Education de la résistance

vendredi 29 octobre 2010, par Christophe Bocquin, Elie Octave


« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque tout seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. » Paulo Freire – Pédagogie des opprimés

Le forum social mondial de l’Education s’ouvrait à Ramallah en Palestine le jeudi 28 octobre. A la fin de la première journée de cette initiative portée par une coordination d’organisations venues du monde entier, la troupe Al-Rowwad, venant du centre culturel du même nom situé au camp d’Aïda en banlieue de Bethléem. animait la soirée au Ramallah Cultural Palace.
Au programme, la danse traditionnelle Dabké : sons, lumières, soies multicolores, ombres, courbes, et chocs du pas des danseurs sur le parquet de la tribune foulée, quelques heures plus tôt, par le Palestiniens Mustafa Barghouti et la Brésilienne Moema Miranda. Cette fête était loin d’être anecdotique, puisque dès le lendemain, une série de démonstration exposaient parfaitement toute l’importance de la culture qui, sous de multiples formes, maintient la présence de la Palestine.

La journée du 29 Octobre 2010 , premier jour des activités auto-gérées, a démarré , à Ramallah, par un match de foot organisé par la fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) sous le thème « un autre football est possible ». Ce match de foot aux règles atypiques a pour but de former des professeurs et éducateurs à des méthodes novatrices et pédagogiques pour utiliser le football et le sport en général dans l’éducation. « C’est un match où chaque joueur d’une équipe a un brassard autour du bras. S’il marque un but, il y accroche son brassard. Il ne peut ensuite plus marquer de but, mais seulement faire marquer les autres. L’équipe qui gagne est celle où chaque joueur a accroché son brassard, c’est-à-dire où tout le monde a marqué un but », explique Bruno Cremonsi de la FSGT. Malgré une certaine difficulté à faire comprendre ces règles aux enfants dans un laps de temps aussi court, les membres de l’atelier ont cherché à montrer une image diamétralement opposée du lieu commun du foot business. La FGST a également insisté sur l’importance pour les professeurs de jouer avec les enfants, pour ne pas provoquer d’exclusion. Un professeur d’une école de Ramallah y répond « Nous sommes habitués à jouer avec les enfants. Pendant la seconde Intifada, des snipers israéliens ont tiré à plusieurs reprises lorsque les enfants jouaient. Depuis, on est obligé de venir jouer avec eux car ils ont peur. Alors on rêve du jour où ils seront libres et où ils pourront jouer sans nous ».Entre la théorie d’une nouvelle forme d’activité pédagogique, la réalité du terrain et une situation géopolitique particulière, il existe parfois un palier infranchissable.

La journée s’est poursuivie par une représentation en plein air de la Palestinian Circus school. Ce spectacle a clôturé la tournée estivale de l’unique troupe de cirque palestinienne, entouré de l’association espagnole Festiclown pour l’occasion. Les numéros de jonglage, d’acrobatie et de trapèze remplis d’humour réalisés par des jeunes de 8 à 16 ans ont enjoué la foule venue nombreuse pour l’occasion. L’entraineur et membre fondateur de la troupe Shadi Zmorrod, raconte que « La troupe existe depuis 3 ans mais cela fait longtemps que nous rêvons de créer une structure de cirque en Palestine. Nous avons commencé au départ en faisant jongler des enfants avec des oranges dans les rues de Ramallah. Petit à petit, nous nous sommes structurés et aujourd’hui nous tournons dans 5 villes de la Cisjordanie. C’est un rêve qui est devenue une réalité ». La troupe ne cesse de s’agrandir et devrait bientôt emménager dans de nouveaux locaux avec une vraie salle d’entrainement à l’université Bir Zeit. Le cirque permets aux enfants de la troupe d’exprimer leur colère comme leur joie, et de créer de véritables espaces de liberté dans un territoire occupé. L’entraineur de la troupe, Shadi Zmorrod souligne qu’il « préfère voir les enfants jongler avec des pierres que de les jeter ».
La journée s’est clôturée comme la veille, par une représentation de Dabké, réalisée par la troupe Al Rowwad. Ce spectacle n’est pas un amusement offert aux enfants mais une véritable troupe de danse professionnelle composée de jeunes refugiés agés de 4 à 18 ans, qui réalise des tournées en Europe et en Amérique du Nord.

Le centre Al Rowwad ne se limite pas à la danse ; la photographie, le théâtre et le cinéma - avec notamment un festival de films projetés directement sur le mur qui entoure le camp - font partie du programme « Belle résistance » . Le fondateur et directeur d’Al Rowwad, Abdelfattah Abusrour, qui est né dans le camp nous explique ce qui a été à l’initiative de la création du centre et de ses programmes culturels par ces quelques morts « La seule image que l’on projette des palestiniens à l’étranger était celle de terroristes. Je ne pouvais accepter ce déni de notre humanité, et mettre en avant notre culture comme véritable outil de résistance a été, et est toujours, l’objectif principal du centre Al Rowwad ».

L’irréductible culture Palestinienne est la preuve éclatante d’un irréductible devenir. Les conférences et les ateliers du Forum mondial de l’Education en Palestine fournissent un témoignage supplémentaire de cette réalité, à la différence que, cette fois-ci, c’est au monde entier de s’en apercevoir.

La 168ème mission civile dans laquelle sont investis une dizaine de militants de la CUP (coordination universitaire pour la Palestine) est pleinement investie dans ce travail de résistance. Nous sommes à notre tour les hôtes des Palestiniens que nous avons reçu lors du Festival Printemps Palestine - organisé en Île de France, et dans plusieurs villes françaises depuis deux ans. Notre prochain Festival, qui se tiendra en Avril 2010 saura renforcer les liens transversaux entre la France et la Palestine et mettre en avant la culture comme outil de résistance.

Vous avez aimé cet article?

  • Le Journal des Alternatives vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.

    Je donne

Cet article est classé dans :

Partagé cet article sur :

  •        
Articles de la même rubrique

Articles d’Alternatives

Les gilets jaunes de France : six mois de lutte (2/2)

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles sur le même sujet

Palestine

Criminalisation du mouvement social : la solidarité avec la Palestine aussi

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Je m’abonne

Recevez le bulletin mensuel gratuitement par courriel !

Je soutiens

Votre soutien permet à Alternatives de réaliser des projets en appui aux mouvements sociaux à travers le monde et à construire de véritables démocraties participatives. L’autonomie financière et politique d’Alternatives repose sur la générosité de gens comme vous.

Je contribue

Vous pouvez :

  • Soumettre des articles ;
  • Venir à nos réunions mensuelles, où nous faisons la révision de la dernière édition et planifions la prochaine édition ;
  • Travailler comme rédacteur, correcteur, traducteur, bénévole.

514 982-6606
jda@alternatives.ca