Elle est pour ou contre la révolution cette guerre ??

mardi 22 mars 2011, par Michel LAMBERT

Depuis quelques jours, les frappes aériennes se poursuivent en Libye. La communauté internationale, représentée ici par les États-Unis, la Grande Bretagne et la France ont entrepris une nouvelle guerre aux objectifs obscurs d’où, déjà, il apparaît impossible de s’extirper. Nouvel Irak ? Nouvel Afghanistan ? Une seule chose de claire, on apprend décidément rien de l’histoire…

Pendant ce temps, chez nous, on s’inquiète de la couleur des nouveaux souliers du Ministre Flaherty... Steven Harper vient de lancer le pays sur un nouveau front armé alors qu’aucune porte de sortie ne se présente du côté du guet-apens Afghan et de façon incroyable, les Partis de l’opposition à Ottawa acceptent de se faire dire que la Chambre sera consultée si et seulement si la guerre perdure au delà de trois mois...

Si la situation n’était pas si surréaliste, on pourrait croire que l’absence de débat implique qu’il y a consensus sur la finalité de l’action. Mais comment croire à un tel consensus quand personne n’est à même d’expliquer le sens de cette guerre ?

Il s’agirait apparemment de sauver les milliers d’innocents qui souffrent de la répression du Colonel Khadafi. Mais cette hypothèse ne tient pas la route. La République démocratique du Congo par exemple a souffert d’une guerre de 5 millions de morts entre 1998 et 2006… guerre qui perdure en passant… sans qu’un tel arsenal militaire ne soit utilisé , voir même évoqué, pour arrêter la boucherie. Plus récemment, les populations civiles du Bahreïn ont aussi subi la répression des autorités de leur pays appuyées par celles de l’Arabie Saoudite et tous ont regardé de l’autre côté. La « communauté internationale » voit comme toujours ce qu’elle choisi de voir.

Alors il s’agirait peut-être d’appuyer une révolution populaire comme celles en Égypte ou en Tunisie ? Mais en Libye, on est loin des images de la place Tahrir. Pas seulement parce que le Colonel Khadafi est plus déterminé et parce que là-bas l’armé a choisi d’attaquer contrairement à la Tunisie et à l’Égypte ; mais aussi parce que les « populations civiles » ne sont pas qu’armées de chants et de lance-pierres et surtout, que le tissu du pays fait davantage penser à l’Afghanistan. Il s’agit d’un système quasi féodal avec ses tribus, ses maîtres de guerre et surtout, son potentiel de complexification d’un conflit qui pourrait facilement dégénérer d’une façon que peu peuvent prédire

Alors pourquoi ???

Certains observateurs évoqueront rapidement le pétrole libyen, d’autres plus cyniques encore parlent de plus en plus d’en finir avec ce printemps arabe incontrôlable qui sans cesse cherche à de se reproduire au delà de la petite Tunisie. Une « bonne guerre » et quelques milliers de morts pourraient sans doute faire réfléchir les tenants de la prochaine révolution… Ce qui est clair, c’est que le clan impérialiste a été largement dépassé par les récents événements dans le monde arabe. Barak Obama notamment fut très critiqué pour ce que certains ont qualifié de laxisme pendant le chapitre égyptien… Khadafi leur offre à présent une extraordinaire porte de sortie pour reprendre le contrôle du jeu.

Reste à savoir s’ils ne seront pas à nouveau dépassés par ce nouveau chaos qui pourrait facilement embraser toute la région. Chez nous, reste à voir comment il est possible que nous acceptions d’être mêlés à ces nouvelles horreurs sans que nos politiciens n’agissent.

À propos de Michel LAMBERT

Co-fondateur en 1994 puis Directeur général d’Alternatives entre 2007 et 2020, Michel Lambert fut Président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale de 2017 à 2020. Il a travaillé au rapprochement des groupes et organisations de la société civile, d’ici et d’ailleurs pour la promotion des principes de la démocratie, de l’égalité et de l’équité pour tous.

Il a tour à tour développé plusieurs des programmes de solidarité internationale d’Alternatives en plus de lancer et animer de multiples campagnes de justice sociale au Québec et au Canada. Il a dirigé l’antenne d’Alternatives en République démocratique du Congo entre 2002 et 2005 avant de prendre la direction de l’organisation en 2007.

Michel Lambert fut membre du Conseil de Gouvernance d’Alternatives International , du Conseil d’administration d’Alliance syndicats et tiers-monde. Il a aussi été membre des Conseils de l’AQOCI entre 2009 et 2013, de l’Association pour le progrès des communications (APC) entre 2008 et 2011 puis entre 2017 et 2020 et de Food Secure Canada entre 2009 et 2012

Il a représenté Alternatives au Conseil International du Forum social mondial et au sein de diverses coalitions québécoises et canadiennes dont notamment, les coalitions Pas de démocratie sans voix, Voices/voix. le Réseau québécois de l’intégration continentale - RQIC et plus récemment au comité de coordination du Front commun pour la transition énergétique .

Michel Lambert a joué un important rôle de mobilisation et de construction lors du Forum social des peuples tenu à Ottawa en août 2014 .

En 2018, il confondait Cultiver Montréal, le réseau des agricultures montréalaises.

En 2020, il a contribué à la création du FISIQ, le Fonds d’investissement solidaire international du Québec.

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