Gaz de schiste en France : 3 permis abrogés, il en reste 61 !

mardi 4 octobre 2011, par Maxime Combes

Le gouvernement français vient d’annoncer avoir saisi « le Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) en vue de l’abrogation des trois permis suivants : Nant (détenu par la société Schuepbach), Villeneuve-de-Berg (Schuepbach) et Montélimar (groupe Total) », effaçant ainsi la signature de Jean-Louis Borloo par laquelle ces permis avaient été attribués en mars 2010 dans l’opacité la plus totale.

C’est d’abord une victoire pour tous ceux qui se sont évertués à dévoiler l’ensemble des risques environnementaux, sanitaires et économiques que comporte l’extraction des gaz et huiles de schiste. En moins de 9 mois, des milliers de réunions publiques, tracts, panneaux d’information, communiqués, groupes Facebook etc. ont été les supports d’un véritable mouvement d’éducation populaire et citoyen, se réappropriant un sujet jusqu’ici confisqué. L’abrogation des trois permis résulte de ce rapport de force construit dans la société.

C’est ensuite un désaveu cinglant pour tous ceux qui ont affirmé que l’exploitation des gaz et huiles de schiste ne posaient pas de problèmes spécifiques. Ou bien qu’il était possible d’exploiter « à la française » sans engendrer les mêmes conséquences qu’aux Etats-Unis. Rappelons-nous qu’au printemps dernier, ministres et gouvernement ont été tentés par ce discours imprudent soufflé par les industriels pour « ne pas fermer définitivement la porte au gaz de schiste ». La porte vient de leur claquer sur les doigts.

C’est aussi un véritable camouflet infligé à l’administration du ministère de l’énergie. Lui demandant d’abroger des permis qu’elle a étudiés, validés et soutenus, le gouvernement démontre par l’absurde que quelques hauts-fonctionnaires du corps des mines ne doivent plus avoir la main sur la politique énergétique française. Et qu’à l’inverse, nous sommes collectivement en capacité de déterminer quelles doivent en être les grandes orientations.


C’est enfin l’occasion d’interpeller le gouvernement et sa ministre de l’Environnement :

61 autres « permis exclusifs de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux » restent valides ; comme le montrent les dossiers de demande, nombre d’entre eux font appel à la fracturation hydraulique ; ainsi en est-il des permis du bassin parisien visant l’exploration et l’exploitation d’huiles de schiste ; le communiqué du gouvernement précise que les détenteurs de ces 61 permis « n’ont pas prévu de rechercher des gaz et huiles de schiste ou y ont renoncé » et ont pris « l’engagement formel de ne pas recourir à la fracturation hydraulique » ; qu’attend-donc le gouvernement pour abroger des permis dont les détenteurs se contredisent entre leur dossier de demande et le rapport qu’ils viennent de transmettre à l’administration suite au vote de la loi du 13 juillet 2011 ?

Si la fracturation hydraulique est dangereuse et interdite en France, pourquoi ne le serait-elle pas en Europe ? Quelle est la cohérence politique d’un président de la République dont le gouvernement abroge trois permis en France et promet à la Pologne de ne pas « lui créer de difficultés sur les gaz de schiste » ? A quand un projet de directive européenne soutenue par le gouvernement français pour interdire la fracturation hydraulique en Europe ?

Le permis attribué à Total ayant été abrogé, pourquoi cette compagnie, dont le siège est situé en France, pourrait-elle poursuivre ses explorations et extractions de gaz de schiste dans d’autres coins de la planète, en Pologne, en Argentine et aux Etats-Unis ou encore en Chine ? Si la fracturation hydraulique est nocive ici, ne l’est-elle pas ailleurs ?


Première victoire, l’abrogation de ces trois permis en appelle d’autres.

Oeuvrant pour faire de l’énergie un bien commun de l’humanité, un mouvement pour une véritable transition énergétique s’est constitué en France.

Il n’est pas prêt de s’arrêter.

Laisser le gaz et le pétrole dans le sol, voilà une idée à creuser. Ici et ailleurs.


Voir en ligne : BastaMag


Maxime Combes est membre d’Attac France et de l’Aitec, et engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org).

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