Douarnenez, émotion et solidarité internationale en Bretagne

mardi 22 septembre 2009, par Bernard DREANO

Le 32e festival du film de Douarnenez a accueilli du 22 au 29 août « les peuples du Caucase ». Tout les ans en effet ce très beau petit port de pèche de la pointe occidentale de la Bretagne présente des films de fiction ou documentaires, tout nouveaux ou très anciens, illustrant la vie et la culture de peuples du monde. L’an dernier c’était le Liban, les années précédentes les peuples colonisés, les milles et unes Bretagne ou les peuples des Balkans, et aussi auparavant les Noirs américains, le Kurdistan, les Palestiniens, les Maoris, etc. sans oublier les Basques ou les Occitans et les cousins celtes (Irlande, Galles, Ecosse)… Tout a commencé avec les Québécois en 1978.

Yves Jardin, l’un des participants de la première heure raconte la genèse : le rapprochement de militant de la culture bretonne et de l’audio-visuel, qui ont décidé de montrer l’expression de peuples qui, sont « dans une situation proche de celle des bretons d’une manière ou d’une autre ». Ainsi ce « festival du film des minorités » a commencé avec le Québec. La notion de minorités étant trop restrictive, le festival est devenu dix ans plus tard celui « des peuples ». Une manifestation construite sur l’engagement des habitants de Douarnenez et de sa région, des dizaines et des dizaines de bénévoles, les participants, cinéastes, universitaires, militants des régions et pays invités, étant logés pour la plupart chez les habitants de cette petite ville de 17 000 habitants. Douarnenistes ou voisins qui se pressent par centaines à chaque projection, chaque débat, chaque fête le soir sur la place de la mairie… avec forcément à chaque édition un de ces merveilleux Fest-noz (fête de nuit), comme on sait faire en Bretagne.

Au total des milliers de personnes pour une manifestation culturelle populaire qui, comme d’autres en Bretagne, se veut « éco-citoyenne » et s’appuie sur un milieu associatif très vivant et plutôt progressiste dans la région, comme par exemple les écoles Diwan crée par des citoyens pour défendre l’apprentissage de la langue bretonne. Après des décennies de municipalité de gauche à direction communiste, cette coloration du festival n’avait pas trop plus à la nouvelle équipe de droite élue en 2008, qui avait boycotté l’édition annuelle. Compte tenu de la mobilisation populaire autour du festival et de son réel impact économique dans une ville frappée par la crise de la pèche et des conserveries de sardines, la mairie, revenue à de meilleures attentions, a salué le festival 2009 et apporté un soutien (modeste).

Si l’édition 2009 avait pour thème principal le Caucase (nord et sud), il y avait aussi des thèmes annexes, une filmographie consacrée comme chaque année à la Bretagne, un hommage au cinéaste américain Robert Kramer, et une programmation consacrée au « monde des sourds » s’achevant par un fabuleux banquet caucasien en plein air où la plupart des toasts célébrés étaient à la manière géorgienne … en langage des signes (et traduits en langues des entendants russe et français) !

32 festivals c’est déjà une génération. Louarn Hoël, jeune trentenaire qui se définit comme « une enfant du festival » (ses parents étaient parmi les fondateurs, elle fait partie des bénévoles du festival depuis qu’elle à quatorze ans), raconte comment ce festival ouvre sur le monde et sur soi même, avec ses grands moments de solidarité et d’émotions comme au fil des années précédentes « cette visite des aborigènes d’Australie aux habitants de l’Ile de Sein voisine, les Kurdes enchaînant leurs danses et les danses bretonnes si proches, l’échange des âmes avec les Maoris », et toutes ces rencontres « qui donnent confiance dans les gens ».

Cette année Natalia Estemirova dirigeante de l’association de défense des droits de l’homme Mémorial de Grozny (Tchétchénie) était l’une des principales invitées du festival. Elle a été assassiné le 16 juillet, et quelques jours plus tard Zarema Rayana Sadoulaeva et son mari, de l’association tchétchène « sauvons les enfants » étaient tués à leur tour sans doute par les mêmes sbires de Razmir Kadirov « l’émir » que Vladimir Poutine à chargé de contrôler la Tchétchénie ! Le festival a réussit à la dernière minute à faire venir d’autres militants associatifs tchétchènes. A Douarnenez les liens établis avec la Tchétchénie, et plus généralement le Caucase datent déjà de plusieurs années (notamment au travers du soutien à la caravane Babel-Caucase de 2006, à l’accueil de réfugiés, etc.) et lors de la soirée en hommage à Natalia et Rayana Caroline Troin, co-directrice du festival, exprimait au non de tous « notre rage et notre volonté que ça continue ».

Emotions, débats, échanges, auxquels participaient notamment de jeunes militants du réseau Helsinki Citizens’ Assembly (HCA) de Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan) et films magnifiques : cette année comme les autres années le festival donnait à comprendre, à ressentir et à aimer, à être solidaire.


Voir en ligne : Le Festival de Douarnenez


Bernard Dreano travaille avec le Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim). Il est aussi animateur de l’Assemblée européenne des citoyens, branche française du réseau international Helsinki Citizens’ Assembly (HCA)

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