Église Verte : Quand la foi inspire l’écologie

vendredi 10 mai 2013, par Thomas Scorticati

La protection de l’environnement est sans doute l’un des enjeux les plus importants du XXIème siècle. Même la religion se mêle à la partie et inspire des mouvements écologiques. Le programme Église Verte en est un exemple. Sa mission est de promouvoir le respect de l’environnement au sein de la communauté chrétienne partout au Canada et particulièrement au Québec.

« L’erreur probable de l’Église est qu’elle est restée longtemps silencieuse face au progrès scientifique et à la protection de la nature », estime Norman Lévesque, directeur d’Église Verte. En 1951, le débat avait été soulevé avec le discours du pape Pie XII, mais sans grands bouleversements.

Toutefois, l’arrivée du nouveau pape en avril dernier pourrait changer la donne. En effet, le choix du nom de Jorge Mario Bergoglio, qui a choisi François comme nom en référence à Saint-François d’Assise, pourrait témoigner d’un souci environnemental. L’historien Lynn White, pourtant très critique de la tradition judéo-chrétienne sur l’exploitation de la nature, voit en François d’Assise le Saint-Patron de l’écologie. Les catholiques écologistes espèrent ainsi que l’environnement sera bientôt au cœur des débats au sein du Vatican.

Un programme sur plusieurs fronts

L’Église Verte n’est pas une Église à proprement parler. C’est un programme émanant du Centre canadien d’œcuménisme. Norman Lévesque, qui est aussi climatologue et auteur du livre Les pages vertes de la Bible, concentre son travail autour de trois axes : les actions, la sensibilisation et la spiritualité. « Ce programme est déjà assez ample et c’est pourquoi nous avons décidé de ne pas être proche du politique et nous limitons notre travail à la communauté chrétienne », précise-t-il.

Le volet Actions propose six catégories d’actions environnementales aux églises membres du programme : efficacité énergétique, transport durable, alimentation responsable, économie d’eau, réduction des déchets et entretien extérieur.

La géothermie y est mise de l’avant afin d’améliorer l’efficacité énergétique des églises. « En plus d’être bénéfique pour l’environnement, cette technique est économique sur le long terme. Elle représente une des solutions envisageables pour faire face à la crise que connaît l’Église » commente M. Lévesque.

Les églises membres peuvent devenir partenaires du réseau d’agriculture soutenue par la communauté (ASC), un projet coordonné par Équiterre. L’ASC permet aux citoyens d’être partenaires d’une ferme locale. Ils achètent à l’avance les paniers de fruits et légumes et ceux-ci peuvent être récupérés de façon hebdomadaire à différents points de chute, dans ce cas-ci, aux Églises partenaires.

Le citoyen n’étant pas le seul responsable de la crise écologique, l’Église Verte travaille à sensibiliser les églises du Québec elles-mêmes pour favoriser la protection de l’environnement. « Les ondes électromagnétiques, par exemple, sont des polluants qui pourraient être une cause de cancer, estime Norman Lévesque, C’est pourquoi l’Église Verte met en œuvre une campagne de sensibilisation contre les antennes-relais posées sur les clochers des églises. »

Une action qui n’est pas isolée dans la communauté religieuse

L’Église Verte concentre son travail autour de la sensibilisation environnementale des citoyens catholiques et des églises. Mais d’autres organisations religieuses se sont données pour rôle de dénoncer les entreprises prédatrices de l’environnement.

Le Regroupement de la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) est un regroupement de communautés religieuses. « La Fondation, non partenaire de l’Église Verte, a pour but de surveiller où va le financement des grosses entreprises du Québec, explique Norman Lévesque, Par exemple, le RRSE a contribué, par son programme de sensibilisation, à annuler la construction de la centrale thermique du Suroit. Elle mène aussi des luttes contre l’exploitation des gaz de schiste. »

Parce qu’il s’agit d’un programme religieux, l’Église Verte se doit d’avoir un axe spiritualité en faveur de la nature. Pour encourager les Chrétiens à respecter la Création, elle recense des prières et des liturgies sur son site web allant en ce sens.

Le spirituel ne s’arrête cependant pas qu’aux prières. « D’ici 2014, l’Église Verte espère que le Québec participera au Temps pour la Création du 1er septembre au 4 octobre » annonce son directeur. Cette action est un mouvement social religieux venant d’Europe. Durant cette période, le mouvement organise des prières, des conférences, des débats et des animations pour les jeunes afin de faire surgir une conscience nouvelle pour répondre aux défis futurs.

Agir local, penser global

L’agroécologie est autonome, réduit les impacts sur le climat et favorise les marchés locaux. Pour Pierre Rabhi, agriculteur et essayiste franco-algérien, l’agroécologie ne peut qu’améliorer les relations Nord/Sud. Cela permettrait aux pays du Sud d’être moins dépendants des pays industrialisés, d’avoir des terres moins polluées et d’offrir des produits agricoles au niveau du coût de la vie des pays en développement, d’après la Fondation Pierre Rabhi. Il est urgent de changer ce dogme d’une croissance infinie, de reconsidérer ce qui unit l’homme à la terre et de ne plus considérer la planète comme un immense entrepôt, souligne Norman Levesque.

« Nous incitons les Églises à consommer au Québec quand le produit est disponible dans la région, explique le directeur, Il est inutile de consommer du vin liturgique acheté en Californie quand il est disponible au Québec. »

L’Église Verte n’intervient pas directement dans les pays du Sud, puisqu’elle concentre son travail au Canada et particulièrement au Québec. « Mais la mondialisation a ses bienfaits. C’est un bel avantage que les citoyens du Nord puissent consommer du café équitable et que les citoyens du Sud puissent consommer du sirop d’érable équitable, pense le climatologue, Le libre-échange n’est pas le véritable problème de cette crise. Le problème, c’est que les individus sont au service de l’économie. Il ne faut pas oublier que l’économie est un moyen, et non une fin. »

L’Église Verte met tout en œuvre afin d’éveiller les consciences chrétiennes sur l’importance de la nature. La crise écologique touche plusieurs facettes de notre société : économique, sociale et même religieuse, constate Norman Lévesque. « L’Église Verte a pour rôle de traduire le langage écologique issue de la science, en langage religieux », résume-t-il.


Pour en savoir plus sur la fondation Pierre Rabhi : http://www.fondationpierrerabhi.org

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