Journal des Alternatives

L’autre façon de voyager

Francis BOUCHER, 25 juin 2003

Exotisme, évasion et chaleur sont des plaisirs souvent associés aux activités touristiques à la grandeur du globe. Mais exploitation, pollution et dégradation riment aussi avec tourisme. Cet été, pourquoi ne pas sortir des sentiers battus et pratiquer un tourisme socialement responsable ?

Le tourisme de masse reste encore le plus lucratif et le plus populaire : plus de 300 milliards de dollars de revenus en 2000. Au cours du siècle dernier, le nombre de touristes a décuplé à un rythme impressionnant : de 25 millions en 1955, ils sont 700 millions en 2000, avec un taux de croissance annuel de 4 %. À ce rythme, 2010 verra son premier milliard de touristes envahir plages, hôtels et autres auberges de la planète.

Une telle activité touristique amène son lot d’avantages, mais aussi d’inconvénients pour les pays visités, comme le pillage et le gaspillage des ressources. Selon certaines estimations, un touriste utilisera en moyen-ne de 7 à 10 fois plus d’eau qu’un paysan local n’utilisera pour nourrir sa famille et cultiver son champ.

Les revenus générés par cette activité ont aussi tendance à se concentrer entre les mains de quelques-uns. Moins de 20 % des recettes générées par le tourisme restent dans le pays d’accueil, alors que la majorité du capital retourne dans les pays du Nord. Contrôlé par quelques grands groupes hôteliers et touristiques occidentaux, l’industrie touristique se préoccupe peu des retombées économiques pour le pays d’accueil.

Éthique du voyage

Selon le Code mondial d’éthique du tourisme, rédigé par l’Organisation mondiale du tourisme, « la compréhension et la promotion des valeurs éthiques communes à l’humanité, dans un esprit de tolérance et de respect de la diversité des croyances religieuses, philosophiques et morales, sont à la fois le fondement et la conséquence d’un tourisme responsable ». S’inscrivant dans cette optique, le tourisme « solidaire, responsable et équitable » fait de plus en plus d’adeptes.

Louis Jolin est le vice-président section Amériques du Bureau international du tourisme social (BITS), basé à Montréal. « Tout comme pour le commerce équitable, ce qui est à la base du tourisme équitable, c’est la possibilité pour les collectivités locales de profiter des retombées engendrées par le tourisme. » Tout un travail reste donc à faire pour parvenir à un tourisme équitable et respectueux des cultures d’accueil.

Certains comportements de la part des touristes sont particulièrement valorisés : apprendre quelques mots de la langue du pays visité, acheter des produits locaux, bref, se comporter de façon respectueuse. Selon Louis Jolin, le touriste responsable est celui « qui tient compte de la qualité de la relation visiteur-visité, pas seulement de ses besoins à lui en tant que touriste ».

Les promoteurs et agences ont aussi leur part de responsabilités.Elles se doivent « d’être soucieuses d’offrir un produit authentique, et non pas seulement des produits stéréotypés, à leur clientèle. De plus, elles devront s’assurer qu’il y ait des retombées significatives pour les collectivités », affirme le vice-président. Un peu partout, des initiatives sont prises afin de dépasser le stade des vœux pieux.

Pour des vacances différentes

Le tourisme solidaire, proche parent du tourisme responsable et équitable, est un concept tout récent qui repose aussi sur une éthique particulière. Tout en voyageant dans un pays en voie de développement, pourquoi ne pas en profiter aussi pour assister à un projet de développement, ou, mieux encore, y participer ?

Chez nous, des partenariats sont en voie d’être établis entre le Centre canadien d’étude et de coopération internationale (CECI) et des associations de l’Équateur afin d’organiser des séjours d’initiation à la coopération internationale pour des touristes québécois. Ces projets seront autant équitables que solidaires. Bernard Cloutier, chargé de projet pour les Amériques au CECI, précise : « Des ententes claires seront signées avec les communautés afin de s’assurer qu’il y ait un transfert des recettes vers le Sud. »

Ce nouveau créneau, appelé « vacances solidaires », est appelé à se développer au cours des prochaines années. « Plusieurs agences, surtout européennes, offrent à leurs clients de passer un ou deux mois comme bénévole dans un projet de développement. Au retour, les vacanciers sont sensibilisés et peuvent transmettre leurs nouvelles connaissances à leurs proches » explique Louis Jolin.

M. Cloutier estime que le moment est propice pour se lancer dans des projets de ce type. « Nous avons tout avantage à continuer de créer des liens avec des organisations du Sud, car la demande est forte. Les gens qui veulent faire un tourisme différent et participer à quelque chose de concret sont de plus en plus nombreux. »

« L’important, c’est de changer les mentalités et que l’acte touristique se fasse désormais dans un esprit de solidarité », insiste Louis Jolin, tout en rappelant que cela ne se fera pas du jour au lendemain.

Francis Boucher, journal Alternatives


Pour plus d’information : www.bits-int.org