L’aide humanitaire en fonction du statut social

mercredi 28 septembre 2005, par Geneviève LEFEBVRE

Quatre mois après le passage du tsunami, le village côtier de Perikalapet est toujours dévasté. Situé dans la région de Pondichéry, au sud-est de l’Inde, ce village de pêcheurs a reçu de plein fouet, le 26 décembre 2004, la vague de plus de 10 mètres.

Mais plus choquant encore que l’ampleur des dégâts, c’est de constater que les efforts de reconstruction déployés par le gouvernement ont été effectués en fonction du rang social des familles. En effet, selon les témoignages des gens rencontrés sur le terrain, les familles affectées par le tsunami et faisant parti du système des castes ont reçu de la part du gouvernement indien 50 000 roupies, un bateau et un filet de pêche, alors que les familles de dalits, c’est-à-dire les individus n’appartenant pas au système des castes, les intouchables ou, plutôt, selon le discours officiel, les individus socialement non privilégiés, ont reçu 2 000 roupies et 25 kilos de riz. Selon une jeune femme de la communauté, ces familles de dalits n’ont pas été autant atteintes que les familles de pêcheurs faisant partie du système des castes. Ce qui justifierait le fait que deux types d’infrastructures sanitaires aient été construites : la première, destinée aux individus appartenant au système, est construite avec des matériaux plus résistants, plus nobles et accueillants ; la seconde, construite pour les personnes n’appartenant pas au système, a été érigée avec de simples tôles rouillées.

Un peu plus loin, sur la plage, et curieusement près du rivage, on peut apercevoir une hutte à l’effigie de World Vision et exposée aux forces de la nature. À l’intérieur : une dizaine de postes de télévision qui serviront à la « réhabilitation » psychologique des enfants ayant subi des traumatismes. À l’exclusion des dalits, toutefois.

Ce sont là quelques exemples anecdotiques des centaines de millions de dollars investis pour venir en aide à la population affectée par le tsunami. Des initiatives mises en œuvre de façon spontanée, cependant sans grande coordination avec les acteurs locaux et, surtout, sans réelle adéquation avec les besoins. Tellement d’attention globalement, mais à l’échelle locale, l’argent ne se rend toujours pas.


L’auteure a visité le village de Perikalapet en tant que géographe afin de cartographier les côtes de la région.

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