La crise en Palestine

Entrevue avec Raji Sourani

mardi 21 mars 2006

Raji Sourani est le directeur du Centre palestinien des droits humains de Gaza. Entrevue publiée le 20 mars par le journal électronique bitterlemons.org

Quelles sont les conséquences de la séparation physique imposée entre Gaza et la Cisjordanie ?

Nous vivons comme deux peuples distincts. Nous sommes totalement déconnectés humainement, politiquement, socialement, économiquement. Même dans les périodes les plus noires de l’occupation, nous n’avons jamais vécu cela. Et la situation s’aggrave chaque jour.

Comment cela se vit au niveau de la population ?

Les familles sont séparées. Les étudiants de Gaza ne peuvent aller dans les universités de Cisjordanie et vice-versa. Les mariages ne peuvent se faire. C’est une relation très étrange.

En quoi cette situation constitue-t-elle un obstacle à la mise en place éventuelle d’un État palestinien ?

Je pense que cette idée devient une mission impossible. La séparation physique rend la constitution d’un État impossible. C’est ce qu’Israël entend imposer. Le but est d’empêcher la création d’un État palestinien.

Certains affirment Israël entend donner Gaza à l’Égypte et la Cisjordanie à la Jordanie...

C’est pire. Gaza est coupé du monde extérieur. Israël s’est redéployé, mais exerce son contrôle à 100% sur le territoire. C’est business as usual. Je pense que l’ouverture du point de passage de Kerem Shalom illustre la tendance. À partir de ce lieu, Israël exerce un contrôle économique total sur Gaza. Kerem Shalom est à l’intérieur d’Israël et ce sont les lois israéliennes qui s’appliquent. Toutes les importations et les exportations de Gaza passeront par là. En Cisjordanie, la situation est différente. Jérusalem est de facto annexée et Israël procède à un nettoyage ethnique avec des provocations croissantes contre les Palestiniens et la judaïsation de la ville. Les colonies s’accroissent chaque jour et empêchent la mise en place d’un État palestinien face à une Cisjordanie dont 60% du territoire est annexé et qui est segmenté en petits morceaux comme des bantoustans. Si la Jordanie voulait y exercer son contrôle, cela serait totalement différent de la situation qui existait avant 1967.

Pensez-vous Israël est en train de détruire l’idée d’un État palestinien indépendant ?

Cela découle naturellement du plan de désengagement. Israël demeure avec la capacité de décider sur le sort du peuple palestinien et de sa terre. Israël n’a jamais cru en un État palestinien. Il y a longtemps, Israël a décidé qu’il n’y avait pas d’interlocuteur palestinien, pas plus le Président Yasser Arafat qu’Abou Mazen. Depuis le désengagement, Israël a une nouvelle excuse avec l’élection palestinienne. Il faut rappeler que le plan unilatéral date de trois ans. Au départ, il fut formulé par Ehud Olmert et plus tard adopté par Sharon. L’adjoint de Sharon, Dov Weisglass, l’avait dit, le but est d’empêcher tout développement du côté palestinien et de rendre impossible la mise en place d’un État. Toutes les questions qui devraient être négociées sont évacuées, comme Jérusalem, les colonies de peuplement, le droit du peuple palestinien de mettre fin à l’occupation, etc.

Comment les Palestiniens peuvent-ils élaborer une stratégie cohérente dans ce contexte ?

On peut toujours diriger des attentats suicide à partir de l’internet ou des téléphones portables, mais on ne peut pas diriger un mouvement politique. Nous sommes donc dans une profonde crise. Mais même en prison, les Palestiniens sont capables de se prendre en main. C’est quand même difficile puisque le reste du monde accepte cette conspiration du silence et la suprématie de la loi de la jungle.


Raji Sourani est le directeur du Centre palestinien des droits humains de Gaza. Entrevue publiée le 20 mars par le journal électronique bitterlemons.org

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