La Palestine retient son souffle

vendredi 8 octobre 2004, par Pierre BEAUDET

Le président Yasser Arafat, celui qui a symbolisé toute une génération de militants palestiniens, apparaît aujourd’hui bien las. Dans une rencontre impromptue avec une délégation d’enseignants québécois, Abou Amar (le pseudonyme d’Arafat) s’est laissé aller à des considérations laconiques sur un processus de paix qui n’a jamais marché. Selon lui, le gouvernement israélien actuel est dans les mains d’une bande de fanatiques qui ont ruiné ce que Palestiniens et Israéliens avaient tenté d’élaborer dans le sillon de l’accord d’Oslo.

La destruction de l’autorité palestinienne

En pratique, le président palestinien est confiné dans son bunker à moitié détruit de Ramallah. L’autorité nationale palestinienne est à toutes fins pratiques paralysée, d’autant plus que les responsables n’ont pas accès aux régions. Dans la Cisjordanie du nord, notamment à Naplouse, Jenin, Tulkarem, Qalquiya, l’armée israélienne a entrepris une véritable orgie de destruction et d’encerclement qui ressemble énormément à ce qui est fait à Gaza. Le but est très clair, démanteler l’infrastructure palestinienne et confiner les enclaves palestiniennes en autant de micro territoires isolés les uns des autres. Au niveau de la population, certains parlent d’un processus de clochardisation : les paysans qui n’ont plus accès à leurs terres et les travailleurs sans emploi forment la majorité et le seul recours est l’aide parcimonieuse des agences internationales et de l’ONU.

Dans le sillon de la bataille de Gaza, se dégage le portrait de ce que Sharon entend faire pour continuer le travail entrepris. Le « désengagement » de Gaza transformera la bande en une immense prison à ciel ouvert, quadrillée de systèmes de sécurité et patrouilles par l’armée israélienne. La Cisjordanie continuera d’être occupée, avec des micro administrations municipales totalement inféodées et contrôlées par autant de petits caciques locaux. L’essentiel du territoire, à commencer par Jerusalem-Est, sera annexé à Israël. C’est un plan monstrueux que Sharon pense pouvoir imposer avec l’appui de l’administration Bush. Bush pour sa part estime que les principaux pays occidentaux vont accepter cette stratégie, même si certains restent réticents.

Résistances

Le petit hic de l’affaire est que les Palestiniens bien que terriblement affaiblis ne sont pas prêts à capituler. À preuve, la résistance acharnée qui s’est manifestée à Gaza la semaine passée. Sans leadership organisé,les Palestiniens se replient sur des coalitions improvisées au niveau local, et qui incluent l’essentiel du Fatah (le parti de Yasser Arafat et le plus gros contingent du mouvement national palestinien), le Hamas et la gauche, notamment le Front populaire, le Front démocratique et le Parti communiste. Des stratégies de survie se mettent en place même si des désaccords continuent d’exister sur plusieurs questions. Entre autres, les divers mouvements ne s’entendent pas sur l’attitude à adopter envers le Président Arafat. Certes, devant les tentatives américaines et israéliennes d’imposer un leadership alternatif, il y a une tendance à défendre le vieux président. Mais cela ne peut faire l’économie d’un bilan assez dur de l’action d’Arafat depuis plusieurs années. Les mouvements de gauche dans ce contexte insistent pour qu’il y ait des élections, tel qu’annoncé par Arafat lui-même il y a quelques mois.

Ce n’est pas évident dans le contexte de fragmentation actuel, mais plusieurs estiment que des élections sont nécessaires pour relégitimer la direction palestinienne.
D’autres désaccords importants subsistent, comme sur l’utilisation des commandos suicide et des attentats contre les civils. La situation évolue sur cette question car même la direction de Hamas estime qu’il faut arrêter ces opérations (sans pour autant stopper la résistance armée contre les incursions et les attaques de l’armée israélienne et des colons).

La solidarité internationale

Depuis la dernière période, la résistance du peuple palestinien est demeurée sans beaucoup d’échos à l’extérieur. Dans une certaine mesure, les Israéliens ont marqué des points au niveau de l’opinion publique en utilisant ou en exagérant la portée de certaines actions palestiniennes. Sur le terrain toutefois, la répression terrible qui s’abat sur le peuple palestinien sous la forme d’un déluge de feu et du mur de l’apartheid devrait plutôt inciter le reste du monde à s’engager davantage. Des initiatives comme celles de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) sont porteuses, car l’établissement de liens de solidarité et de coopération concrets entre enseignants palestiniens et enseignants québécois est la meilleure faàon de s’engager sur une base qui s’appuie sur une vision claire et sans équivoque des droits de tous ceux qui sont concernés dans le conflit actuel, Israéliens comme Palestiniens.


L’auteur est directeur d’Alternatives et est présentement dans les territoires occupés, où il participae à une conférence sur l’éducation et les impacts du mur. Une initiative de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ) et du Teachers Creativity Center (TCC), un partenaire palestinien d’Alternatives. Initiative à laquelle Alternatives a collaboré.

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