Dossier économie et privatisation

G20 : les géants accouchent d’une souris

jeudi 30 avril 2009, par Bernard Élie

Succès médiatique et politique, la rencontre du G20 au début d’avril à Londres avait pour but d’enrayer la crise et d’empêcher à l’avenir sa reproduction. Le bilan est décevant. Les 20 pays les plus importants de la planète ne sont pas prêts à s’attaquer à la racine du problème en réglementant la sphère financière.

Les membres du G20 ont renouvelé leur volonté de restaurer la croissance et l’emploi par des politiques monétaires (réductions des taux d’intérêt et injections de liquidités) et des politiques budgétaires de relance (investissements dans les infrastructures et baisses d’impôts). La politique monétaire vise la reprise des crédits que les établissements financiers devenus trop craintifs n’offrent plus. Les banques centrales les inondent de liquidités, de comptant, pour les inciter à répondre aux demandes d’emprunts.

Bien sûr, il faut rétablir un système de crédit, mais faut-il remettre en place celui qui a provoqué la crise ? Certes, le G20 a dénoncé les paradis fiscaux, les agences de cotation, les fonds spéculatifs, la scandaleuse rémunération des cadres, donc les aspects les plus visibles, les plus crapuleux et les plus infects de la finance mondialisée. Mais rien ne touche vraiment les pratiques des établissements financiers à la source des dérives de ce petit monde.

Par exemple, la responsabilité des acteurs doit être établie. Ce principe fondamental a été abandonné depuis 25 ans. Concrètement, il faut que l’établissement financier initiateur d’un crédit en soit responsable jusqu’à son remboursement. En effet, il n’y a pas si longtemps, une banque qui accordait un prêt à une entreprise, après avoir évalué sa viabilité, surveillait sa bonne conduite en la suivant dans son évolution pour s’assurer ainsi de la préservation de la solvabilité de son débiteur et le recouvrement de sa mise. Jusqu’à l’éclatement de la crise, la banque pouvait retrouver sa liquidité sans attendre le terme du prêt accordé, donc elle n’avait plus à suivre l’emprunteur. Il s’agissait de regrouper plusieurs crédits (prêts à des entreprises, hypothèques, crédits de carte...) et d’émettre des titres d’emprunt reposant sur ces crédits regroupés. Ces titres adossés à des actifs permettent à la banque émettrice d’obtenir du comptant et surtout de transférer les risques de défaillances des premiers emprunteurs à d’autres acteurs financiers. Ces derniers peuvent décider eux aussi d’opérer de la même façon et émettant de nouveaux titres adossés à des actifs dont ceux achetés à notre banque. C’est la titrisation ! Après plusieurs montages financiers successifs, la titrisation nous fait perdre de vue l’origine du processus et les vrais risques encourus, d’autant plus que les agences de cotation les ont coté « AAA  », la même cote que celle reçue par la banque émettrice.

La politique budgétaire que l’on nous a servie est encore très néolibérale. Les déficits de nos gouvernements reposent sur des dépenses nouvelles et sur des baisses d’impôts. La réduction des impôts à terme, lorsque la crise sera terminée, implique obligatoirement une diminution des dépenses de programmes. Après l’impact négatif de la crise, le retour à des recettes fiscales «  normales », mais amputées des baisses des impôts antérieurs commandera nécessairement des dépenses de programmes réduites, dans une logique d’un déficit zéro, parce qu’il est hors de question d’augmenter les impôts.

De plus, les nouvelles dépenses, essentiellement dans les infrastructures, ne sont pas récurrentes et s’inscrivent dans une logique néolibérale. Autant à Ottawa qu’à Québec, les budgets de relance reposent sur des dépenses sans lendemain, en termes budgétaires, et dans une remise de l’initiative économique aux bénéficiaires des baisses d’impôts. Le rôle de l’État sera d’autant réduit. Construire des ponts, des autoroutes ou agrandir le casino ne conduisent pas au renforcement de l’intervention de l’État, bien au contraire. On ne s’occupe pas des fondements de la crise du capitalisme libéral et sauvage.

1 000 milliards du FMI et de la BM

Les membres du G20 ont décidé d’allouer 1 000 milliards au Fonds monétaire international (FMI) pour soutenir les efforts d’équilibre financier des pays membres et à la Banque mondiale (BM), chargée d’appuyer les investissements structurants. Les 750 milliards alloués au FMI sont en fait des crédits avancés par les pays riches qui pourront être utilisés par les pays pauvres en difficulté pour stabiliser la valeur de leur monnaie et pour maintenir un certain équilibre financier, particulièrement au niveau des mouvements des capitaux à court terme, plus volatils. Il s’agit donc d’accroître l’accès au crédit de certains pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est.

Au moins 250 milliards de dollars seront mis à la disposition de la BM au cours des deux prochaines années. Ces milliards permettront le financement des échanges commerciaux des pays pauvres, sous forme de crédits à l’exportation et de prêts aux agences locales d’investissement et aux banques multilatérales de développement. Rien d’extraordinaire, il s’agit de donner les moyens d’une relance, sous forme d’emprunts, à ceux qui en n’ont pas la possibilité. On ne connaît pas les conditions de ces prêts. Seront-elles les mêmes que celles imposées par le « Consensus de Washington » élaboré par l’administration du président Bush père avec la complicité du FMI et de la BM, en 1990 après la chute du Mur de Berlin ? Les fonctionnaires de ces institutions internationales auront-ils oublié le modèle économique néolibéral qu’ils ont appliqué avec tant de zèle, au malheur des pays du Tiers monde ?

Le nouveau Conseil de stabilité financière (CSF) qui succède au Forum de stabilité financière créé par le G7, il y a dix ans, sera plus important, mais aura-t-il une certaine influence ? Pas vraiment  : son rôle se limitera à surveiller les risques macroéconomiques et financiers et à conseiller le FMI. Aucun organisme n’est mis en place avec de vrais pouvoirs contraignants, les États-Unis ne tolérant pas d’être soumis à une institution extérieure. L’idée d’une gouvernance financière supranationale, voulue par la chancelière allemande Merkel et le président français Sarkozy, est abandonnée. Les États continueront à réguler leurs établissements financiers en espérant qu’ils appliqueront les règles décidées dans les grands forums internationaux.

Absence de volonté

Éliminer les abus les plus grossiers, les membres du G20 sont d’accord. Mais intervenir dans les mécanismes des marchés financiers par une véritable régulation contraignante, jamais.

La crise dans laquelle nous nous enfonçons est d’origine financière. La sphère financière depuis près d’un tiers de siècle a peu à peu acquis son indépendance de la sphère de production et a fini par dominer cette dernière. Autonome et libéré de réglementations tel que prôné par le modèle économique ultralibéral, le monde financier a sombré dans la spéculation et la croyance en son impunité.

Les milliers d’économistes formés dans ce modèle, qui ont cru en lui et qui l’ont imposé sur la planète depuis plus de 25 ans, n’ont certainement pas viré capot en quelque mois. Les économistes de nos gouvernements, de la Banque du Canada, de la Réserve fédérale des États-Unis, de la BM ou encore du FMI, sans oublier ceux du secteur privé et des universités, ne se sont pas transformés brusquement en défenseurs de l’intervention de l’État et en apôtres de la réglementation. Keynes et Marx ne sont pas au pouvoir, bien au contraire. Le capitalisme ultralibéral n’est pas encore dans la poubelle de l’Histoire.


L’auteur est professeur associé au Département de sciences économiques de l’UQAM. Une plus longue version de ce texte a été publiée sur le site www.economieautrement.org sous le titre « Le G20 et ses après ».

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