Journal des Alternatives

L’opposition se mobilise à la prison de Say au Niger

Nancy BEAULIEU, 27 novembre 2003

Sous l’invitation des partis de l’opposition, près de 3 000 manifestants se sont réunis hier aux pieds de la prison de Say, à 50 km de Niamey, la capitale nigérienne, pour demander la libération du journaliste Mamane Abou.

Chef du PNDS, le principal parti de l’opposition, Mamadou Yssoufou a condamné l’emprisonnement du journaliste Mamane Abou.

Propulsées par les manifestations d’appui spontanées des citoyens aux abords des routes, des centaine de voitures décorées à l’effigie du journaliste, ainsi que des autobus mobilisées par l’opposition conduisaient partisans, syndicats, groupes de défense des droits et citoyens sur les lieux de la prison où est détenu M. Abou afin d’en exiger sa libération.

Toutefois, sous l’ordre des autorités gouvernementales, les visites ont été exceptionnellement interdites. Déployées massivement autour de la prison, des centaines d’agents des forces de l’ordre veillaient à ce qu’aucun manifestant ne pénètre l’établissement.

Au son des tambours et des slogans, les chefs des partis de l’opposition, ainsi que divers représentants d’organisations de lutte pour les droits de l’homme, se sont insurgés au micro de la tribune contre l’emprisonnement « arbitraire » du journaliste et directeur de publication du journal Le Républicain, M. Abou.

Affilié au Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), parti principal de l’opposition, M. Abou a été incarcéré à la suite de la publication de documents du Trésor démontrant des malversations du gouvernement de plus de quatre milliards de francs CFA (près de un million de dollars canadiens) à des particuliers et des entreprises proches du parti au pouvoir.

Alors qu’il était déjà détenu concernant cette affaire pour des accusations de complicité de vol et de recel de documents administratifs, M. Abou a été condamné pour diffamation à une peine de six mois de prison ferme, 300 000 francs CFA d’amende et dix millions de francs CFA en dommages et intérêts à répartir entre les politiciens incriminés, soit le premier ministre et le ministre des Finances.

Chef du PNDS, Mamadou Yssoufou a pris la parole en implorant les saints de la ville de Say afin que les dirigeants de la V ième République ne fassent pas de cette ville une prison politique. Il a aussi déclaré que « sur la base de décisions de justice qui s’apparentent à des lettres de cachet, d’honnêtes citoyens sont enfermés pour satisfaire le besoin de vengeance personnel du premier ministre Hama Amadou ». Soutenu par les cris de la foule, il a ajouté que « dans un pays normal, les dénonciations faites par Le Républicain auraient déclenché une enquête et abouti à l’identification et au châtiment des coupables. »

D’avis que l’emprisonnement de M. Abou n’était qu’un maillon de la chaîne des actes posés par le premier ministre qui prouvent qu’il « place ses intérêts personnels au dessus de ceux de la communauté nationale », M. Yssoufou a fait savoir aux manifestants qu’il n’en était pas de même pour M. Abou. « Même du fond de sa prison, M. Abou ne cesse d’être généreux. C’est pour cela (...) qu’il a décidé de réparer l’antenne parabolique de la Maison des jeunes et de la Culture (de Say). Mais de manière tout à fait mesquine, certaines autorités s’y opposent », a-t-dit.

Propriétaire de l’un des journaux le plus lu à Niamey, M. Abou possède également l’imprimerie qui édite l’ensemble des journaux indépendants de la capitale du Niger.

D’autre part, représentante de la Coordination des organisations des droits de l’homme, la Dr Amina Balla Kaltou, a affirmé être venue de façon spontanée à cette manifestation pour défendre le prisonnier M. Abou. « La coordination est de tout cœur avec l’opposition qui aujourd’hui lutte pour la défense de la démocratie et des libertés individuelles », a-t-elle indiqué.

Le représentant de la Coordination démocratique de la société civile nigérienne (CDSC, qui regroupe l’ensemble des associations de la société civile), Kassoum Issa, a révélé quant à lui l’engagement nouveau pris par son organisation. Il faut « tuer cette maladie qui fait qu’aujourd’hui, par un discours machiavélique, on essaie de dissocier la société civile et tous les mouvements qui combattent l’arbitraire. Désormais, nous allons être aux côtés des forces de l’opposition pour défendre la démocratie et l’Etat de droit », a-t-il déclaré.

La Communauté urbaine de Niamey (CUN) et le gouvernement sont accusés par plusieurs organisations de la société civile d’interdire systématiquement les manifestations qu’elles organisent, pour n’autoriser que celles effectuées par les partis politiques. La CUN a en effet interdit, la semaine dernière, la tenue d’un rassemblement pour défendre la cause de M. Abou orchestré par une organisation de défense des droits de l’homme. Deux jours après cette interdiction s’était pourtant tenue - pour les mêmes motifs et au même endroit - une manifestation massive organisée par les partis de l’opposition, également à l’origine du rassemblement d’hier à Say.