Enjeux de développement local à Cuba

lundi 6 février 2006, par Tania VACHON

Cuba continue de souffrir d’un embargo de plus en plus sévère depuis l’arrivée au pouvoir de Bush aux Etats-Unis, laquelle s’est accompagnée d’un refroidissement des relations entre Cuba et l’Union européenne. C’est ainsi qu’au début des années 2000, la situation économique est devenue précaire et instable ; le principal partenaire économique de l’île, l’Union européenne, avec 40% des échanges commerciaux, révisait sa position diplomatique envers Cuba. L’industrie sucrière déclinait et obligeait une restructuration en profondeur d’une industrie jusqu’alors prédominante. Cette révision oblige Cuba à poursuivre dans une stratégie de modernisation et de planification nationale décentralisée en vue de répondre à ses besoins.

À une échelle macroéconomique, la réforme économique s’est traduite par des campagnes de séduction afin d’attirer les investissements étrangers surtout dans le domaine touristique, la légalisation du dollar américain, et la privatisation de larges secteurs agricoles et la petite entreprise privée. C’est ainsi que nous avons vu, dans le fort de la période spéciale, la mise sur pied de coopératives agricoles, ainsi que les petites entreprises familiales.

Dans les années 70 s’est établie la séparation politico-administrative qui persiste aujourd’hui dans un esprit de mettre en place une structure de développement national équilibrée. Cette séparation s’est basée fondamentalement sur des caractéristiques géographiques et physiques, la distribution de la population, la régionalisation économique, et les perspectives de développement des divers territoires.Le résultat de cette analyse a été la mise sur pied de provinces plus petites en 1976 (14 municipalités), des municipalités plus grandes (169 qui incluent les 15 de la Habana) et la suppression de l’instance intermédiaire régionale.

La création des organes locaux du pouvoir populaire, liés à ce processus, a représenté un effort de décentralisation de l’appareil étatique et le déplacement de la gestion des activités économiques et sociales sous l’égide municipale. Un autre moment important de la redéfinition stratégique du développement national a été l’extension des Conseils populaires, afin que le processus de gestion s’approche de la population à la base. C’est en 2000 que cette nouvelle structure a enfin été approuvée et mise sur pied.

Au milieu des années 90, la création de la Direccion por Objetivos (Direction par objectifs) vise à ce que des actions soient mises sur pied aux divers niveaux de gouvernement suite à des consultations populaires et des diagnostiques précis. Mais une étude réalisée en 1996 dévoile que plusieurs barrières freinent en fait le processus de gestion et d‘intégration des priorités des citoyens.

Malgré ces freins, les municipalités présentent néanmoins beaucoup de potentiel en mesure de favoriser les développements locaux, entre autres leur institutionnalisation, la culture participative cubaine et la présence d’une infrastructure de base. Les municipalités se trouvent dans une situation privilégiée pour jouer ce rôle de protagoniste mais plusieurs aspects de leur travail méritent d’être améliorés afin d’augmenter l’efficacité de leur intervention sur le terrain.

Il s’agit entre autres des capacités techniques et informatiques pour prendre des décisions avisées et au moment opportun, une plus grande flexibilité dans leur gestion, l’autorité suffisante pour mettre en place des acteurs et des actions stratégiques de développement local, un appui populaire actif qui s’exprimerait via une participation accrue de la population dans les activités d’auto transformation. La réalité fait en sorte que dans bien des territoires, les ressources locales et l’infrastructure sociale et organisationnelles sont insuffisamment utilisées. Le problème majeur est la difficulté de définir un mécanisme complet de planification qui, sans contredire les orientations stratégiques nationales, permette tout de même aux municipalités de jouer un rôle de protagoniste plus important dans la planification nationale grâce à une meilleure participation dans l’analyse des solutions aux problèmes du territoire.

L’introduction de nouvelles méthodes et styles de travail devient dès lors primordial, voire indispensable, lesquelles se doivent de traduire un projet commun de développement dans des temps réalistes pour permettre leur valorisation et constater leurs résultats.

Enfin, il nous faut renforcer la capacité de gestion des structures territoriales du pouvoir. Il faut reconnaître la pertinence de concevoir les municipalités comme des outils du développement local et du savoir local et profiter des potentialités du territoire de façon intégrale afin de réduire la pauvreté et de travailler en faveur d’une meilleure gouvernance et plus grande transparence.

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