Jean Charest veut augmenter les tarifs et les taxes : Soutenir l’action syndicale de résistance

lundi 9 novembre 2009, par Ronald Cameron

Depuis la fin du mois d’octobre, les négociations dans le secteur public québécois sont officiellement amorcées puisque les organisations syndicales ont déposé les cahiers de demandes dans les délais prévus. Il n’en fallait pas plus à différents chroniqueurs des grands médias pour critiquer la démarche syndicale. Derrière ce nouvel épisode des relations de travail au Québec, se concentre toute la conjoncture économique et sociale, caractérisée par une forte croissance des inégalités. Les commentaires de ces chroniqueurs préparent finalement la population à accepter les hausses des tarifs des services et l’augmentation des impôts des contribuables. Pour Jean Charest, There is no alternative. Les syndicats doivent lui en proposer une.

Déconnectés, irréalistes, mauvais timing et, insulte suprême, corporatistes ! Voilà l’essentiel du message transmis de la part de faiseurs d’opinions ces derniers jours. Pour eux, des hausses de salaire de 11,25% sur trois ans demandées par le Front commun seraient évidemment exagérées compte tenu de la situation économique qui frappe particulièrement les salariés non organisés, ceux du secteur privé, et évidemment de la situation financière de l’État (1).

Une situation économique catastrophique

On peut comprendre que le gouvernement décide de suspendre la loi sur le déficit Zéro, avec l’approbation des syndicats qui y voient évidemment la suppression d’un verrou pour ces négociations. L’ADQ s’insurge mais avec son implosion, ce n’est pas une grosse pression. Le plus surprenant, c’est que le PQ en a rajouté ! Il s’est rallié à la position de Jean Charest sentant bien qu’il va trop loin en considération des positions syndicales.

Mais la situation serait si catastrophique que l’on doit prévoir un coup de barre important dans les revenus de l’État et contraindre les dépenses, soit envisager un gel des conditions de travail. Pour rassurer le PQ qui fait son lucide sur les finances publique, disons que le gouvernement n’a évidemment pas l’intention d’abandonner la « lutte » contre le déficit ! Il entretient l’idée que la satisfaction des demandes du secteur public participe à la spirale ascendante de la dette, soit l’ajout de 3 milliards de $ sur un déficit anticipé qui pourrait alors atteindre 10 milliards. Il est évidemment repris en cœur par les faiseurs d’opinion dans les médias.

Pourquoi ne pas parler du crime économique et des paradis fiscaux ?

Mais pourquoi tous les chroniqueurs ne mettent pas en perspective les ratés du système ? Pourquoi taire les exemples nombreux de scandales des « Corporate Bums ». Car ce sont bien ces informations qui nous parviennent par ailleurs dans les médias. Oui, la liste est trop longue pour présenter tous les Norbourg de la terre dans une seule chronique. Prenez-en deux, trois, quatre...

Au mérite de Michel David, le surlendemain, en abordant la campagne électorale à Montréal et l’appui du monde des affaires à Gérald Tremblay, il rappelle que ce même milieu avait ovationné « Henri-Paul Rousseau (…) [quand il] était venu leur expliquer comment il avait perdu 40 milliards » lorsqu’il était à la tête de la Caisse de dépôt. Ne peut-on pas faire de lien avec les négociations du secteur public ? Ne peut-on pas y voir un impact, même direct, avec ces négociations, compte tenu des conséquences sur les fonds de pension des salariés-es ? Pourquoi ne pas en parler lorsqu’on aborde les demandes syndicales ?

Mais les scandales financiers ne sont qu’une forme apparente d’une autre spirale effarante qui ne s’affaiblit pas, celle de la hausse des inégalités. Il est certainement plus honnête, pour des journalistes soucieux d’informer la population, de la rappeler alors qu’on demande aux salariés-es, quels qu’ils soient, du privé ou public, de se serrer la ceinture.

Quels moyens pour restaurer les marges de l’État québécois ?

