En direct de l’Irak

Erbil, Irak, 28 mars 2003.

vendredi 28 mars 2003, par Susan HARVIE

Au terme de la première semaine de guerre en Irak, quelques rares personnes sont retournées chez eux à Erbil,, une petite ville du Kurdistan irakien, tout à côté de la frontière près de Mosul. Pendant ce temps, les bombardements au nord et surtout ceux plus importants encore autour des champs de pétrole de Kirkuk et Mosul, tout autant que les nombreux incidents à la frontière Irak-Kurdistan, ont convaincu une bonne partie de la population que la campagne est encore le plus sécuritaire des endroits. Toutes les écoles et universités, un grand nombre des bureaux, de commerces et d’autres centres d’affaires d’Erbil sont toujours fermés.

Via le petit écran, les habitants du Kurdistan irakien ont été témoins des efforts pour sécuriser la petite ville de Oum Qasar, d’une population de 4 000 personnes, que la plus grande force militaire jamais déployée dans le monde a dû fournir pendant plus de quatre jours. Le pressentiment, des résidents d’Erbil, que cette guerre allait en être une longue et difficile, s’est ainsi vu confirmé. Qu’est ce que ce sera à Bagdad où la population est mille fois plus nombreuse et beaucoup plus forte et déterminée à se battre ? se demandent-ils. Certes, l’inquiétude pour la famille et les amis qui se trouvent dans la capitale s’est accrue, et si en définitive tous souhaitent voir la fin du régime de Bagdad, personne cependant ne veut que cela se fasse rapidement et sans difficulté. « Nous ne voulons pas que les Américains croient qu’ils peuvent occuper facilement notre pays et prendre notre pétrole. Nous voulons leur faire savoir que nous allons nous battre pour notre souveraineté et le contrôle de nos ressources », affirme l’un des hommes rassemblés près du téléviseur.

Mercredi [26 mars], le Parti démocratique kurde a annoncé que la Turquie avait renoncé à envahir le Kurdistan irakien en contrepartie des 8 milliards de dollars que les États-Unis ont promis de leur verser. Si cette nouvelle a été accueillie avec soulagement, peu nombreux sont ceux qui pour autant sont près à faire confiance à la Turquie. À cela, s’ajoute toute une série de déclarations des porte-parole américains et britanniques, auxquelles personne ne porte foi. Ainsi aucun n’a cru au soulèvement de Bassora. « Nous sommes pris entre deux menteurs : Saddam Hussein et George W. Bush », soutient une autre habitant d’Erbil.

Hier [27 mars], le premier grand contingent de troupes américaines est arrivé au Kurdistan irakien, suposément pour mater une guérilla accusée par Washington d’avoir parti lié avec Al Quaïda. Mais pour le peuple kurde irakien, les militaires sont aussi là pour ouvrir un second front à partir du nord, et se demande si l’armée turque ne sera pas finalement appelée en renfort. Si tel était le cas, les Turques prendraient-ils alors avantage de cette opportunité pour essayer d’occuper la région ?

Ainsi, après une semaine de guerre, les Kurdes irakiens continuent de regarder au-dessus de leurs épaules, comme ils l’ont fait pendant des années, se demandant, inquiets, si l’armée irakienne n’allait pas les attaquer au sud, et l’armée turque au nord. On va même jusqu’à se demander si la fin de cette guerre ne sera pas autre chose que le début d’un autre conflit. Celui de la lutte pour la souveraineté du peuple irakien et le contrôle des ressources irakiennes.


Susan Harvie revient d’une mission d’Alternatives dans le nord de l’Irak, où il a consolidé les bases du programme d’urgence d’Alternatives.

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