L’état de siège est décrété en Guinée

mardi 13 février 2007, par Confédération syndicale internationale (CSI)

Le président guinéen Lansana Conte a instauré un couvre-feu de 20 heures sur 24 sur l’ensemble du pays dans le cadre d’un état de siège prévu jusqu’au 23 février. L’armée a pour mission « de remettre de l’ordre ». Le BIT et la CSI lancent un appel pressant pour que la violence cesse et que la sécurité des dirigeants syndicaux soit assurée.

Le 27 janvier, un accord qui suspendait la grève générale avait été entériné entre l’Intersyndicale (CNTG-USTG) élargie à l’ONSLG et à l’UDTG, et le gouvernement guinéen. Le volet politique de l’Accord prévoyait « la mise en place d’un gouvernement de large consensus, dirigé par un premier Ministre chef de gouvernement indépendant » et comporte de nombreux volets économiques et sociaux. Parmi ceux-ci, la baisse des prix du riz et du carburant, le blocage pendant un an de l’exportation des produits de première nécessité, le relèvement des pensions de retraite et le statut des enseignants.

Un accord avait été trouvé aussi sur le « strict respect du principe de la séparation des pouvoirs », l’indépendance de la Banque centrale (BCRG) et la poursuite de l’action judiciaire « contre tous les prédateurs de l’économie nationale ». Le document signé par le gouvernement, les partenaires sociaux et le Président de l’Assemblé nationale, agissant en tant que médiateur, prévoyait aussi l’absence de toute répression envers les grévistes et la mise en place d’une commission d’enquête pour « retrouver et sanctionner les auteurs d’’exactions. »

La grève générale illimitée avait repris lundi alors que l’Accord n’a pas été respecté. Vendredi dernier, le Président de la République a nommé au poste de Premier Ministre, Eugène Camara, très proche de lui et jusqu’ici Ministre d’Etat aux Affaires présidentielles. Cette désignation du bras droit du Président de la République à ce poste a suscité un tollé général de la population, qui est sortie dans les rues pour manifester son opposition. Les dirigeants de l’inter-centrale ont signalé leur rejet de cette désignation et ont demandé le départ du Chef de l’Etat.

Ce week-end, la colère de la population a atteint son paroxysme. Des bâtiments publics ont même été saccagés alors que des tirs retentissaient dans une base militaire de la capitale.

Dans les rues, des soldats ont tiré à bout portant sur les manifestants. Pas moins de 23 personnes ont perdu la vie. Pour le mois de janvier et cette première quinzaine de février, le bilan total est aujourd’hui de plus de 80 personnes, auxquels s’ajoutent des centaines de blessés. « Des ordres ont été donnés aux forces armées afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir l’ordre » a déclaré le Président Lansana Conté. Avec l’instauration de l’état de siège lundi soir, c’est aujourd’hui la violence qui prime en Guinée et l’intégrité physique des syndicalistes et opposants au régime qui est en danger.

« La violence et la confrontation à Conakry ont déjà couté la vie à beaucoup de personnes et représentent une menace pour les citoyens et les dirigeants des syndicats parmi lesquels Mme Rabiatou Diallo, membre respectée du Conseil d’Administration du BIT. J’en appelle aux autorités et à tous ceux qui exercent de fait un pouvoir en Guinée afin d’assurer la sécurité des dirigeants des syndicats pour une négociation immédiate et de bonne foi, pour mettre fin à la violence et trouver des solutions à travers le dialogue face aux préoccupations graves exprimées par les travailleurs, les employeurs et le peuple de Guinée, » a déclaré Juan Somavia, Directeur général du BIT.

« En solidarité avec le peuple et les syndicats guinéens, la CSI rejoint le Bureau international du travail et appelle la communauté internationale à faire pression sur les autorités guinéennes afin de garantir l’arrêt des violences et la restauration des garanties démocratiques » a déclaré Guy Ryder, Secrétaire général de la CSI.

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