Enjeux

Élevage porcin et développement durable à Cuba

dimanche 12 février 2006, par Tania VACHON

Cuba est un pays dont les ressources naturelles sont restreintes et qui a connu de sévères restrictions financières et économiques depuis l’imposition du blocus. Son économie se caractérise par la monoculture et la dépendance. Compte tenu du blocus qui perdure, la production de viande porcine est devenue l’une des principale source alimentaire nationale, ce qui en fait une activité généralisée pratiquée sans réglementation. Cette production vitale a néanmoins des effets environnementaux pervers importants.

À Cuba, la production porcine spécialisée est une économie en soit. Elle a connu une croissance accélérée jusqu’à la fin des années 80. Influencée par la période spéciale, cette production a diminué au sein du secteur étatique spécialisé, et a lentement augmenté dans le secteur non spécialisé, fondamentalement composé des petits producteurs du monde rural où aucune réglementation protège l’environnement. Avec la période spéciale, les centres conventionnels de traitement des résidus ont lentement perdu de leur efficacité vu l’absence des moyens de les entretenir, les installations se sont détériorées et les équipements utiles ont été re-localisés pour répondrent à d’autres besoins plus pressants. Aussi, les petits producteurs, devant la rareté de la viande porcine, se sont-ils mis à élever ces animaux. La production porcine dans les entreprises spécialisées atteint les 50 000 tonnes. Ce type de viande est l’une des plus économiques des systèmes productifs cubains car la politique de l’État organise et garantie sa production. En 2003, les petites productions porcines qui ont des ententes avec leur entreprise provinciale ont produit 25 000 tonnes de viande de porc, ce qui représente plus de 60% de toute la production alimentaire nationale de ces entreprises spécialisées. Cette pratique se fait donc depuis 20 ans au moins à Cuba.

Une solution possible à ce problème environnemental et sanitaire est l’emploi de bios digesteurs des résidus organiques porcins. Ces bios digesteurs peuvent être de différents types et s’adapter à différentes conditions de travail. Ils ont en fait plusieurs avantages : ils traitent les résidus organiques, ils génèrent du gaz et produisent aussi du fertilisant pour les cultures agricoles. L’évaluation de ces deux sous-produits du bio digesteur est d’un grand intérêt puisqu’elle augmente la valeur ajoutée au système de traitement.

Le problème vient entre autres du fait qu’il n’existe pas encore de système ou de mécanisme de traitement des résidus dans les systèmes productifs des petits paysans et des coopératives ou encore des entreprises porcines provinciales. Il n’existe pas non plus de mécanisme de recyclage. Cette réalité apporte des effets durables tels que la contamination de l’environnement avec les conséquences que nous savons pour la santé humaine et animale. Ne pas compter sur des systèmes de traitement des résidus entraîne potentiellement l’apparition de plus de 100 maladies d’origine hydraulique.

De plus, Cuba souffre d’un déficit énergétique considérable. Cette réalité est d’autant plus importante dans les secteurs paysans où les habitants dépendant du bois pour cuisiner, ce qui se fait de plus en plus difficilement vu la déforestation progressive qui résulte de cette dépendance. Dans les secteurs paysans peu alimentés en électricité, le bois occupe une place fondamentale pour la combustion domestique. Il s’en consomme donc surtout en milieu rural. Le pays n’a pas non plus les ressources financières pour importer les fertilisants indispensables à l’agriculture.

Cela dit, il semble urgent dans ce contexte précis de développer des méthodes efficaces et peu coûteuses de traitements des excréments porcins, traitement qui réduit la contamination dont sont victimes les humains et les animaux et qui produit à la fois énergie et fertilisants. Le projet vise à introduire des bios digesteurs dans 400 foyers et d’évaluer l’usage qu’il en font afin éventuellement de reproduire l’expérience dans d’autres villes où l’activité porcine est significative. Il existe à Cuba un potentiel de 2500 petites unités porcines où l’installation d’un bio digesteur serait favorable en considération du nombre de têtes animales.

Vous avez aimé cet article?

  • Le Journal des Alternatives vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.

    Je donne

Partagé cet article sur :

  •        
Articles de la même rubrique

Articles d’Alternatives

Les gilets jaunes de France : six mois de lutte (2/2)

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles du même auteur

Tania VACHON

Un été libanais

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles sur le même sujet

Nos analyses

And if Montreal became the epicentre of the Alter-Globalist movement…

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Je m’abonne

Recevez le bulletin mensuel gratuitement par courriel !

Je soutiens

Votre soutien permet à Alternatives de réaliser des projets en appui aux mouvements sociaux à travers le monde et à construire de véritables démocraties participatives. L’autonomie financière et politique d’Alternatives repose sur la générosité de gens comme vous.

Je contribue

Vous pouvez :

  • Soumettre des articles ;
  • Venir à nos réunions mensuelles, où nous faisons la révision de la dernière édition et planifions la prochaine édition ;
  • Travailler comme rédacteur, correcteur, traducteur, bénévole.

514 982-6606
jda@alternatives.ca