Journal des Alternatives

Dossier : Après le travail, les vacances

La rédaction, 2 août 2019

Chaque été, c’est le même bal qui recommence. Les valises poirotant aux tourniquets d’aéroport ; des escapades consommées sur le pouce ; l’air chargé en aventures qui nous enivre et nous étourdit. Or, les scientifiques, eux, ont les idées claires : pourvoyeur d’emplois et de prospérité, le tourisme de masse porte cependant atteinte aux écosystèmes et à notre tissu social.

Annuellement, quelque 1,4 milliard de voyageurs s’envolent, nagent, découvrent et s’émerveillent d’un bout à l’autre du globe. En 1960, ils n’étaient que 70 millions. Les chiffres ne trompent pas. L’industrie du tourisme a le vent en poupe, propulsée par une classe moyenne qui n’a de cesse de s’accroître. Il aura fallu des siècles avant qu’une redéfinition du modèle d’affaires et la convergence de facteurs macroéconomiques favorables n’ouvrent les portes de l’industrie. Et aujourd’hui, il est plus que temps d’en refermer l’embrasure.

Fut une époque où le tourisme se vendait comme un gage de distinction, une extravagance que seuls se permettaient les plus nantis. Or, fidèle à elle-même, l’histoire semble se répéter. Nonobstant sa massification, le tourisme n’a jamais mieux porté la marque de l’exubérance. Détérioration des écosystèmes, rejets excessifs de CO2 par le trafic aérien et appauvrissement des conditions de vie des locaux : en dépit de puiser dans les poches des individus, voyager affiche désormais un coût d’un ordre bien plus préoccupant. Pis encore, la dette écologique dans laquelle nous nous enlisons aveuglément n’est endossée par personne. Ni les touristes, épris d’égoportraits et de confort, ni les entreprises, avares de rentabilité, ne prennent de mesures conséquentes à la grandeur du problème. Premiers à s’insurger contre le tourisme de masse et ses conséquences, les résidents de villes européennes ont peine à se défaire de cette industrie dont ils sont devenus économiquement tributaires.

Dans une autre perspective, alors que la plupart d’entre nous profitent de leur congé d’été, prenons un instant pour méditer sur ce que signifie réellement le concept de vacances. Les deux semaines passées dans un tout-inclus aux subtils relents colonialistes rentabilisent-elles les cinquante autres de surmenage physique et intellectuel, attendues de notre économie capitaliste ? Ingénieusement ficelé, le système néolibéral s’est acheté la docilité des individus au moindre coût de quelques jours de repos. De nombreuses recherches ont pourtant démontré les multiples bénéfices de plus courtes semaines de travail. Si une réduction sensible de nos heures de travail a été démontrée souhaitable pour le bien-être mental et physique des travailleurs, encore faudrait-il que nous usions de ce temps à bon escient, loin du tourisme à gogo et de ses artifices destructeurs. À l’instar des luttes du travail, auxquelles s’était attardé le Journal des Alternatives dans l’édition de juin dernier, il est grand temps de lutter pour des vacances plus vertes, plus respectueuses des communautés locales et ainsi, peut-être, plus signifiantes.

Présentation du numéro

Dans cette édition, le Journal des Alternatives s’est intéressé aux coûts cachés du tourisme de masse : Charles Castonguay s’est penché sur le cas Airbnb, Saint-Graal de l’hébergement touristique qui a sapé le secteur locatif ; Marie Perrier a rendu compte des divers impacts du tourisme de masse sur les résidents de Barcelone ; et finalement, les avancées technologiques et sociales qui impulsent à grand-peine la transition écologique de l’industrie sont passées en revue par Léa Carrier.