L’imagination au pouvoir ?

jeudi 26 avril 2007, par David HOMEL

Admettons que vous soyez écrivain canadien, et que vous viviez dans le Canada de Stephen Harper. Ça veut dire, franchement, que vous êtes en conflit avec votre gouvernement. On ne parle pas d’un conflit sur les détails, mais plutôt d’un désaccord fondamental sur le rôle du gouvernement fédéral dans le soutien aux arts dans ce pays.

Alors, quoi faire ?

Vous militez avec l’outil que vous maîtrisez le plus : votre imagination. C’est justement ce que les écrivains ont décidé de faire dernièrement, avec de bons résultats dans nos médias. Oui, ils ont fait une manif dans le vent le 16 avril dernier à Ottawa. Mais ce n’est pas grâce à cet événement sur la Colline du Parlement qu’on a parlé d’eux.

Tout a commencé avec l’aspiration secrète de monsieur Harper. Il paraît que le premier ministre est en train d’écrire un livre. Stephen Harper veut être écrivain. On le comprend, c’est un noble statut. Bienvenue dans notre petit club, Stephen.

Le livre que monsieur Harper désire écrire porte sur le hockey. J’aime bien ce sport, mais avec le réchauffement de la planète qui touche les patinoires extérieures, je joue plus au hockey au gymnase. Mais un livre est un livre, roman ou essai sur le sport national, et nous serons contents d’avoir Harper dans nos unions d’écrivains quand il aura publié son bouquin.

Voilà le sens de la lettre ouverte que Susan Swan, romancière torontoise, a adressée à notre écrivain de la relève. Avec une très fine touche d’humour, et très peu d’amertume, Swan lui décrit tous les écueils qui attendent un jeune écrivain comme lui. Pauvre Harper, le temps de publier son livre, il ne restera plus un sou dans le programme du droit de prêt public, qui rémunère les auteurs pour la présence de leurs oeuvres dans les bibliothèques. Et pauvre Harper encore, car si on s’intéresse à son projet à l’étranger, comme aux USA où on joue à ce sport aussi, il ne restera plus d’argent pour la promotion internationale afin de le mettre en vedette, lui et d’autres écrivains.

Et, le moment venu, qui monsieur Harper pourra-t-il blâmer pour ces lacunes ? Son propre gouvernement qui, par exemple, vient de couper 11,4 millions de dollars dans les programmes culturels à l’étranger. Chemin faisant, son gouvernement a aussi oublié que, pour un dollar qu’on investit à la culture, on en retire huit. Lorsque son livre sur le hockey sera prêt, il va être confronté à un bien triste paysage.

Voilà la meilleure arme que nous ayons, nous, les écrivains : la parole. Yann Martel a fait résonner la sienne dans un papier paru dans le Globe and Mail récemment, qui publia également la lettre ouverte de Susan Swann. Oui, Martel nous a rappelé que le gouvernement fédéral dépense l’équivalent de 5,50 $ par Canadien pour la culture chaque année, c’est-à-dire, le coût de deux cafés au lait. Mais quand Martel s’est proposé d’envoyer un livre à Stephen Harper aux deux semaines, à partir du 16 avril, et de communiquer les résultats dans un site web (whatisstephenharperreading.ca), voilà que les médias se sont intéressés à son idée.

Se plaindre ne suffit plus. Avec de l’humour et même de la tendresse, comme dans la lettre de la romancière Susan Swan, il faut réveiller notre classe politique avec tous les moyens qui nous tombent sous la main.

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