On rappelle souvent que les moyens plus réduits de l’État proviennent de la baisse des impôts. Il est vrai que les plus riches sont devenus ainsi encore plus riches. Toutefois, si on veut restaurer des moyens de l’État québécois dont le budget s’explique pour l’essentiel par les services, la récupération du point de TPS abandonné par le gouvernement fédéral est totalement insuffisante pour ce faire. Augmenter les tarifs au-delà de l’inflation, qui selon pour Michel David est nulle, est une agression supplémentaire dans les conditions de vie de la population. Avec la mise en place d’une telle médecine, même les salariés-es du secteur public y perdront au change par l’annulation de leurs propres augmentations.
L’importante chute des revenus fiscaux des états occidentaux ne se résume pas aux réductions consenties aux contribuables. Celles faites aux entreprises et le transfert des charges fiscales des sociétés vers les contribuables sont des facteurs majeurs qui précipitent un véritable étranglement des moyens de l’État.
L’an prochain, le Canada aura abaissé son taux fédéral d’imposition des sociétés de 33% depuis 2000, pour atteindre 19% en 2010, selon des données établies par le Conseil du travail du Canada (CTC - The Dubious Case for More Corporate Tax Cuts, 2005). Pourquoi Québec n’augmente pas sa part d’impôt sur les sociétés ? Au lieu de réduire l’espace fiscal abandonné par le gouvernement fédéral au simple point de TPS, il y a des revenus possibles beaucoup plus importants que ceux que pourraient procurer une hausse proportionnelle de la TVQ, une augmentation des tarifs ou le gel des salaires ! Pourquoi ne pas commencer à combattre les écarts de revenus en commençant par rétablir les taux d’imposition sur les fortunes et sur les sociétés ? Pourquoi le PQ ne pourrait-il pas demander de sortir des sentiers battus des transferts fédéraux et demander l’implantation d’une véritable politique fiscale progressive.

Les résultats des prochaines négociations doivent contribuer à renverser cette dynamique sociale toujours défavorable à la majorité de la population, et intimement lié aux politiques néolibérales, n’en déplaise à Michel David. Il a beau mentionner que les syndicats sont bien mal placés pour dénoncer le néolibéralisme de Jean Charest alors qu’ils seraient en partie responsable du rétablissement de sa crédibilité, les syndicats sont toujours en phase avec une telle critique de la politique gouvernementale, en plaidant pour le soutien aux salariés-es du secteur public. Toutefois, il faut proposer autre chose que des hausses de tarifs et de la récupéraiton du point de TPS. Pour renverser la vapeur, le débat sur les finances publiques doit s’élargir. Une affaire à suivre.


(1) Des demandes injustifiés ? Michel Girard dans le journal La Presse a été le chroniqueur qui s’est le plus excité jusqu’à présent, en affirmant dans sa chronique de la fin octobre que « l’amélioration de vos conditions de travail [salariés-es du secteur public] passe par la détérioration des finances personnelles de la population ». Michel David, dans Le Devoir du jeudi 29 octobre, et Lise Payette à sa manière, reproche le timing. Michel David prétend qu’on peut douter de l’appauvrissement des salariées-es puisque la « croissance des prix a été négative ». Mieux vaut suivre alors l’exemple des autres provinces canadiennes qui envisagent un gel des salaires ! Plusieurs réponses provenant généralement de militantes et militants sont disponibles sur différents sites - dont Presse-toi à gauche - Sébastien Robert, l’Autr’journal - Pierre Dubuc et Monique Pauzé. Nous n’y reviendrons pas.
Même André Pratte, éditorialiste de La Presse, un habitué du commentaire anti-syndical, répond cette fois-ci à ces chroniqueurs en tablant sur la détérioration réelle de la situation des salariés-es. Pourquoi de telles nuances de sa part ? Il existe un important potentiel de radicalisation de la part des salariés-es dans ces négociations si une entente n’intervient pas avant le 1er avril prochain. Nous y reviendrons.

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