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Grève à la Charcuterie Ben’s

jeudi 28 septembre 2006, par François L’ÉCUYER

Alors que la référence du smoked meat s’apprête bientôt à fêter son premier centenaire, il semble que les conditions de travail qui prévalent chez Ben’s datent aussi d’il y a cent ans. Depuis le 20 juillet dernier, les 22 travailleurs du restaurant sont en grève. Et le conflit de travail ne paraît pas prêt de se terminer.

À l’origine du litige : une lutte pour de meilleures conditions de travail et le respect des employés, explique Charles Mendoza, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la Charcuterie Ben’s : « Notre convention collective s’est terminée en février. L’administration voulait la renouveler pour deux ans, et nous avons fermement répondu non. Nous avons exprimé nos demandes, et ils ont tout simplement refusé chacune d’entre elles. »

Les employés ont fait appel à un conciliateur afin de faciliter le dialogue avec Jean Kravitz, la propriétaire, et son fils Elliott Kravitz. « Nous avons eu deux rencontres avec le conciliateur, et ils n’ont pas voulu acquiescer à une seule de nos demandes [...] Depuis, nous n’avons eu aucune nouvelle des employeurs », déplore M. Mendoza

Murray Kravitz figure aussi parmi les grévistes. « Il est boss boy, il est plongeur, il est concierge, et parfois [la propriétaire] lui demande même d’aller tondre le gazon. Une seule personne pour faire tout ça ! », s’insurge M. Mendoza. Tout comme son frère Brian, qui travaille également chez Ben’s, Murray est le petit-fils de Ben Kravitz, fondateur en 1908 du restaurant qui porte son nom. Murray et Brian Kravitz sont aujourd’hui en grève contre leur propre tante, qui a hérité du restaurant il y a quelques années.

« J’ai tellement honte, soupire Murray Kravitz. Parfois, les clients me demandent si je suis de la famille, parce qu’ils reconnaissent les traits de mon visage. Je réponds que non, tellement j’ai honte. Avec une telle famille, je n’ai pas tant besoin d’ennemis... » Le climat qui règne au restaurant est totalement différent du temps où le fils du fondateur, Irving Kravitz, dirigeait l’entreprise, tient-il à préciser.

Charles Mendoza déplore le manque de respect et le harcèlement auxquels les employés, dont certains ont jusqu’à 52 ans d’ancienneté, sont confrontés quotidiennement. « La propriétaire va jusqu’à garder les tomates dans son bureau. Quand on en a besoin, on doit monter dans son bureau, prendre deux tomates à la fois et signer un papier attestant ce que nous allons en faire ! »

Sans grille-pain, sans chauffage

Pour Murray Kravitz, il est inconcevable qu’un restaurant comme Ben’s n’ait pas de grille-pain depuis deux ans. Le lave-vaisselle n’est pas fonctionnel non plus. « Nous n’avons même pas de savon pour laver les plats », renchérit-il, en ajoutant que ni le système de climatisation ni le système de chauffage ne fonctionnent convenablement. La température de la salle à manger, trop chaude en été, trop froide en hiver, a un effet direct sur l’achalandage, et donc sur les pourboires des serveurs.

« Tout est sale dans le restaurant, parce qu’il n’y a plus de concierge. Avant, il y en avait trois. Aujourd’hui, aucun ! », regrette M. Kravitz. Le manque de personnel s’applique aussi aux cuisines : le cuisinier termine son quart de travail à 22 h, alors que le restaurant est ouvert jusqu’à minuit. « Les serveurs doivent alors préparer les plats eux-mêmes », précise M. Mendoza.

« Nous ne savons pas quand nous retournerons à la table de négociation. Les employeurs et leurs avocats refusent de nous parler. Mais nous sommes prêts à maintenir le piquet de grève jusqu’à ce que l’employeur accepte de négocier ! », conclut Charles Mendoza, convaincu.

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