone a déjà entrepris non pas un retrait mais un redéploiement en Irak, ce qui inclut le renforcement de bases militaires à l’intérieur du territoire irakien et aussi dans les pays voisins. C’est ce que les USA avaient fait au Vietnam au début des années 1970 à partir du moment où ils avaient conclu qu’ils ne gagneraient jamais cette guerre. Mais cette fois, le pari américain pourrait fonctionner. Les Irakiens restent très divisés. Des fractures confessionnelles immenses ont été aggravées par l’armée d’occupation. Et enfin la résistance anti-américaine n’a pas, et de loin, la même légitimité que le Front de résistance nationale vietnamien. Résultat, on pourrait voit une Irak écartelée entre trois ou quatres sections, au bénéfice d’une occupation « relookée ». On verra bien ce qu’il adviendra car bien sûr, beaucoup d’inconnus restent dans la balance.

D’autre part, Obama a promis d’intensifier l’autre guerre, la « bonne » guerre, celle de l’Afghanistan. Comme la plupart des gouvernements occidentaux et des forces politiques centristes ou même de centre-gauche, Obama veut continuer l’occupation de ce pays, soi disant pour l’amener à la démocratie et « éradiquer » les Talibans. Une variable de cette stratégie pourrait être d’offrir aux Talibans de s’intégrer dans un gouvernement élargi où serait maintenue la tutelle états-unienne et Otannienne. On n’en est pas là, parce que les Talibans gagnent en force et en popularité. Bonne chance Obama !

Là où le bât blesse, c’est qu’on feint de ne pas voir que les deux guerres, la « mauvaise » et la « bonne » font partie d’une même guerre, celle pour le contrôle du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, les deux régions les plus importantes du monde en termes de ressources énergétiques, et qui se situent également au carrefour de l’Asie et de l’Europe. À l’est, se trouvent des pays assoiffés de pétrole, dont la Chine et l’Inde, qui voudraient bien avoir accès à ces ressources. Comme c’est le cas pour l’Union européenne. En maintenant une forte présence militaire dans cette région, les États-Unis peuvent contrôler ces flux et donc indirectement, ralentir la marche des pays émergents et de l’Union européenne, potentiellement et réellement ses principaux rivaux. Bush, le père et le fils, l’avaient bien vu et leur stratégie a eu au moins l’avantage, nonobstant les grossières erreurs du fils, de se positionner au coeur de la région. Dans ce sens, quand Obama promet de s’occuper de l’Afghanistan, on peut se douter, sans être cynique, que ce n’est pas pour sauver les Afghanes des griffes des Talibans, ni de rétablir la démocratie. Une défaite des États-Unis et de ses alliés de l’OTAN, dont le Canada, aurait des conséquences énormes au détriment d’un empire qui vacille, mais qui reste encore loin de capituler.

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