Roman

La Caverne

De l’auteur portuguais José Saramago

vendredi 29 novembre 2002, par France-Isabelle LANGLOIS


Quelque part la mondialisation et la déshumanisation font rage, font leurs ravages. Ce pourrait être n’importe où. Faites votre choix. Ciprinano Algor, potier, en sera une victime de choix. Qui veut acheter de la poterie aujourd’hui ? Certainement pas les gens du Centre. Le Centre, c’est cette ville dans la ville. D’immenses tours bétonnées de 48 étages, où l’on peut tout faire sans jamais en sortir : y vivre, y travailler, magasiner, jouer au tennis, aller à la piscine, jouer au golf, mais aussi visiter le Grand Canyon, expérimenter les quatre saisons en quelques minutes, s’étendre sur la plage d’une mer du Sud... Un rêve quoi ! C’est du moins ce qu’ambitionne le gendre de Cipriano. Gardien au Centre, il attend une promotion promise depuis un certain temps et qui devrait se réaliser sous peu. Cela lui donnera droit à un appartement au Centre, un quatre pièces où les fenêtres ne s’ouvrent pas, et où il fera bon vivre avec sa femme et son beau-père. Ceux-ci n’auront plus besoin de travailler ni de se demander continuellement si le Centre acceptera ou non d’acheter leurs réalisations. Bien sûr, et c’est malheureux, ils ne pourront prendre le chien avec eux, mais c’est que le Centre a ses raisons qui ne peuvent être que très bonnes.

Mais le potier ne l’entend pas de cette oreille. Lorsque le Centre l’avise qu’il n’achètera plus de sa vaisselle, avec sa fille, ils tenteront de trouver une solution. Des figurines alors ? Pourquoi pas ? Mais est-ce possible de se battre contre le Centre ?

José Saramago nous a habitué à son style d’écriture particulier, recherché et efficace. Il nous a aussi habitué à de grandes fresques, de grandes réflexions morales et philosophiques, toujours un peu en parabole, faites d’allusions. Au lecteur, qui ne sort jamais indemne d’une telle aventure, d’en tirer ses propres conclusions. Cette fois, c’est encore plus réussi. C’est grand, très grand. Une allégorie sur nous-mêmes, sur le monde dans lequel nous vivons, que nous construisons et qui est en train de nous cerner, de nous avaler. Dommage qu’il ait déjà gagné le Prix Nobel de littérature...


LA CAVERNE, par José Saramago, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, Paris, Éditions du Seuil, 2002, 347 pages.

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