Insurrections à la chaîne

mardi 22 octobre 2019, par Claude Vaillancourt

En jetant un œil même rapide sur l’actualité internationale, on ne peut qu’être surpris par le nombre d’insurrections populaires dans plusieurs pays. Tour à tour, la France, le Soudan, l’Irak, la Chine, l’Espagne, le Liban, l’Équateur, le Chili, la Russie, Haïti et l’Algérie ont vu des foules déambuler dans les rues, parfois pacifiquement, la plupart du temps subissant une dure répression. À cela, il faut rajouter les manifestations pour le climat dans de nombreuses villes.

Pas facile de voir clair dans tout ça, de trouver des dénominateurs communs. Ces événements arrivent dans des pays éloignés les uns des autres, sur différents continents, qui maintiennent peu de rapports entre eux et qui ont des niveaux de développement variés.

La Chine et l’Espagne font face à des situations qui pourraient se ressembler. Les manifestants de Hong Kong et de la Catalogne protestent contre des gouvernements qui nient leurs aspirations à une émancipation politique. Il s’agit là d’un schème connu, même s’il se conjugue de mille façons.

Les autres insurrections sont liées à un phénomène différent, lui aussi vieux comme le monde, mais dont les coïncidences dans le fonctionnement restent assez révélatrices. Les Gilets jaunes en France se sont unis contre une taxe sur l’essence considérée comme injuste. Au Liban, tout a commencé par l’annonce d’une taxe sur les appels effectués avec l’application WhatsApp. En Équateur, la population est descendue dans les rues pour protester contre une hausse du prix du carburant. Au Chili, c’est le prix plus élevé du billet de métro qui a enflammé le tout. Rappelons qu’au printemps 2012 au Québec, le grand mouvement de protestation que nous avons connu a été provoqué par une hausse des droits de scolarité.

Dans ces cas, faire payer plus pour un bien ou un service a déclenché une réaction qui pourrait paraître disproportionnée. Il s’agit là cependant de la goutte qui fait déborder le vase. Ces choix révèlent de façon flagrante l’indifférence des gouvernements devant les difficultés financières vécues par leurs populations. La nouvelle mesure impopulaire fait tomber les masques et expose de grandes turpitudes : corruption généralisée, inégalités sociales croissantes, baisse du pouvoir d’achat, diminution des services offerts à la population, appauvrissement, etc.

Le bilan de la répression contre ces mouvement n’est pas glorieux : des milliers d’arrestations, de nombreux morts, état d’urgence, couvre-feu, alors que les populations désespérées et en colère n’arrivent pas à manifester aussi pacifiquement qu’on leur demande.

D’année en année, les statistiques montrent à quel point les écarts de revenus sont sans cesse plus grands entre les riches et les pauvres. Pourtant, ce problème ne semble pas sérieusement traité par quelque gouvernement que ce soit. Les impôts redistributifs sont toujours aussi mal vus, des fortunes colossales restent cachées dans les paradis fiscaux, la financiarisation de l’économie profite essentiellement aux riches rentiers.

Je suis de ceux qui se demandent régulièrement comment un pareil régime d’inégalités parvient à tenir. Il est difficile de savoir si les insurrections qui arrivent présentement se maintiendront, prendront de l’ampleur ou s’éteindront. Ce qui semble nouveau toutefois, c’est qu’elles se produisent sur quatre continents, à la suite d’un élan spontané, sans concertation, sans chefs, sans figures de proue pour représenter le mouvement et sans système politique qui cherche à se mettre en place.

Dans aucun de ces cas, les gouvernements se mettent vraiment à l’écoute de leur population ou cherchent à montrer de l’empathie. Au contraire, le moindre signe de violence de la part des manifestants déclenche une répression plus sévère. Ce qui est sûrement la pire des réactions. À la corruption, aux inégalités sociales, on veut rajouter plus de violence étatique et plus de coercition. Il est difficile de concevoir qui pourrait sortir gagnant d’une pareille situation.

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