Jeunes musiciens du monde

L’école de la vie, en musique

vendredi 27 janvier 2006, par Catherine BINETTE

Des jeunes de 6 à 18 ans, défavorisés et écorchés par la vie, étudient l’art de la musique et finissent par jouer beaucoup plus que des notes. En plus d’apprendre à maîtriser des instruments de musique traditionnels, violon pour les uns, sitar pour les autres, les jeunes découvrent ce qu’est l’estime de soi à travers une gamme de cours de développement personnel et d’initiation au yoga, tous offerts gratuitement. C’est la mission que Mathieu et Blaise Fortier se sont donnée en fondant l’organisme à but non lucratif, Jeunes musiciens du monde.

« C’est une école de la vie qui passe par la musique », raconte fièrement Mathieu. En effet, en plus de la musique, on y enseigne aux enfants la lecture, l’écriture, l’écologie et le yoga. C’est en Inde que Mathieu, sa femme Agathe et son frère Blaise décident de mettre sur pied la toute première école de Jeunes musiciens du monde. Certes, l’Inde est un pays extrêmement riche culturellement, mais les fondateurs désirent y faire naître leur projet pour des raisons plus personnelles. « L’Inde nous à donné beaucoup à tous et nous sentions le besoin de donner en retour », explique Mathieu.

En novembre 2002, l’école ouvre ses portes à une trentaine d’étudiants et étudiantes de 6 à 18 ans, qui apprennent chaque jour la musique traditionnelle de leur pays selon la méthode ancestrale gouroukoul. Cette méthode implique que les élèves cohabitent et apprennent l’art de la musique aux côtés de maîtres. Les enfants sont donc logés et nourris à l’école toute l’année et gratuitement. Le projet de l’école Kalkeri Sangeet Vidyalaya vise à offrir aux jeunes un enseignement musical et académique dans un environnement agréable au sein duquel les jeunes peuvent s’épanouir pleinement.

Un concept gagnant

De Dharwad à la capitale nationale, les fondateurs de Jeunes musiciens du monde (JMM) adaptent leur concept et fondent à l’automne 2003 une deuxième école de musique traditionnelle dans la ville de Québec. Accueillie gratuitement dans les locaux du Patro Laval, un centre de loisirs instauré par les Pères Saint-Vincent-de-Paul, l’école offre aux étudiants quatre soirs de cours par semaine, donnés par des musiciens professionnels et dont certains sont membres de groupes connus, tels que Polémil Bazar et la Bottine souriante.

Puis, en octobre 2005, à peine un an après la fondation de l’école de Québec, une troisième école, La Bolduc, ouvre ses portes dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Comme l’explique Mathieu, ces deux écoles deviennent comme un point de repère pour les enfants des quartiers défavorisés, qui s’y retrouvent pour jouer de la musique plutôt que de traîner dans la rue. L’impact positif des écoles JMM au sein des communautés est concret et l’organisme prend de l’expansion. Un conseil d’administration est alors formé et un directeur général prend les commandes. Le projet continue de rouler sur l’énergie volontaire des fondateurs, mais aussi sur celle d’un bassin grandissant de bénévoles et de stagiaires, parfois même venus de l’étranger.

Décidément, le projet des frères Fortier soulève un enthousiasme inespéré ! Dans les rangs de l’industrie musicale québécoise, de nombreux artistes adoptent la cause, comme la chanteuse Ariane Moffatt qui est maintenant porte-parole et qui a grandement contribué à propulser la visibilité de JMM dans les médias. La popularité du projet de Jeunes musiciens du monde s’est vue grimper à toute allure. Des artistes jouissant d’une grande popularité comme les Loco Locass, Pierre Lapointe et Yann Perreau s’offrent désormais pour participer aux spectacles bénéfices annuels. Mathieu, le regard cerné de fatigue, mais brillant, lance spontanément : « Je suis quand même fier ! Après avoir fait je ne sais plus combien d’appels et laissé autant de messages dans des boîtes vocales, on commence enfin à nous rappeler ! ».

Il est certain que lorsque que le « gourou » de l’industrie musicale au Québec, Michel Bélanger, président de la compagnie Audiogramme, lance un hommage aux fondateurs de JMM du Gala de l’ADISQ, télédiffusé en direct, cela suscite un intérêt considérable... Mais, encore, si le projet de Mathieu, Agathe et Blaise connaît un engouement aussi important, c’est surtout parce qu’il change le destin de nos enfants, ici comme en Inde.


Pour en savoir davantage : www.jeunesmusiciensdumonde.org

À propos de Catherine BINETTE

Amérique latine et Caraïbes

Catherine Binette a fait des études universitaires en gestion et en développement international à l’Université McGill. Il n’a fallu qu’une expérience de solidarité au sein d’une communauté autochtone de Oaxaca, au Mexique, pour confirmer l’intérêt qu’elle porte à la dynamique des mouvements sociaux et indigènes dans les Amériques. À l’emploi d’Alternatives depuis 2002, Catherine a d’abord travaillé comme chargée de projets et coordonnatrice du programme de communications et de mobilisation, ou elle s’est concentrée principalement sur le dossier du forum social mondial. Suite à un stage en économie sociale au Brésil, elle fait le saut dans l’équipe internationale et prend en charge les projets d’Alternatives dans les Amériques. Elle s’intéresse particulièrement aux pratiques novatrices d’économie solidaire et de développement local, ainsi qu’aux processus de transformation politique auquel nous assistons en Amérique du Sud.

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