4e Sommet des Amériques de Mar del PLAta en Argentine

L’occasion pour le mouvement altermondialiste de repenser son action

mercredi 28 septembre 2005, par Jacques LÉTOURNEAU

C’est à Mar del Plata, en Argentine, qu’aura lieu, les 4 et 5 novembre prochains, le 4e Sommet des Amériques. Cet événement, qui réunit les chefs d’États et de gouvernements des pays des Amériques - à l’exception de Cuba -, devait initialement confirmer la création de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). Mais quatre ans après le 3e Sommet des Amériques tenu à Québec en 2001, voilà qu’il sera plutôt question de démocratie et d’emploi. Cette mise au rancart de la ZLÉA oblige le mouvement altermondialiste à réfléchir sur le sens à donner à son action.

Rappelons qu’en 2001 à Québec, au cours du Sommet des peuples des Amériques, qui s’est tenu en parallèle au Sommet des Amériques, les organisations populaires et syndicales, regroupées à l’intérieur de l’Alliance sociale continentale, avaient profité de l’extraordinaire mobilisation de la population pour revendiquer une zone de libre-échange différente, respectueuse des droits sociaux et des droits humains. Loin de s’opposer à la globalisation, la majorité des organisations de la société civile réclamaient plutôt une autre mondialisation, fondée sur une répartition équitable de la richesse et, bien entendu, en rupture avec le modèle de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Mais depuis Québec, la donne politique a changé. Du consensus presque unanime sur la création d’une zone de libre-échange - à l’époque, seul le Venezuela avait des réserves - à la tenue d’un sommet qui portera sur la démocratie et l’emploi, il apparaît évident que les choses n’ont pas tourné comme l’aurait souhaité le gouvernement américain. Il est clair que les changements significatifs opérés dans le paysage politique latino-américain y sont pour quelque chose. L’élection successive de gouvernements progressistes, particulièrement au Brésil et en Argentine, et le développement récent d’un axe de collaboration entre Cuba et le Venezuela (ALBA) ont considérablement modifié la nature des relations avec l’Amérique du Nord.

De son côté, Washington bataille ferme afin de se repositionner au centre d’un empire économiquement mondialisé. L’adoption par le Congrès américain (217 voix contre 215) d’un Accord de libre-échange (Central America Free Trade Agreement)1 avec six pays d’Amérique centrale et la relance des discussions en vue de négocier un ALÉNA « plus » démontrent que, malgré les reculs observés en matière de négociations multilatérales, la Maison-Blanche force le jeu et tente d’imposer sa propre logique du libre-échange.

Le Canada, lui, est partagé entre ses différends commerciaux avec les États-Unis - particulièrement dans le dossier du bois d’œuvre - et sa volonté d’établir des accords avec d’autres pays. De plus, le gouvernement de Paul Martin, sous la pression du Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE), semble vouloir aller de l’avant avec le dossier de l’intégration en profondeur. Nous savons que le Mexique, le Canada et les États-Unis ont convenu, le printemps dernier, d’un calendrier de travail afin de débattre de questions comme la sécurité, l’immigration et même de la monnaie commune.

Participer au Sommet des peuples

Comme le veut maintenant la tradition, cette rencontre des 34 chefs d’États et de gouvernements des Amériques permettra aux organisations altermondialistes de souligner à leur façon l’événement par la tenue parallèle, encore une fois, d’un Sommet des peuples. Des milliers de manifestants convergeront sous les chapiteaux de la contestation et de la mobilisation. Rendez-vous incontournable, ce sera le temps de débattre et de réactualiser nos alternatives afin de mieux répondre aux défis qui se posent à nous.

Une délégation québécoise participera à l’événement, question de faire le pont entre le Sommet de 2001 et celui de Mar del Plata. Les débats sur l’emploi et la démocratie, qui s’inscrivent en ligne droite avec la mondialisation, représentent une opportunité pour faire valoir nos positions. Non seulement, faut-il saisir cette occasion pour rappeler que la souveraineté nationale des États est constamment menacée, mais que la nouvelle division internationale du travail affecte de façon significative des millions de travailleurs et de travailleuses. Une des caractéristiques du néolibéralisme est bien d’exercer une pression à la baisse sur les conditions générales de vie et de travail des populations. Des questions comme le développement de l’économie informelle ou encore la reconnaissance syndicale sont des enjeux qui nécessitent un renforcement de notre mouvement.

Enfin, souhaitons que ce Sommet des peuples permette une meilleure articulation entre les réseaux militants. Car les grands forums internationaux altermondialistes, aux allures parfois débridées, donnent souvent l’impression d’aller dans plusieurs directions à la fois. Notre délégation aura le mandat de tisser davantage de liens avec les autres réseaux, particulièrement nord-américains, afin de jeter les bases d’une véritable alliance populaire et syndicale.


L’auteur est responsable des relations internationales à la CSN.

1. Les six pays d’Amérique centrale sont le Nicaragua, le Salvador, le Honduras, le Costa Rica, le Guatemala et la République Dominicaine. Cet accord prévoit la levée progressive de toutes les barrières douanières au cours de la prochaine décennie. Calqué sur l’ALÉNA, le processus d’intégration accorde aux entreprises onusiennes d’énormes privilèges tout en donnant accès à un marché de 44 millions de consommateurs.

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