Autobiographie

Et la nuit est tombée, De la révolution victorieuse aux bagnes cubains.

jeudi 28 septembre 2006, par Jacques LÉTOURNEAU

C’est une histoire troublante. Dès 1959, au lendemain de la révolution cubaine, Huber Matos, compagnon d’armes de la guérilla est jeté en prison. Son crime ? Avoir remis sa démission et questionné le virage communiste que prenait la révolte cubaine contre la dictature. Cette histoire a fait l’objet de nombreux récits mais elle nous est cette fois-ci racontée par celui qui a vécu la révolution, du maquis jusqu’aux bagnes cubains. Ce témoignage n’est pas sans rappeler ce que bon nombre de militants progressistes ont dû subir au nom de la révolution et du socialisme !

La première partie est passionnante. Sans aucune prétention politique, l’auteur relate l’organisation sur le terrain du mouvement révolutionnaire. Il raconte comment, à la demande de Fidel Castro, il prend la direction de la 9e colonne qui mènera à la prise des villes de Santiago et de la Havane. Cet enseignant de profession qui participe au renversement du dictateur Batista se démarque particulièrement comme un fin stratège militaire tout en faisant preuve d’un courage remarquable.

Considéré comme un pilier de la révolution, Huber Matos est nommé gouverneur militaire de la province de Camagüey. Souhaitant vivement la tenue d’élections démocratiques dans le pays, il manifeste ouvertement son mécontentement auprès de Fidel Castro à propos du durcissement du régime et de ses accointances de plus en plus importantes avec les communistes. Son arrestation, qui coïncide avec la disparition mystérieuse d’un autre dirigeant de la révolution cubaine, Camilo Cienfuegos, sera suivit d’un procès spectacle où il sera jugé « traître à la révolution » et condamné à vingt ans de prison.

Ces années de détentions, il les vivra dans des conditions sordides où l’humiliation et les privations seront du lot des sévices imposés à un bon nombre de prisonniers politiques. À la suite de nombreuses pressions internationales, Hubert Matos sera finalement libéré.


Huber Matos. Traduit de l’espagnol par Anne Casterman, Paris, Les Belles lettres, 2006, 636 pages

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