Discours de Safa Chebbi au Rassemblement et vigile du 29 janvier 2021

mardi 9 février 2021, par Safa Chebbi

Cela fait déjà 4 ans depuis l’attentat terroriste de la Grande mosquée de Québec, qui a fait 6 morts, 5 blessés, 17 orphelins et toute une communauté traumatisée par cet acte haineux et raciste.

Une journée comme celle-ci est l’occasion pour se rappeler chaque année de Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti. Allah yarhmhom et que Dieu les accueille dans son éternel paradis !

Cette journée ne peut pas se limiter à un simple triste souvenir qui nous permet de citer leurs noms, mais elle doit aussi exprimer à chaque fois notre indignation légitime sous un seul mot d’ordre antiraciste, celui de lutter en urgence contre le racisme et l’islamophobie.

Bien que le débat sur la légitimité du terme islamophobie n’est pas encore fini au Québec. L’islamophobie est bien réelle et ses conséquences sur les musulmans et musulmanes sont matérielles et objectivement mesurables. Il ne s’agit pas surtout de l’illusion de notre imaginaire « islamiste » !

Selon l’étude sur les actes haineux menée en 2019 par la CDPDJ, presque toutes les mosquées du Québec ont été la cible de crimes haineux à un certain moment, avant ou après les attentats de Québec. Des vitres brisées, des messages de haine sur les murs, du sang de porc, des projectiles, des œufs et même des excréments …

Selon les données sur les crimes haineux déclarés par la police entre 2014 à 2017, la principale confession touchée par les crimes haineux liés à la religion est l’Islam. En effet, le nombre de crimes haineux visant les personnes musulmanes a été significativement plus élevé lors des années 2014 à 2017(+110 crimes haineux au minimum, soit 79,2 % d’augmentation).

Avec ce portrait si alarmant, une loi ciblant davantage les femmes musulmanes a été adoptée par le gouvernement provincial de la CAQ en les privant de jouir pleinement de leurs droits comme toute autre Québécoise. De plus, l’application de la loi 21 reste sans balises, qui ouvre une porte de libre interprétation et discrimination envers ces femmes. Plus concrètement, elle donne un pouvoir non régulable aux responsables des établissements scolaires pour participer à l’exclusion et la marginalisation de ces femmes, tout en ayant la conscience tranquille et la protection légale nécessaire pour cracher leur haine au besoin. Oui, cette loi a contribué grandement à légitimer ces sentiments xénophobes et racistes et à motiver les gens à passer à l’acte non seulement dans les écoles, mais aussi dans l’espace public. Plusieurs femmes ont témoigné, dans le cadre d’une étude exploratoire à laquelle j’ai contribué, qu’elles sont devenues méfiantes face au climat social que la loi a engendré. Elles appréhendent le danger partout et quelques-unes ont déjà développé des comportements défensifs afin de se préparer à d’éventuels dangers.

Cette même loi a aussi poussé les femmes à se marginaliser par elles-mêmes, en s’autolimitant par elles-mêmes sur le plan professionnel, car elles doivent arbitrer en permanence avec leur entourage pour déconstruire les stéréotypes autour de leurs propres communautés. Dans d’autres cas et surtout depuis l’adoption de la loi, certaines se retrouvent coincées à dealer avec des options de travail précaires (non stable, salaire limité…)

Voilà pourquoi le 29 janvier n’a pas à être considéré comme le triste souvenir d’un accident isolé, mais il doit exprimer aussi notre indignation légitime face au déni de notre réalité systémique et l’occasion pour lancer une véritable transformation sociale. Nous saluons par l’occasion l’initiative du gouvernement du Canada d’avoir reconnu le 29 janvier comme une Journée nationale d’action contre l’islamophobie, et on espère que ce geste ne serait pas le point de clôture de ce dossier. Cependant, on attend encore des actions concrètes de la part du gouvernement du Québec, qui est le plus concerné par cet attentat terroriste !

Au bout de compte, nous ne serons pas dignes de notre histoire tant que nous fermerons les yeux sur les injustices que vivent certains de nos concitoyens parce qu’ils sont autochtones, noirs, musulmans, juifs ou appartenant à tout autre groupe social marginalisé… Soyons le changement qu’on veut voir au Québec !

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