Katrina et les prochaines guerres du pétrole

lundi 3 octobre 2005, par Pierre BEAUDET

Selon l’analyste américain Michael Klare, l’expérience traumatisante de l’ouragan Katrina va marquer « un véritable tournant dans l’évolution du plus puissant pays de la planète ».

Le « crépuscule » d’une époque

Pour cet expert du Hampshire College à Boston qui était de passage à Montréal dans le cadre du colloque sur les « conflits et les ressources » organisé par l’Observatoire de géopolitique de l’UQÀM, « il est maintenant clair que les Etats-Unis sont vulnérables sur le plan énergétique. Katrina qui a interrompu la production dans le Golfe du Mexique a démontré que nous n’avions plus d’option de rechange. C’est le seul territoire au sein des USA qui a connu une croissance de la production pétrolière. Toutes les autres zones sont en déclin ». Même si les plateformes pétrolières endommagées par Katrina seront remises en place, « cela ne sera plus comme avant, notamment parce que les coûts des assurances pour ces exploitations vont augmenter de manière astronomique ».

Le net de l’affaire est que dans la prochaine période, les États-Unis seront encore plus qu’avant dépendants des importations de pétrole. « Ce n’est pas la fin ni la nuit, mais le crépuscule d’une ère où le pétrole était non seulement abondant mais central ».

De durs coûts à prévoir

Au train où vont les choses, on peut espérer que le pétrole va continuer de couler pour quelques décennies, encore que les experts divergent d’opinion sur l’étendue des réserves. On constate cependant que la croissance très forte actuellement dans le monde, non seulement celle des pays riches mais aussi celle des pays émergents comme la Chine et l’Inde n’est nullement appuyée par la croissance de l’offre. « D’ici l’an 2025 explique M. Klare, il faudra 50% de pétrole de plus que maintenant, soit environ 120 millions de barils par jour.

Mais le problème est que la production stagne pendant que la mise en exploitation de nouveaux champs reste limitée ». Selon les dernières projections du Department of Energy des Etats-Unis, même l’Arabie saoudite n’a pas la capacité d’augmenter substantiellement sa production. Les réserves de la Mer Caspienne, que les producteurs estiment les plus importantes après celles du Moyen-Orient, ne sont pas confirmées et surtout, elles sont coûteuses à exploiter. « C’est le cas de presque tous les nouveaux champs pétroliers repérés ces 20 dernières années affirme M. Klare. Ils sont à de grandes profondeurs ou dans des conditions géo-climatiques difficiles ».

Il y aura deux conséquences majeures à cela selon le professeur du Hampshire College : « en premier lieu la compétition entre les pays va s’accroître considérablement. En deuxième lieu et en lien avec les hausses de prix qui nous attendent, les élites vont vouloir reporter ces coûts sur les consommateurs, et donc on peut prévoir des conséquences difficiles pour les couches populaires et pour les sociétés paysannes, surtout dans le tiers-monde ». Selon M. Klare, « il est prévisible que les coûts du chauffage vont plus que doubler dans la prochaine période et en particulier pour l’hiver qui s’en vient ».

« Un peu comme avant la première guerre mondiale »

Entre-temps, il devient encore plus évident que le contrôle des ressources énergétiques va devenir un enjeu encore plus important sur la scène géopolitique mondiale. « Depuis l’affirmation de la « doctrine Carter » en 1980, les États-Unis se disent légitimées d’utiliser la force militaire pour sécuriser les ressources. « À l’époque, on parlait du Golfe, mais maintenant pour Washington, il s’agit aussi de la Mer Caspienne et de l’Afrique » affirme M. Klare. Reste à voir ce que feront d’autres gros joueurs comme la Russie, la Chine et l’Inde. M. Klare : « la Chine et la Russie veulent tasser les États-Unis de l’Asie centrale, ils intensifient leurs liens, y compris dans le domaine militaire. Cette concurrence commence à ressembler à ce qui s’est passé durant les années avant la première guerre mondiale ».

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