IKEA meuble l’occupation

mardi 31 août 2010, par Adri Nieuwhof

Le 23 juin, Swedish Radio (la radio suédoise) a rapporté que le magasin géant d’ameublement IKEA fourni de façon discriminatoire des meubles aux colonies illégales d’Israël, mais pas aux villes palestiniennes de la Cisjordanie occupée.

La correspondante de Swedish Radio en Israël, Cecilia Udden, a expliqué qu’elle se rendait vers la ville palestinienne de Ramallah, en Cisjordanie occupée et a demandé au personnel de IKEA Israël si ses meubles pourraient y être livrés. Elle a indiqué que derrière le comptoir du magasin se trouvait une immense carte d’Israël qui ne montrait pas les frontières de la Cisjordanie occupée, la bande de Gaza, ou les hauteurs du Golan syrien. Bien que le coût du transport d’IKEA est calculé en fonction de la distance, à la surprise d’Udden, une livraison à Ramallah n’était pas possible. Cependant, le magasin lui a fait savoir qu’il pourrait livrer les meubles aux diverses colonies israéliennes qui se trouvent dans toute la Cisjordanie occupée.

Ove Bring, un professeur de droit international, a expliqué à Stockholm News, un magazine suédois en ligne que les politiques d’IKEA sont discriminatoires envers les Palestiniens. En outre, les politiques de transport violent le code de conduite de la compagnie, qui est publié sur son site Internet ("IWAY Standard" (PDF)).

Dans le rapport d’Udden, IKEA a déclaré que parce qu’il compte sur les compagnies de transport locales pour ses livraisons, il est tenu par les règles locales. Cependant, Bring a contesté l’affirmation de la société et a déclaré que IKEA doit bien étudier si ces compagnies de transport ne peuvent vraiment pas livrer la marchandise à tous les clients qui la veulent. En effet, lorsque Udden a insisté sur une réponse de la compagnie de transport sur les raisons pour lesquelles ses meubles n’ont pas pu être livrés à Ramallah, elle a apprit que l’armée israélienne interdit les livraisons aux clients dans les communautés palestiniennes en Cisjordanie occupée.

Dans son avis consultatif historique de 2004, la Cour Internationale de Justice a souligné l’illégalité de l’activité qui rend normale les colonies illégales d’Israël dans les territoires occupés de Cisjordanie. En effet, le rabbin Abraham Cooper, du Centre Wiesenthal - qui est en train de construire un Musée de la Tolérance sur le terrain d’un cimetière historique musulman à Jérusalem - a déclaré a l’hebdomadaire juif “J” en Californie que “l’ouverture d’un magasin IKEA en Israël “ sera une autre faille dans les tentatives au boycott d’Israël qui sont toujours dans l’air” ("Le 1° magasin IKEA en Israël ouvrira au printemps," 12 Janvier 2001).

Avant l’ouverture du magasin IKEA en Israël en 2001, dans une ironie du sort, le détaillant avait été menacé de boycott par le Centre Wiesenthal, car le fondateur de la société, Ingvar Kamprad, avait été membre du mouvement fasciste suédois dans les années 1940. Le Centre Wiesenthal avait également soupçonné IKEA de s’être conformé au boycott d’Israël de la Ligue Arabe parce qu’il semblait éviter une participation commerciale en Israël malgré plusieurs opportunités. Dans une lettre en décembre 1994 au Centre Wiesenthal, Anders Moberg, le président d’IKEA avait déclaré que IKEA n’avait pas participé au boycott de la Ligue Arabe et que la compagnie était en train d’étudier la possibilité d’ouvrir un magasin IKEA en Israël.

Aujourd’hui, l’empire d’IKEA possède 300 magasins dans 35 pays, y compris deux magasins en Israël ; la société a l’intention d’ouvrir un troisième magasin à Haïfa en 2012. La marque IKEA a survécu à la révélation des liens de son fondateur avec le fascisme au cours de sa jeunesse et la société a démontré sa sensibilité à un boycott possible des consommateurs.

Autre aspect ironique, le boycott, un mouvement pour le désinvestissement et les sanctions à l’encontre d’Israël, s’est déjà développé en Suède. À la fin de juin, le Syndicat Suédois de Dockers a commencé un blocus d’une semaine de marchandises à destination et en provenance d’Israël. L’action du SDU a été prise en réponse à un appel lancé par des syndicalistes palestiniens dans le cadre du blocus de trois ans par Israël de la bande de Gaza et son attaque sur le navire humanitaire Mavi Marmara le 31 mai.

Entre temps, la Palestine Solidarity Association de la Suède a demandé à IKEA de cesser immédiatement les livraisons vers les colonies illégales en Cisjordanie occupée. Il reste à voir si IKEA sera capable de rectifier la politique raciste de son magasin en Israël avant que de telles pratiques n’inspirent à nouveau une menace de boycott à la consommation.


Voir en ligne : Electronic Intifada


Adri Nieuwhof est avocate, conseiller et défenseur des droits de l’homme, travaillant en Suisse.
Traduction de l’anglais : Ahuva Freeman

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