Justice climatique : la résistance aux industries d’énergies fossiles s’organise

vendredi 1er février 2013, par Andréanne Thibault

Le 19 janvier dernier, l’heure était à la réflexion et à la mobilisation. Un forum communautaire organisé pour construire la résistance et proposer des alternatives aux oléoducs a réuni une centaine de militants à l’Université Concordia durant toute la journée de samedi. À l’issue de cette rencontre, une chose est certaine : la résistance s’organise.

La résistance à l’industrie des énergies fossiles va au-delà du projet d’Enbridge d’inverser le flot dans la ligne 9, le segment du pipeline entre Sarnia et Montréal. Cette inversion qui vise à transporter le pétrole de l‘Ouest canadien vers les raffineries du Québec sonne l’arrivée des sables bitumineux dans la province. Pour les militants, il s’agit d’un argument de plus pour critiquer l’expansion énergétique et la croissance infinie dans lesquelles s’inscrit ce projet.

Troquer croissance infinie pour décroissance

Durant un atelier mené par Alejandra Zaga de Sustainable Concordia, une organisation d’étudiants de l’Université Concordia travaillant au développement durable sur le campus, les participants ont noté vouloir aller au-delà des sables bitumineux. La ligne 9 est inquiétante pour plusieurs, mais le problème serait plus large.

Ce qui pousse le gouvernement et les compagnies dans l’élaboration de nouveaux projets énergétiques, comme celui de la ligne 9, c’est principalement l’ouverture de marchés au sud de l’Ontario, au sud du Québec et au nord des Etats-Unis. Enbridge transporterait alors jusqu’à 300 000 barils de pétrole par jour. « Mais pourquoi ? » s’est exclamée Alejandra Zaga, « Nous avons 13% d’énergie en surplus au Québec et on en veut plus ? ».

Selon elle et les militants présents dans la salle, il nous faut repenser notre mode de production. Des transports à l’agriculture, en passant par l’industrie des armements, il faut mettre des limites à notre production. Des exemples d’agriculture à petite échelle montrent qu’il serait possible de pousser dans cette direction. Pour ce qui est de l’industrie des armements, « en avons-nous vraiment besoin ? », se demandait-on. Et la réduction des transports en aménageant les villes pour favoriser la circulation à bicyclette ou à pied ? C’est possible. Tout cela s’inscrirait dans un projet de décroissance prôné par les militants et dans lequel l’idée de la ligne 9 d’Enbridge s’avèrerait inutile.

En abondant dans le même sens, le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), Simon Tremblay-Pepin affirmait que « la lutte pour le devenir environnemental doit se lier à une lutte sur le terrain économique. Car ce sont ces idéaux qui nous mènent là où l’on est. Il nous faut une transformation beaucoup plus globale de la société et de l’économie ».

Désavantages écologiques et énergiques

Pour les militants, le projet ne présente ni avantages écologiques, ni énergétiques. Sur le plan environnemental, les risques de déversement sont bien réels. Entre 1999 et 2008, 610 déversements ont été répertoriés au nom d’Enbridge pour un total de 21 millions de litres d’hydrocarbures qui se sont répandus autour de ses pipelines. L’exemple le plus souvent cité est celui du déversement de Kalamazoo, au Michigan en 2010. Plus de 3,8 millions de litres s’étaient alors déversés dans les environs, ce qui en a fait le plus grand déversement en sol américain. Les coûts du nettoyage qu’a nécessité ce déversement ont atteint 765 millions de dollars et la rivière n’est toujours pas revenue à son état initial.

De plus, comme le disait Laurent Busseau du Comité pour l’environnement de Dunham, « l’inversion du flux est un risque réel. La structure du matériel n’est pas adaptée à un tel transfert. La pression monte dans l’oléoduc et un déversement est possible ».

Du côté énergétique, le projet n’est pas plus justifiable. « Dans le cas des sables bitumineux, plus difficilement atteignables, nous sommes rendus à un niveau où l’énergie nécessaire pour aller extraire le pétrole en question est à peu près équivalente à la quantité d’énergie qu’on va extraire », expliquait le chercheur à l’IRIS, Simon Tremblay-Pepin. Selon lui, si les compagnies continuent d’exploiter une telle ressource, c’est qu’ils pensent faire des profits, mais d’un point de vue énergétique, le projet est un non sens.

Des effets nocifs réels

Pour Vanessa Gray, les effets de la présence d’oléoducs et de raffineries sont biens réels et se font déjà sentir. Gray est une jeune militante de la Première Nation Aamjuwnaang, située au sud de Sarnia, en Ontario. La région est surnommée la « Vallée Chimique », en référence aux 63 usines pétrochimiques présentes dans les environs. Durant le forum communautaire, elle a partagé son expérience sur le terrain avec les autres militants.

« Il est très fréquent d’entendre les alarmes en pleine nuit avertissant d’un déversement accidentel », note Gray. « Il ne s’agit pas de savoir s’il y aura un déversement ou pas, mais plutôt quand il aura lieu. Nous savons qu’il y en aura. »

Photos et histoires à l’appui, Vanessa Gray, de la Première Nation Aamjiwnaang a su guider l’auditoire à travers une visite de sa communauté Ojibwe. Elle a fait état des problèmes de santé vécus par plusieurs membres de sa famille.

« Je suis plus à risque de faire une fausse-couche ou de donner naissance à un enfant mort-né parce que j’ai grandi là. Je suis plus à risque d’avoir le cancer parce que je vis au centre de toutes ces raffineries », souligne-t-elle.


En collaboration avec Arij Riahi

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